Francis La Haye : acteur, danseur, auteur, bruiteur et… procrastinateur

Il a incarné des voyous, des fêlés, une femme, même. Il campe un dadais gaffeur et indécis dans En terrains connus, le film décalé et ironique de Stéphane Lafleur. Francis La Haye ne possède pas de téléphone portable ni même fixe ; il fume du pot pour se transcender et philosopher ; vante les mérites de… Boucherville — sa ville natale où, sur le bord du fleuve, il dit avoir appris à raisonner. Il habite, à Montréal, un appartement qui ne se prend pas pour un autre. « J’aimerais avoir un loft, un paquet d’affaires qu’on voit à la télé, mais je suis plus attaché à des billets de spectacles que j’ai vus en 1992, à des lettres d’amour et à ma guitare. »

Il rajuste sa tuque à pompon. « Je suis un être aimant et curieux, doux et rough, procrastinateur. Je ne suis pas le frère de David La Haye et mon statut financier n’est pas stable. » Il fait de la photo, danse pour les chorégraphes Virginie Brunelle et Dave St-Pierre, compose des chansons, écrit des poèmes, manie les percussions, « mais je ne prends pas bien soin de moi quand je n’ai pas de copine ».

Photo : Jocelyn Michel

« Au secondaire, le théâtre me rebutait. Je trouvais que les acteurs, du moins ceux qui faisaient de l’impro, parlaient trop fort, avaient toujours besoin d’attention. » Il a un diplôme en interprétation de l’Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx. « On peut être acteur sans vouloir passer à Tout le monde en parle. »

Quand il ne joue pas, il fait du bruit ! Comme assistant du bruiteur Simon Meilleur, il a collaboré à l’enveloppe sonore de quelques longs métrages. « Pour En terrains connus, mon nom paraissait aux premiers rangs du générique et aux derniers. » Il rigole, mais pas trop : le film de Lafleur reste l’oublié des récents Jutra. « La peine de ne pas me trouver en nomination dans la catégorie du meilleur acteur a duré 15 minutes. Mais pour le film et pour Stéphane, j’ai été très déçu. »

Dans L’affaire Dumont, à l’affiche l’automne prochain, Francis interprète « un petit monsieur avec une belle grosse moustache ». Virginie Brunelle, quant à elle, l’imagine en quadriplégique dans un prochain spectacle ; elle sait qu’il évitera la caricature. Là, il répète Nathan, d’Emmanuel Schwartz : « L’épopée d’une lignée sur presque 150 ans. »

La Haye regarde dehors. « Dans mon quartier, je vois souvent un gars qui passe la journée sur un banc. Chaque jour, je me dis que ça pourrait être moi ! »

Nathan, Studio du Centre national des Arts, à Ottawa, du 2 au 5 mai, 613 755-1111 ; aussi au programme du Festival TransAmériques, au Conservatoire d’art dramatique, à Montréal, du 26 au 28 mai, 514 844-3822.