Festival TransAmériques : Pol Pelletier, « atteinte d’âme »

Quand je l’ai vue la dernière fois, dans Nicole c’est moi (spectacle d’adieu), elle racontait 70 000 ans de l’histoire de l’humanité – de Femina Erectus aux victimes de Polytechnique. Féministe cofondatrice du Théâtre Expérimental des Femmes (devenu Espace Go), auteure interprète de solos fascinants (Joie, Océan et Or), Pol Pelletier effraie par sa radicalité. On ne sait pas ce qu’elle a, mais elle l’a très fort : une lumière, une voix, une présence, une folie. Pol magnétique.

Aujourd’hui, au Festival TransAmériques, elle lance ses foudres avec La pérégrin chérubinique (Leméac, 2000), de Jovette Marchessault, monologue poétique aux parfums mystiques, où l’on trouve des pages puissantes sur la maladie, la déchéance physique, la pauvreté ; notre mercantilisme, notre égoïsme, le monde de l’art ; etc.

Dans l’ancienne église Sainte-Brigide, Pelletier s’amène cheveux tirés et corps délié dans une longue robe noire, telle une danseuse de flamenco. Elle se hisse sur l’autel de la parole de Marchessault, et prévient : « Je m’adresse aux personnes qui sont atteintes d’âme. »

Et on part pour un grand huit dans ce qu’il faut bien appeler une lecture théâtralisée. Car l’actrice se détache à peine du texte en extension de sa main, ce qui l’entraîne souvent à mimer ce qu’elle dit : elle dit le mot « langue », elle la sort de sa bouche, elle dit « yeux », elle les montre. Ses yeux si beaux, si bavards, qu’elle garde généralement rivés sur le livre : cela parasite la communication, mais pas au point de troubler la communion entre officiante et fidèles. Car il y a la voix – fontaine d’eau vive –, il y a le corps, souple comme une liane, il y a l’intensité, il y a l’exaltation. Il y a l’accompagnement musical de Jean-Jacques Lemêtre, collaborateur d’Ariane Mnouchkine.

Après la représentation de La pérégrin chérubinique, qui dure tout de même 1 h 15, l’artiste convie gratuitement, juste pour la générosité et l’héroïsme du geste, à une performance « révolutionnaire » – c’est son mot – différente chaque soir. Cela peut consister en sa dernière œuvre  en tant qu’auteure, metteure en scène et acteure (sic) ou en une rencontre avec un « héros québécois qui racontera ce qu’est la révolution ». Un rendez-vous tardif m’a empêché d’assister à la performance-cadeau d’hier soir. Mais je vous la souhaite.

La pérégrin chérubinique, Église Sainte-Brigide, du 7 au 9 juin, 514 844-3822.

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