Excentris et le principe de Pareto

C’est ce principe que le conseil d’administration de Cinéma Parallèle a invoqué, le 24 novembre, dans un communiqué annonçant la suspension des activités du Cinéma Excentris. 

CultureConnaissez-vous le principe de Pareto? Il tient son nom de l’économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923), qui a observé en 1906 que 20 % de la population italienne possédait 80 % des richesses du pays. Au fil du temps, ce principe en est venu à désigner l’équation selon laquelle, en économie, 80 % des effets résulteraient de 20 % des causes.

C’est ce principe que le conseil d’administration de Cinéma Parallèle a invoqué, le 24 novembre, dans un communiqué annonçant la suspension des activités du Cinéma Excentris. Depuis 2011, Cinéma Parallèle tentait de relancer les activités des trois salles de diffusion que compte le complexe cinématographique d’avant-garde Excentris, fondé en 1999 par le mécène Daniel Langlois.

En gros, ça signifie que ce centre voué au cinéma d’auteur comptait sur 20 % de «propositions rentables» pour financer l’ensemble de ses activités, 80 % de sa programmation — documentaires et films de niche, pour l’essentiel — étant présentée moins dans le but de faire sonner les caisses que dans celui de faire rayonner la frange la plus audacieuse du septième art contemporain.

Or, depuis quelques années, une véritable guerre a cours dans le milieu de la distribution cinématographique. Les 20 % de «propositions rentables» (Woody Allen, Quentin Tarantino…) sur lesquelles comptait le Cinéma Excentris pour équilibrer son budget sont de moins en moins accessibles, les poids lourds de l’industrie exigeant, même envers cette catégorie de films, des exclusivités de plus en plus contraignantes, ce que pointe cet extrait du communiqué publié par Cinéma Parallèle:

«Malgré ses efforts, c’est à armes inégales qu’Excentris a dû faire face à la forte concentration de la distribution et de la diffusion de films au pays. Les difficultés pour obtenir ces titres se sont manifestées dès la réouverture en 2011 et se sont amplifiées depuis cet été, avec des modifications rapides des stratégies commerciales de mise en marché des films.

Pour maintenir son activité, Excentris n’aurait eu besoin que de 4 films porteurs supplémentaires cette année, comme ce fut le cas en 2013 et 2014. Or, plusieurs de ces titres nous ont été soit purement et simplement refusés, soit proposés plusieurs semaines après leur sortie sur les écrans du plus gros exploitant situé à proximité d’Excentris.»

Ce qui est fragilisé aujourd’hui, et les très vives réactions observées sur les réseaux sociaux ces dernières heures témoignent de l’inquiétude que cela provoque, c’est la diversité de l’offre dans un écosystème de distribution abandonné aux strictes lois du marché.

On s’en doute, les mégaplex et autres gros joueurs du milieu se soucient peu du principe de Pareto.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Pourquoi devrions-nous continuer à subventionner collectivement quelque chose pour laquelle nous ne paierions pas individuellement?

S’ils font des films que personne ne veut voir et les projettent dans des endroits où personne ne veut aller, c’est LEUR problème et pas celui de la « société ».

C’est le rôle du gouvernement de redistribuer la richesse. Il le fait dans plusieurs domaines, alors pourquoi pas celui du cinéma. En France depuis plus de 40 ans l’agence de développement régionale du cinéma (ADRC) qui émane du Centre national du cinéma (CNC) finance la distribution de copies supplémentaires destinées à la diffusion en région ou pour des publics cible. Ce programme a permis le maintien de nombreuses salles en région. Ces salles bénéficient de sorties nationales pour une dizaine de films porteurs. Cette diffusion est financée par une taxe sur chaque billet de cinéma (utilisateurs-payeur). Qu’attend-on pour mettre en place une telle initiative au Québec? De plus cette taxe perdue sur chaque entrée en salle peut être affectée à la diffusion du cinéma québécois. Autrement dit ce serait l’ensemble de l’industrie qui aiderait la cinématographie nationale. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce principe n’est malheureusement pas appliqué. Pareto ne pait pas aux grands de ce monde, mais n’est-il pas du rôle de l’état de minimiser les inégalité?

Ah…l’utilisateur-payeur… Principe utilisé par la gauche lorsque vient le temps de vendre le produit via les billets mais étrangement occulté lorsque vient le temps de produire le film que, bien sûr, on doit subventionner en totalité parce que c’est de la « culture »…

Tout cet argent ainsi gaspillé dans la création de films que personne ne veut voir pourrait être affecté à des projets beaucoup plus productifs et même, ô horreur, demeurer dans les poches des payeurs de taxes qui, eux, le dépenseraient dans des choses qu’ILS jugent utiles.

Quand un consommateur va au cinéma c’est qu’il le juge »utile ». La taxe sur les billets pourrait servir à chacun des paliers de la filière cinéma: production, distribution, diffusion et/ou exploitation en salle

Si, comme vous l’écrivez, les consommateurs « jugent utile » d’aller au cinoche voir des films d’auteur, les producteurs n’auraient alors besoin D’AUCUNE subvention pour exercer leur métier car les dits consommateurs seraient nombreux à aller voir leurs œuvres et ça se financerait tout seul.

Pourquoi subventionner des productions que personne ne veut aller voir? Dans des endroits où personne ne veut aller?

Oui Taxer une l’industrie en salle qui va mal, Regardez donc le nombre de films Québécois supposément d’auteur, qui coutent entre 2 et 5 Millions chacun subventionnés par les deniers publics à 90% ,sortis depuis 4 mois(6 films) , Chaque film n’a attiré en moyenne moins de 5000 Cinéphiles??, Par contre, les dites œuvres se présenteront bien dans les festivals Internationaux ou notre »culture rayonnera » pour quelques centaines de participants à ces festivals ?? N’oublions pas que les deniers public (La couronne) paieront les frais de déplacement ,hôtels, inscriptions, en ajoutant au gouffre monétaire déjà enclenché…