Festival TransAmériques : Nicolas Cantin dans la chambre à coucher

Son nom sonne québécois et ses phrases s’ornent de nos tournures idiomatiques. Né à Nantes, en France, Nicolas Cantin se réinvente depuis une dizaine d’années à Montréal.

Il était comédien, le voici clown, metteur en scène pour le cirque, pro­fesseur de jeu masqué, figure de proue de la scène contemporaine. Il imagine des spectacles (Falaise, Grand singe, Belle manière) où il ne se passe « presque rien ». N’espérez pas de danse ni de théâtre à proprement parler, mais des images fortes, telles des photographies vivantes d’hommes et de femmes qui essaient de vivre, de ne pas tomber.

Ses pièces ont quelque chose d’artisanal : économie de moyens, gestuelle minimaliste, pétales d’humour. Cantin ne cherche pas le beau, il cherche le vrai.

Photo : Jocelyn Michel

On vous associe au théâtre et à la danse, vous préférez pourtant vous présenter comme un « bâtard qui se tient à la frontière des genres ». Est-ce une position confortable ?

Suis-je un metteur en scène ou un chorégraphe ? Franchement, je ne veux pas le savoir. J’aime rester à la bordure, là où surgit l’inattendu.

Que donnez-vous à voir ?

Dans mes spectacles, qui implosent plus qu’ils n’explosent, j’essaie de montrer ce que moi ou l’autre tentons de dissimuler, ce qu’il y a derrière le masque social, ce qui se trame dans la chambre à coucher. Est-ce possible d’être moins dans la représentation et plus dans l’intimité ?

Vous y arrivez ?

Je ne choisis pas mes interprètes parce qu’ils sont comédiens ou danseurs ; je choisis des personnes à qui je demande de mettre de côté leur savoir-faire, car c’est leur « savoir-être » que je veux dévoiler. Pour Mygale [qui explore la douceur et son contraire, la violence], je leur ai dit: « Quand le show va commencer pour le public, pour vous ça sera comme si vous veniez de le terminer. »

Avant de créer Mygale, vous vous êtes demandé : à quoi ça sert de faire un spectacle ? Vous avez sûrement trouvé la réponse, puisque vous voici à l’affiche du Festival TransAmériques.

J’aurai bientôt 40 ans, et les mêmes questions me taraudent à chaque création : qu’est-ce que je touche d’essentiel en moi, à quel niveau je me mets en danger ? Plus j’avance et plus je sais que c’est l’ombre que je veux mettre en lumière, que c’est le dernier de la classe qui m’intéresse — son secret, sa blessure —, pas celui qui connaît toujours la bonne réponse. Je me méfie du langage et du texte, je me méfie aussi de la psychologie. J’essaie de faire quelque chose de plus primitif, d’inachevé, pour que le public puisse combler les trous.

Est-ce une raison pour étirer sur scène le temps et les silences jusqu’au malaise ?

Il y a beaucoup de spectacles conçus pour garder le spectateur actif, moi, j’essaie de faire accepter qu’il faut du temps pour que les choses arrivent. On n’est pas à Disneyland. En privilégiant une certaine lenteur, on donne au spectateur la chance de regarder. Comme quand on va s’asseoir dans la forêt et qu’on permet à la magie de la nature de se révéler. Si on reste longtemps au calme et à l’affût, un cerf surgira peut-être d’un buisson !

En plus de la patience, que demandez-vous au spectateur ?

Je ne suis pas là pour faire plaisir. Dans mes propositions, rien n’est fait pour séduire ; j’ai passé l’âge, ça passe ou ça casse. Si je veux continuer mon travail, il m’importe d’être radical dans ma pensée et dans mes actes, voilà mon pacte d’honnêteté avec le public. Mais je crois que mes spectacles restent accessibles.

Mygale, avec Gabrielle Côté, Peter James, Julien Thibeault et Ashlea Watkin, Théâtre La Chapelle, à Montréal, du 5 au 9 juin, 514 844-3822.

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