[L’entrevue] Fernand Dansereau réfléchit à la fin

À 91 ans, le cinéaste complète sa trilogie documentaire sur le vieillissement avec Le vieil âge et l’espérance, où il se penche sur la quête de sens quand on apprivoise la fin de la vie.

Photo : © Divertissements Trending inc.

C’est un film de questionnement, beaucoup plus que de réponses…

Si j’avais eu des réponses, je les aurais données ! Mais je me méfie des certitudes. S’il y a une chose que l’âge m’a apprise, c’est qu’il n’y en a pas beaucoup. Ma quête, c’était de trouver des recettes pour bien achever sa vie.

Est-ce qu’on encourage les aînés à mieux vivre ? 

Non, la société veut tasser les vieux. C’est la culture de la consommation qui fait ça. Une sociologue explique dans le film que seulement 13 % des personnes âgées sont en CHSLD ou en résidences privées. Ça veut dire que 87 % des personnes âgées vivent à domicile, s’inventent une vie.

Les baby-boomers vivent plus longtemps, et ils seront forcés d’inventer une vieillesse qui n’a pas été vécue auparavant. Sur ce terrain défriché, les valeurs spirituelles seront forcément souveraines.

Vieillir impose-t-il un retour au spirituel ?

La spiritualité occupe une place importante dans ma vie. J’ai fait de la méditation zen pendant 25 ans, je fais du taï-chi tous les jours. Je comprends la fonction des religions dans une société. Mais dans mon cas, pas de là à adhérer ou à croire aux dogmes.

Le problème, c’est qu’en se révoltant contre le cléricalisme, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Il y a un manque, et on commence à ressentir la perte. Je sais que les gens de mon âge cherchent à retrouver quelque chose, loin des anciennes pratiques religieuses, plus près de la méditation pour les uns, ou du matérialisme pour les autres.

Vous avez filmé votre patrie pendant 70 ans. Est-ce que le Québec vieillit bien ? 

La grande question qui a occupé ma génération, c’est celle de l’indépendance. Elle est maintenant remplacée par la question plus universelle de l’environnement. Voir l’une engouffrer l’autre ne m’inquiète pas, mais il me semble qu’il y avait dans l’âme québécoise un instinct naturel de solidarité qui est en train de disparaître. Je suis chagrin de ça.

Mais je me refuse aussi à tenir des discours comme « c’était mieux dans le passé ». Ce ne l’était pas, ni matériellement, ni intellectuellement, ni spirituellement. Quand je regarde l’univers mental dans lequel mon père vivait, et celui de mon plus jeune fils, qui a 24 ans, la différence est immense.

Et vous, la fin, vous l’envisagez comment ?

Je ne suis pas du tout stressé par la fin. Je suis un atome dans l’Univers, et que l’atome s’éteigne, ça ne veut rien dire. J’ai beaucoup plus de difficulté avec la douleur physique. Négocier ça tous les soirs, ce n’est pas agréable.

L’idée de quitter mes proches, c’est une tristesse. Mais sinon, je comprends ma place dans l’Univers. Comme cinéaste, je suis un petit instrument dans un immense orchestre. À défaut d’être consolant, c’est apaisant.

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3 commentaires
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Correction à faire: la sociologue a parlé de 3% de personnes âgées en CHSLD et non 13%. Ça change un peu la donne…

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