Évelyne Brochu s’en va-t-en guerre dans Inch’Allah

Photo : Jocelyn Michel

[Entrevue réalisée fin août.] Jointe par Skype durant ses vacances à Budapest, elle apparaît sur l’écran de l’ordinateur sans fard, sans pose, comme éclairée de l’intérieur. Évelyne Brochu Café de Flore et Frisson des collines, au cinéma?; Aveux, Mirador et La promesse, à la télé?; Tom à la ferme, au théâtre — donne tout ce qu’elle a dans Inch’Allah, film d’Anaïs Barbeau-Lavalette, qui devrait marquer les esprits à la manière d’Incendies et propulser l’actrice sur la scène internationale.

Synopsis?: «Dans la clinique de fortune d’un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, obstétricienne québécoise, rencontre la guerre et ceux qui la portent.»

Le rôle de Chloé rompt avec les personnages de belle fille volontaire que l’on vous confie souvent. Aviez-vous l’impression de vous mettre en danger??

Je le désirais. Un sujet sensible, hors de ma zone de confort, un scénario puissant, un personnage avec plein de recoins à explorer?: je me serais soumise à 15 auditions, s’il l’avait fallu, pour participer au film.

Comment avez-vous abordé ce personnage de médecin en mission humanitaire??

Par l’imagination, comme pour tout travail d’actrice, mais beaucoup grâce aux discussions avec la scénariste-réalisatrice. Anaïs a un rapport documentaire à la fiction?: elle s’inspire de la réalité pour atteindre à la poésie. Elle a fait plusieurs séjours en Israël et en Palestine, a étudié l’arabe et la politique à l’Université de Bir Zeit, près de Ramallah. Elle a traversé les checkpoints sous les kalachnikovs, a porté le hidjab, etc. Une femme seule dans un pays du Moyen-Orient en guerre, elle connaît?!

Que saviez-vous du conflit israélo-palestinien avant d’arriver sur les lieux du tournage, à Amman, en Jordanie??

Le début d’une compréhension m’est arrivé par l’art et le documentaire, qui ont rendu plus absorbables les enjeux de ce conflit très complexe. Une fois sur place, au contact des gens et de la variété d’opinions, une couche de sens s’est ajoutée. Cela dit, je ressens une pudeur à exprimer une position partisane. Mais qu’on en soit encore là, malgré toutes les révolutions et la conscience du monde qu’Internet nous donne, me dépasse. Quand est-ce qu’on va «slaquer»??

Vous avez poussé votre enga­gement jusqu’à apprendre l’arabe??

J’avais l’ambition de bien rendre les quelques répliques que j’avais à dire. La langue est la porte par laquelle on entre dans l’âme d’une personne. Le peu d’arabe que j’ai appris m’a permis de créer des petits contacts qui ont été une énorme récompense et une inspiration.

Après avoir joué un rôle d’une telle amplitude, comment revenir à des personnages, disons, plus anodins??

Quand on parle de chair autour de l’os, c’est sûr qu’avec Chloé j’ai été servie. Mais ma faim d’actrice, si elle ne trouve pas pleine satisfaction dans un personnage, peut être repue par une équipe, ou par un film ou une télésérie qui illuminera la vie des spectateurs.

Après le tournage d’Inch’Allah, j’ai vécu un miniblues. Je me sentais floue, je ne savais pas trop comment faire repartir la machine. On a beau ne pas vouloir se soumettre aux valeurs dominantes, n’empêche que la productivité stimule, structure.

Que souhaitez-vous que le film laisse chez le spectateur??

Une réflexion sur la guerre, bien sûr, mais aussi sur nos rapports à l’autre. Nous manquons en général de proximité avec autrui.

Qu’est-ce que le tournage a changé en vous??

J’ai pris la mesure — et je n’ai pas fini de l’assimiler — de ce qu’est le fait de vivre avec la guerre au quotidien et d’être une femme dans une tout autre organisation sociale. Par le fait même, j’ai compris ma chance.

Inch’Allah, en salles le 28 septembre.

 

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