FESTIVAL / Des idées et des lettres

Borges

Le nouveau festival littéraire Québec en toutes lettres consacre le volet thématique de son premier épisode à la vie, l’œuvre, l’humour et l’univers fantastique de Jorge Luis Borges (1899-1986), qui disait : « J’écris pour moi et pour mes amis… et pour adoucir le cours des choses. » En lisant Borges, on apprend à méditer, même si l’on s’en est toujours cru incapable.

L’écrivain argentin a publié des essais, des poèmes, des nouvelles, des conférences sur le tango, des chroniques de cinéma, des romans policiers… Dans son Essai d’autobiographie (Gallimard 1970), il écrivait : « La bibliothèque de mon père a été l’élément capital de ma vie. La vérité est que je n’en suis jamais sorti. » Toute sa vie, la littérature l’a inspiré.

En 1955, devenu aveugle comme Homère et comme son père, il est nommé directeur de la Biblioteca nacional, de Buenos Aires. Ironie du sort, il gère un fonds de quelque 800 000 livres qu’il lui est impossible de lire. Mais il se trouvera des âmes charitables pour lui faire la lecture…

https://www.youtube.com/watch?v=vVCAjzn4BEI

Quand Québec fait quelque chose, ce n’est pas chichement ; la ville veut montrer ses muscles à l’univers entier. Au programme du festival : 85 activités différentes – causeries, discussions littéraires et philosophiques, ateliers et défis d’écriture, installations et performances, théâtre, cinéma, etc. –, 123 représentations (dont la majorité, gratuite) dans 55 lieux (une façon de visiter la ville).

À mon agenda, je note :

1.   Borges et moi. Le comédien Paul Hébert, infiniment rare sur nos scènes, incarne un conférencier prétendant être Borges. Salle Multi de Méduse, le 21 oct.

2.   Borges… les livres et la nuit. Sébastien Ricard, Les Violons du Roy, la musique de Piazzolla et… le tango, dont Borges ne raffolait pas ! Palais Montcalm, le 17 oct.

3.   La leçon du maître. L’écrivain argentin Alberto Manguel, qui a fait la lecture à son aîné pendant quelques années, raconte comment Borges a marqué sa vie et son œuvre. Musée national des beaux-arts du Québec, le 17 oct. à 14 h.

S’il vous prend l’envie de rendre hommage à Borges, portez une touche de jaune – la dernière couleur que pouvait distinguer l’écrivain rendu aveugle.

Québec en toutes lettres, du 14 au 24 oct., 418 691-7400.

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Le Prix Nobel de littérature 2010, Mario Vargas Llosa, croit injustement que le livre numérique entraînera une banalisation de la littérature

« Ma crainte est que le livre numérique n’entraîne une banalisation de la littérature, ainsi que cela s’est produit pour la télévision, cette belle création de la technique, qui pour parvenir à toucher de plus en plus de personnes, a proposé des contenus largement vulgarisés. »

Mario Vargas Llosa,

15 octobre 2010,

Prix Nobel de littérature 2010

Source : L’actuaLitté (source : AFP)

La Fondation littéraire Fleur de Lys affiche son désaccord avec la déclaration du récipiendaire du Prix Nobel de littérature 2010 à l’effet que le livre numérique banalisera la littérature.

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.378.htm

La ville de Québec souhaite devenir la capitale littéraire du Québec mais dédie la première édition de son festival littéraire à un auteur étranger

Aspiration nationale et internationale au détriment du local

« Pourquoi ne pas avoir inauguré ce festival avec un auteur québécois? À cette question que bien des gens se posent, à Québec, M. Lacasse a répondu que la décision s’était prise en toute simplicité et sans arrière-pensée : »Gilles Pellerin nous a parlé de Borges avec un tel enthousiasme que nous avons tous embarqué et nous avons tous cherché à en savoir un peu plus sur Borges. Nous voulions un festival au caractère international et nous ne voulions pas commencer modestement. » »

Extrait de l’article Québec, capitale littéraire du Québec

publié le 1er juin 2010 dans le quotidien LE SOLEIL

sous la plume du chroniqueur Didié Fessou

rapportant les propos de Gilbert Lacasse,

président de l’Institut canadien de Québec.

Gilles Pellerin est directeur littéraire de Québec en toutes lettres

Lire cet article

«Nous voulions un festival au caractère international et nous ne voulions pas commencer modestement» répond le président de l’institut canadien de Québec pour justifier l’inauguration du nouveau festival littéraire de la ville de Québec avec un auteur étranger. Les aspirations internationales de la ville de Québec sont bien connues mais leurs conséquences sur le local le sont beaucoup moins. Pourtant, le développement international d’une ville entraîne des dommages collatéraux évidents comme j’ai pu le constater lors d’un séjour de quatre ans dans la ville de Montréal où les artistes locaux peinent à se faire connaître.

Montréal croule littéralement sous le poids du national et de l’international sur lesquels tous les projecteurs disponibles sont braqués laissant ainsi le local dans l’ombre. En fait, le local devient ni plus ni moins qu’une simple chronique de faits divers que l’on monte parfois en épingle pour déjouer l’évidence. Si les autres régions se plaignent de la « montréalisation » de l’information, les Montréalais souffrent de la prédominance du national et de l’international sur l’information locale. Par exemple, une journaliste de l’actualité culturelle du TVA 18h00, édition montréalaise, ne se gênera pas pour m’écrire qu’on parle uniquement des vedettes nationales, des grandes vedettes. Et il suffit qu’une vedette internationale se pointe au Centre Bell pour que les vedettes nationales prévues aux actualités prennent le bord.

Certes, on peut aisément habituer les gens de la cité à la visite internationale, à la fois pour les divertir et soutenir l’économie locale voire régionale, mais de là à mépriser nos propres artistes, il y a toute une marge. Inaugurer la première édition du festival littéraire de la ville de Québec avec un écrivain étranger alors que ses propres écrivains rencontrent toutes les difficultés du monde à se faire connaître dans leur propre ville demeure purement et simplement une insulte, une insulte aux talents locaux, surtout lorsqu’on se justifie en affirmant «nous ne voulions pas commencer modestement». L’affirmation porte en elle un jugement de valeur très négatif sur les talents locaux et envoie un message plutôt pervers à la population au sujet des talents émergents en ses propres rangs. On se retrouve à contre-courant des campagnes de promotion d’achat local. Les contribuables de la ville de Québec versent 250,000$ pour un festival littéraire dédié à un auteur étranger. Jamais les auteurs et les écrivains de la ville de Québec ont bénéficié d’une telle somme pour se faire connaître de leurs concitoyens. Dommage pour eux, la mode est à l’international à Québec.

On constate le même phénomène avec le Festival d’été de Québec dont la plus récente édition fut contestée en raison de l’anglicisation de sa programmation, une anglicisation forcée par les vues internationales des organisateurs à la suite du passage du célèbre britannique Paul McCartney dans le cadre des Fêtes du quatre centième de la Ville de Québec. Plusieurs personnes ont protesté. Louis Préfontaine a publié sur son blog un article intéressant sous le titre Faut-il boycotter le festival d’été de Québec ? Nicole Simard a intitulé son billet Le Festival d’été anglophone de Québec ! Et ainsi de suite jusqu’à ce que la direction du festival ajoute de nouveaux spectacles de nos vedettes nationales à sa programmation mais le mal était fait.

L’aspect linguistique fut associé au débat par défaut puisque les intentions des organisateurs n’étaient pas d’offrir une programmation davantage anglophone mais plus internationale et, qui dit international dans ce domaine, dit inévitablement vedettes anglophones. Stéphane Laporte, chroniqueur au quotidien LA PRESSE a conclu en ces mots son intervention sur le sujet : « Québec n’est plus le fief de la francophonie. Québec n’est plus branchée sur la mère patrie. Elle vit sans complexe son americanitude. Good for her. » En fait, ce n’est pas son « americanitude » que la ville de Québec vit sans complexe mais son internationalisation avec toutes les conséquences heureuses et malheureuses de sa démarche. Heureuses pour l’industrie touristique. Malheureuses pour les talents locaux. Être national, c’est devenir international pour la ville de Québec !

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys