Evelyne de la Chenelière / Evelyne aux semelles de vent

À compter du 5 mars, Espace GO présente L’architecture de la paix, un spectacle de danse-théâtre signé par Evelyne de la Chenelière, qui semble ne jamais toucher terre.

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Photo : Raphaël Ouellet

Une vingtaine de pièces en 15 ans, de nombreux rôles au théâtre et à l’écran, un roman… Si on ajoute à l’équation la vie familiale remplie qui est la sienne, on se dit qu’Evelyne de la Chenelière ne peut être qu’un monstre d’énergie et de discipline. Va pour l’énergie. La discipline ? Hum ! pas si simple.

Quand on lui demande si l’écriture obéit chez elle à un rituel, ou à tout le moins à des habitudes précises, la dramaturge répond dans un éclat de rire : « Ce serait plutôt le contraire ! » Oubliez le bureau coupé du monde, où elle s’enfermerait seule avec l’œuvre à faire. Oubliez le calepin Moleskine ou la plume fétiche entretenue avec un soin maniaque. Celle qui a imaginé Bashir Lazhar griffonne de-ci de-là, derrière une liste d’épicerie ou dans un cahier d’écolier usagé chipé à sa fille. « La seule condition, c’est que ce soit à la main. L’écran d’ordinateur, pour moi, appartient à la communication, pas à la création. »

À la maison, il y a bien sûr un bureau, mais on est loin de l’antre secret. Partagée avec son conjoint, Daniel Brière (le comédien, pas le no 48 du Canadien), la pièce fait aussi fonction de salle de musique familiale — le clan, recomposé, compte quatre enfants.

« De toute façon, je ne peux pas rester assise longtemps, j’ai la bougeotte ! Un bloc d’écriture de deux heures, c’est déjà énorme pour moi », confie celle qui s’étonne d’avoir achevé, dans la syncope d’une pratique rythmée par le quotidien, entre deux couches ou entre deux courses, un aussi grand nombre de textes. Parmi lesquels Des fraises en janvier, Aphrodite en 04, L’imposture et bien sûr Bashir Lazhar, devenu entre les mains du cinéaste Philippe Falardeau le mondialement encensé Monsieur Lazhar. « Il y a là quelque chose de très mystérieux pour moi. Force est de constater que j’ai écrit, et beaucoup, mais je ne m’en suis pas vraiment rendu compte ! »

Le bureau mobile

Quand elle sort de l’espace ménager, c’est pour se réfugier chez Vito, non loin de chez elle, exigu et charmant café-buanderie du quartier de la Petite Italie, à Montréal, où elle débarque avec ses carnets, parvenant sans problème à écrire dans le bruit des conversations, de la machine à espresso et… des sécheuses où culbutent les jeans et les chaussettes. « Passé un certain point, le bruit ressemble à du silence. »

Si le besoin d’une véritable solitude se fait sentir, Evelyne de la Chenelière s’engage dans une allée du parc Jarry, à deux pas, et travaille un long moment « dans sa tête ». Sans doute est-ce en partie là qu’elle a pensé L’architecture de la paix, une création menée en tandem avec la chorégraphe et metteure en scène Paula de Vasconcelos, autour de ces architectes qui construisent sur des ruines, une fois la paix revenue dans une région éprouvée par la guerre. Autour surtout, et voilà qui nous touchera tous de près ou de loin, de la difficulté de rebâtir une relation sur les ruines de nos amours passées.

« C’est un projet passionnant, qui implique pour moi de faire beaucoup de recherches, et en même temps très particulier, parce que je ne sais même pas ce qui va être conservé en bout de ligne. Paula fragmente le texte selon ce que le spectacle exige, et ça me convient très bien. Il va peut-être rester un tiers de ce que j’ai écrit ! »

Quand on n’est jamais à court d’idées, pourquoi diable être avare de ses mots ?

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