FME – Bilan d’un marathon

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Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue est maintenant officiellement terminé. J’ai raté la dernière journée, puisque j’étais occupé à faire à l’envers les huit heures de route qui séparent Rouyn-Noranda de Montréal. J’ai donc manqué la soirée métal et le spectacle de Yann Perreau. Une informatrice me signale cependant que ce dernier a offert un fort bon spectacle. (Je déduis, en fait, puisqu’elle m’a simplement texté, vers 1 h du matin «Yann Perreau. point.»)

Mais, avant de quitter Rouyn-Noranda, le bâillement aux lèvres, la poutine au ventre et la larme à l’œil, voici ce que j’ai pu voir pour vous :

Mon bilan de la journée de jeudi est juste ici.

Vendredi

Le Cabaret de la dernière chance était bien plein pour le lancement d’Alex Nevsky (pour une entrevue avec lui, c’est ici). Nos inquiétudes quant au potentiel scénique d’un album composé à moitié de chansons plus lentes, plus dénudées et plus intimes se sont rapidement évaporées. Le spectacle complet sera à surveiller, plus tard cet automne.

Le bon achat du vendredi, pour qui se rendait au Théâtre du Vieux Noranda : des bouchons. Un triplé Mardi Noir, Cargo Culte et Gros Mené, ça en fait, des décibels.

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La photo est floue, je sais, mais Seba n’est pas immobile souvent pendant un spectacle…

J’ai déjà vu Seba, l’homme au micro du trio Cargo Culte dans plusieurs autres projets (le plus connu étant sans doute Gatineau), mais je ne l’avais jamais vu aussi libre et en bonne forme qu’en compagnie du bassiste Jean-François Lemieux et du batteur Alex Mc Mahon. La livraison du MC est redoutable, tout comme la quantité de son et de groove que peuvent générer ses deux partenaires.

Gros Mené, autre trio de choc, est venu clore la soirée. Peut-on se tanner de voir Fred Fortin et Olivier Langevin jouer ensemble? Ça me semble impossible. Gros Mené pourrait être le Phish du Québec, un groupe qui «jamme» et étire des heures durant les solos de guitare. Ils ont plutôt l’intelligence d’être Gros Mené, un groupe qui fait passer de la musique complexe pour du rock garage brut.

Samedi

Au levé du lit, notre téléphone nous a appris qu’il faisait 8 degrés à l’extérieur. Ouin. Elle semblait bien loin, la soirée caniculaire de jeudi, où l’on suait, peu importe la salle. On enfile donc 2 t-shirts plutôt qu’un.

À 14h, c’est direction 7e rue, pour entendre Foxtrott, projet électro de Marie-Hélène L. Delorme. Étrangement installée sur un échafaudage (le FME cultive l’art d’inventer des scènes), elle était accompagnée de ses machines et d’une joueuse de cor français. Un disque complet est à venir et celui-ci a des chances d’attirer l’attention de plus d’un tympan curieux. Surveillez ça.

Foxtrott, sur son échaffaudage
Foxtrott, sur son échafaudage

Le groupe Le couleur a ensuite pris place sur l’échafaudage, pour jouer, un peu platement, ses chansons électro-rock-60ies. Bon groupe de studio, le trio ne déménage pas beaucoup d’air sur scène. La chanteuse essaie tout de même, mais elle confond «présence scénique» et «changements de costume». Bof, bref.

Pour le 5 à 7, direction bar Le Groove, pour entendre un peu les nouvelles chansons de Grenadine, de qui un album réalisé par Jérôme Minière devrait nous arriver un moment donné. Rapidement, l’envie nous assaille de prendre la chanteuse dans nos bras pour lui dire que, si elle n’a pas vraiment envie de faire de spectacle, personne ne l’en oblige. Je quittai au bout de quelques chansons, un peu endolori de la voir s’accrocher dans ses accords de clavier. Notez bien que, comme ça arrive souvent, je semble être un peu tout seul à penser ainsi.

Puis, après un arrêt dans un excellent resto thaïlandais (ça nous change de la poutine, et on note l’adresse pour l’an prochain), direction La Légion, où Tire le coyote présentait ses chansons folk devant une salle pas mal plus comble que je ne m’y attendais. Un achalandage tout à fait mérité. Benoit Pinette, le vrai nom du coyote, a été rejoint sur scène par Chantal Archambault, le temps d’un duo qu’on trouve sur le disque Mitan, sorti en janvier dernier.

(À lire bientôt : mon entrevue avec Tire le coyote.)

Un bien beau moment, qu’il a fallu quitter précipitamment, pour ne pas manquer le spectacle surprise de Chantal Archambault, justement.

chantal-archambault

En face d’un garage, la native de Rouyn-Noranda nous a offert son country-folk avec une bonne humeur contagieuse.

À 20 h, c’était au tour de Dead Obies de grimper sur la scène du Paramount (le nombre d’endroits extraordinaires où donner des spectacles à Rouyn-Noranda est proprement hallucinant!) pour la soirée hip-hop. Je me suis déjà commis quelquefois sur Dead Obies (ici et ici) et j’ai déjà dit souvent tout le bien que je pensais d’eux. Je ne suis maintenant plus seul dans mon camp. Tous les gens présents à qui j’ai parlé y sont allés de «wow» généreux. Qui plus est, le groupe a annoncé au cours de sa prestation qu’ils étaient maintenant signés sur l’étiquette Bonsound, qui publiera leur prochain album en novembre. Bravo, messieurs!

Le marathon du samedi s’est poursuivi dans une ruelle, pour les Abdigradationnistes. Que dire… c’était à la hauteur de la réputation des trois trublions : décalé, grinçant, kitch, incompréhensible, désorganisé, tout croche, fascinant, drôle… tout à fait Abdi.

Et pour se récompenser pour toute l’énergie dépensée à courir d’un spectacle à l’autre, pourquoi pas… un autre spectacle! La nuit électro débutait avec Ghislain Poirier et son projet Boundary. Sur disque, Boundary n’est pas fait pour danser. C’est conçu pour l’écoute. Sur scène, Poirier s’adjoint un batteur et en fait une version qui, sans devenir un véritable party, se danse autant qu’il s’écoute. Fort intéressant.

L’acadien Rich Aucoin est ensuite monté sur scène, avec son électro-pop entraînant. Je vais me permettre de citer ma collègue du Devoir, puisque je ne pourrais pas mieux dire :

Entertainer né, celui qui a probablement abusé des camps de jour dans sa jeunesse, a su maintenir le rythme, surprenant la foule avec de nombreux artifices — une session de body-surfing debout sur une vraie planche de surf, un parachute soulevé par la foule pour créer une bulle dansante et de nombreux confettis.

Ses refrains étaient tous un peu les mêmes, mais quand on danse et qu’on s’amuse, on est un peu plus indulgent. Rich Aucoin finissait avec énergie cette longue journée.

Et maintenant, quoi? Une poutine, évidemment, et au dodo. Puis, la question qui tue :

Le FME vaut-il la route pour ceux qui habitent loin de Rouyn-Noranda ?

Tout à fait. Une bonne programmation, des surprises, des salles et des non-salles de spectacles magnifiques, de la bière vraiment pas chère (ça compte aussi!) et un public de qualité : c’est là la recette d’un bon festival.

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