Faites vos jeux

Merce Cunningham, Wajdi Mouawad, Shakespeare, Daniel Danis, Alvis Hermanis, des danseurs africains, une femme à barbe… Tout ce beau monde et plus encore au Festival TransAmériques, à Montréal, et au Carrefour international de théâtre de Québec.

FESTIVALS / FAITES VOS JEUX

Prospectrices infatigables d’expériences inédites, Marie-Hélène Falcon, directrice artistique du Festival TransAmériques, et Marie Gignac, directrice artistique du Carrefour international de théâtre de Québec, non seulement célèbrent l’altérité et la diversité des pratiques théâtrales, mais contribuent à revivifier et à améliorer la fréquentation de leur festival, tout en s’autorisant des associations qui permettent d’amortir les coûts de présentation de certaines productions. Si, à Montréal, la danse coudoie le théâtre, à Québec le théâtre règne. Voici, choisis dans les deux programmations, dix spectacles pleins d’attraits, du moins sur le papier.

1. (DANSE) Nearly 902


Merce Cunningham, l’un des grands chorégraphes du 20e siècle (avec Martha Graham et Nijinski), croyait que l’émotion du spectateur devait naître, non pas de la grâce du danseur, mais du mouvement lui-même. Quand le compositeur John Cage, compagnon de Cunningham, disait que «la chorégraphie n’était après tout que l’art d’éviter les collisions entre danseurs», le chorégraphe ajoutait que «c’était l’art de ne pas se cogner, excepté quand on le souhaite». Quelques mois avant de disparaître, l’an dernier à 90 ans, Cunningham signait Nearly 902, sorte de synthèse d’une vie consacrée à la beauté.
Théâtre Maisonneuve (Place des Arts), à Montréal, les 27 et 28 mai.

Photo : Anna Finke

2. (THÉÂTRE) Le sang des promesses


On n’a pas le temps de finir d’écrire le nom de Wajdi Mouawad, ce fabuleux conteur d’histoires, que ses spectacles affichent déjà Complet! Essayez tout de même de voir les trois premières pièces de la tétralogie «Le sang des promesses»: Littoral, Incendies et Forêts. L’aventure dure 11 heures 30 (incluant deux entractes de 75 minutes), et certains spectateurs en redemandent encore. Ceux qui craignent un déficit d’attention pourront se tourner vers le dernier volet, Ciels (à peine 150 minutes), qui clôt un cycle fait de nerf et de poésie, où l’intime rejoint l’épique, où mythes anciens voisinent obsessions contemporaines. Bref, une impressionnante fresque théâtrale.
Littoral, Incendies, Forêts, Théâtre Maisonneuve (Place des Arts), le 6 juin; salle Louis-Fréchette (Grand Théâtre de Québec, le 12 juin. Ciels, Aréna Bardy, à Québec, du 28 au 31 mai; plateau du Théâtre Jean-Duceppe (Place des Arts), à Montréal, du 7 au 11 juin.

Photo : Jean-Louis Fernandez

3. (THÉÂTRE) L’effet de Serge

Assis à la table de ping-pong, dans son appartement «pas fini», Serge accueille chaque dimanche ses amis auxquels il propose des spectacles de 1 à 3 minutes. Dans ces numéros bricolés avec deux fois rien – des feux de Bengale, des jouets téléguidés, des lunettes phosphorescentes -, passent le monde tel qu’il va et l’humanité telle qu’elle se débat. On rit, on ne sait plus si on doit rire, puis on rit tout de même. Un spectacle du Français Philippe Quesne et de sa compagnie Vivarium Studio.
Conservatoire d’art dramatique, à Montréal, du 3 au 6 juin; Théâtre Périscope, à Québec, du 8 au 11 juin.

4. (THÉÂTRE) Tragédies romaines


Le metteur en scène Ivo van Hove trouve en Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre – trois pièces de Shakespeare – matière à illustrer le monde d’aujourd’hui, en particulier ceux qui exercent le pouvoir, du moins pensent le faire. Sur fond de congrès international, le metteur en scène néerlandais peint une fresque sur la politique, mais surtout sur ses rouages, ses manèges. Un spectacle du Toneelgroep Amsterdam.
Monument-National, à Montréal, du 28 au 30 mai; salle Louis-Fréchette (Grand Théâtre de Québec), les 4 et 5 juin.

Photo : Jan Versweyfeld

5. (THÉÂTRE) The Dragonfly of Chicoutimi


Le metteur en scène Claude Poissant a eu l’idée de demander à cinq comédiens de jouer le rôle de Gaston Talbot, «un enfant dans un corps d’adulte», qui, après des années de mutisme, se met un beau jour à parler en anglais. Mais un anglais idiomatique géré par la syntaxe française. Une pièce traitant de sexualité et d’identité. Jean-Louis Millette, pour qui le rôle avait été écrit, était hypnotique lors de la création il y a 15 ans, sous la direction de l’auteur
Larry Tremblay. Espace Go, à Montréal, du 30 mai au 2 juin.

Photo : Marie-Claude Hamel

6. (DANSE) Tout se pète la gueule, chérie


Le dernier spectacle de Frédérick Gravel, Gravel Works, qui avait beaucoup excité la salle, m’avait modérément plu; je trouvais que l’irrévérence et l’effervescence tenaient lieu de sens. Mais c’est avec autant de plaisir que ses inconditionnels que j’irai voir la récente livraison du chorégraphe-interprète, dans laquelle il «s’attaque au désarroi du mâle américain moyen». À ses côtés sur scène: le chorégraphe et danseur Dave St-Pierre, le multi-instrumentiste Stéphane Boucher et le polyvalent Nicolas Cantin (jeu masqué, clown, cirque).
Cinquième Salle (Place des Arts), à Montréal, du 2 au 4 juin.

Photo : Dave St-Pierre

7. (DANSE) Poussières de sang

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Avec eux, tous les clichés réducteurs sur la danse africaine – des belles personnes montrant leurs muscles et leurs dents blanches sur des rythmes percussifs – partent en miettes. Burkinabés travaillant partout sur la planète, les chorégraphes-danseurs Salia Sanou et Seydou Boro se sont inspirés de deux jours d’affrontements à Ouagadougou pour créer une pièce qui vitupère la violence et appelle à la paix.
Usine C, à Montréal, du 5 au 7 juin.

Photo : Antoine Tempé

8. (THÉÂTRE) Sonia


Succès du Festival d’Avignon 2008: Sonia, un texte de Tatiana Tolstaia, mis en scène par Alvis Hermanis (qui a nous a donné l’an dernier, au FTA, le trop long mais fascinant spectacle sans parole The Sound of Silence). Victime d’un mauvais tour de son entourage, une femme laide se croit aimée d’un prétendant qui lui écrit des lettres enamourées. Deux acteurs masculins jouent ce drame de l’intime.
Maison Théâtre, à Montréal, du 9 au 11 juin.

Photo : Gints Malderis

9. (THÉÂTRE) Yukie

L’auteur Daniel Danis est devenu il y a peu un metteur en scène qui «questionne l’art de la représentation et explore les arts technologiques». Le Danis que l’on aime reste celui qui fait sauter les frontières de la langue au point d’en inventer de nouvelles.
Caserne Dalhousie, à Québec, du 3 au 6 juin.

10. (THÉÂTRE) Éloge du poil

Dans ce monologue, l’auteure et comédienne française Jeanne Mordoj, également jongleuse, ventriloque, marionnettiste et manipulatrice d’objets, interroge la féminité et rôde autour de la folie, de la cruauté et de la mort. Elle arrive: barbichette, poils aux aisselles, sabots de bois. Irrésistible!
Salle Multi de Méduse, à Québec, du 2 au 5 juin.

Photo : Christophe Raynaud de Lage

À Montréal, il y a aussi :

Onde de choc, la nouvelle chorégraphie de Ginette Laurin (O Vertigo); Chutes incandescentes, le spectacle danse/chanson de Clara Furey; la magnétique Louise Lecavalier qui remet l’éclectricité avec un collage des danses extrêmes d’Édouard Lock; et aussi Miroku, solo de Saburo Teshigawara, qui a attient un tel degré de pureté minimaliste qu’il fait fuir ceux qui ne savent vivre que dans l’agitation.

Festival TransAmériques, à Montréal, du 27 mai au 12 juin, 514 844-3822. www.fta.qc.ca

Carrefour international de théâtre de Québec, du 25 mai au 12 juin, 418 529-1996. www.carrefourtheatre.qc.ca

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