Francis Ouellette : Vie de quartier

L’histoire aussi dure que belle de son enfance dans le Faubourg à m’lasse a déjà valu à cet auteur deux Prix du récit Radio-Canada. Il y replonge pour son premier roman, Mélasse de fantaisie.

Francis Ouellette : Caroline Thibault ; plan du Faubourg : Tirée de l’Atlas of the island and city of Montreal and Ile Bizard a compilation of the most recent cadastral plans from the book of reference, d’Adolphe Rodrigue Pinsoneault, 1917 / BAnQ / Domaine public au Canada ; montage : L’actualité

Dans votre roman, on suit le petit Francis jusqu’au début de sa vie adulte. Cela vous a-t-il permis de mieux comprendre qui vous étiez ?

Il y a fort peu d’éléments de ce roman qui sont des inventions. L’écriture de ce livre se voulait dès le départ une manière d’aller rencontrer le petit garçon que j’ai été, de lui faire la plus grosse étreinte de sa vie et de lui confirmer que tout ce qu’il allait vivre aurait du sens un jour. Ou que, sinon, ça ferait un roman pas pire pantoute.

Comment avez-vous réussi à aborder de front certains thèmes plutôt difficiles, comme le viol, la pédophilie et le suicide ?

J’ai été grandement inspiré par plusieurs autofictions féministes publiées au Québec, en particulier par Chienne, de Marie-Pier Lafontaine. Je voulais me réapproprier mes drames et mes traumas afin de les transmuter en histoires. C’est une approche à la fois thérapeutique et, oserai-je le dire, spirituelle. Maintenant, je perçois ces histoires comme autant de talismans littéraires, que j’ai déposés dans le coffret qu’est mon livre.

Le Centre-Sud (un quartier de Montréal dont une partie correspond à l’ancien Faubourg à m’lasse) est surtout connu pour sa pauvreté. En quoi est-il un bon décor pour camper un récit ?

C’est un environnement où cohabitent les paradoxes, à une telle échelle que j’ai souvent eu l’impression que tout le spectre des expériences humaines s’y trouvait, de la plus violente à la plus poétique. L’extrême pauvreté et la solidarité, l’activité criminelle et le bon sens collectif, les poètes qui côtoyaient les prostitués, les junkies qui souriaient aux enfants qui se rendaient à la garderie. J’y ai vu des choses et des personnes fabuleuses et belles. J’y ai aussi vu pas mal de monstres et d’horreurs. Souvent au même endroit, d’ailleurs.

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Le faubourg à la mélasse

Près du grand port
loin de la mer
douillet foyer de verre
près de parents forts.

Après les Grandes guerres
près des garnements méchants
près des bidons de mélasse
protégés par un père vaillant.

Du haut des marches
odeur forte de houblon
arôme fin de plats mijotés
par le cœur d’une maman.

Petits pas sur les trottoirs
petites études très primaires
jeux de cours et de ruelles
rencontres joyeuses et insolentes.

Jean-Charles, Fernand et Antonin
ces copains et amis d’infortunes
ces élèves et complices d’intrigues
ces frères éphémères déjà disparus.

Un coin de ville pas comme les autres
de vieilles maisons coincées comme des sardines
des morceaux de bateaux aux cris d’éternité
sous son pont l’humanitude et sa fraternité.

Un coin de cité perdu et inconnu
des pantois et des travailleurs journaliers
des mères et des enfants adorés
une église bondée et méprisée.

Un coin bourré des génies de demain
de constructeurs et de démolisseurs
de filles de vie et de religieuses
des gens du pays et d’ailleurs.

Aujourd’hui, une seule maison
la grande de Radio-Canada
l’espérance d’une Nation
le méli-mélo d’une maison.

Migrant dans ta cité
bâtit ton État
forge ton avenir
sans oublier ton Faubourg.

CA St-Pierre, agronome né dans le Faubourg.

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