Francis Richard, prometteur en scène

Francis Richard commence ainsi sa notice biographique : « Saint-Alexis-de-Matapédia, mon village natal, est le berceau de mes peurs les plus obscures. Peur du jugement, peur de l’autre. Peur du noir, des monstres sous mon lit, peur de mourir […]. Peur des petites voix qui se moquent de moi. » De ces peurs, il lui est resté un tourbillon intérieur, moteur de sa pratique théâtrale.

Photo : Jocelyn Michel
Il quitte la Gaspésie à 17 ans pour devenir comédien… et constater, après quatre ans à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe, que le métier ne lui convient pas. « J’étais souvent dans un rapport de confrontation avec les metteurs en scène sur la direction qu’ils empruntaient. Mais comment défendre ma propre vision ?» En passant par le programme Mise en scène de l’École nationale de théâtre, tiens ! « Le bon metteur en scène a le talent de s’intéresser à l’unicité de chaque individu et de la fondre dans une expérience collective. »

 

Son écriture scénique entend rallier le réel et la métaphore, la psychologie et l’illusoire. « Pour donner aux gens le désir de consommer du théâtre, il faut qu’il parle de la vie, qu’il joue un rôle dans la cité. » Pour s’y employer, Richard fonde, avec les comédiens Anne-Hélène Prévost et Pierre-Luc Léveillé, Aquilon Théâtre, qui veut donner à voir les zones d’ombre de l’être humain placé dans des situations de danger. Coup d’envoi de la compagnie en 2009 : L’amant, de Harold Pinter, œuvre sur laquelle plusieurs metteurs en scène de renom se sont cassé les dents. « Autant je suis craintif dans la vie, autant je fonce au théâtre. Mais c’est dur de trouver un texte que tu as réellement envie de monter, avec lequel tu es prêt à habiter longtemps. »

Avec Le mécanicien, Guillaume Corbeil, diplômé en écriture de l’École nationale de théâtre, lui fournit un habitat sur mesure. La pièce inspecte notre fascination pour les divertissements et informations axés sur la souffrance. « Est-ce parce que nous nous sentons coupables de vivre confortables ? »

Le plaisir du metteur en scène : connaître tous les plis du millefeuille que constitue une pièce ; sa force : la direction d’acteurs, qu’il laisse libres d’invention tout en les guidant avec précision.

Si son frère Étienne, 21 ans, athlète de ski de fond, marche sur les traces d’Alex Harvey, Francis Richard, 27 ans, emboîte le pas à ses metteurs en scène de référence : Brigitte Haentjens, Claude Poissant, Alice Ronfard. « Le dépassement est un trait de famille. »

Le mécanicien, Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal, du 11 au 29 sept., 514 282-3900.