Françoise de Luca, celle qui raconte l’amitié

Encensés par les critiques et le public, les livres de cette discrète autrice portent en eux des univers forts et évocateurs. Son nouveau roman, La jeune fille à la tresse, est de la même trempe.

Photo : Isabelle Lafontaine

Comment votre nouveau roman, La jeune fille à la tresse, s’insère-t-il dans la trame de votre œuvre globale ?

Dans chacun de mes livres, j’écris sur les liens qui nous unissent, sur nos premières expériences, leur difficulté, leur beauté, comment elles nous changent. L’amitié est aussi très présente. Elle l’est dans mon plus récent livre et dans Pascale [réédité en 2015 sous le titre Reine], mais également dans Le renard roux de l’été, donc dans trois de mes quatre romans, et je l’évoque dans une de mes nouvelles. C’est pour moi un lien fondamental, un lien fondateur, consolateur. Ce premier élan qui nous pousse vers quelqu’un, dans l’enfance ou l’adolescence, nous marque souvent pour la vie.

Pour La jeune fille à la tresse, c’est l’amitié encore si présente — si déchirante — dans le cœur d’une vieille femme qui a tracé en moi un chemin. J’ai senti dans la nécessité pour Liliane de revivre ses souvenirs, d’en accepter enfin toute la lumière, qu’une histoire demandait à être écrite. Car cette amitié, qui s’est nouée à une époque tragique, a résisté à tout. La guerre l’a mise à l’épreuve et en a dévoilé toute la force et la vitalité. C’était pour moi, associé à celui de la Résistance, un thème fascinant.

Pourquoi Liliane s’est-elle immédiatement attachée à Solange ?

D’abord, jamais personne ne s’est intéressé à Liliane comme le fait Solange. Il y a cette chaleur et cette tendresse immédiate que Liliane découvre. Mais Solange est aussi tout ce que Liliane n’est pas : fantasque, cultivée, courageuse, libre. Elle vit dans une famille chaleureuse et aimante, où chacun peut s’exprimer, à l’opposé de celle de son amie. En fait, c’est le manque de Liliane — manque d’attention, de reconnaissance, de stimulation, de joie — qui l’attire vers Solange, et c’est tout ce qu’elle n’est pas qui la subjugue. Comme si elle passait de l’ombre à la lumière.

Comment construisez-vous vos livres ?

Je cherche un rythme. C’est ma préoccupation constante. Le choix des mots est fonction de ce rythme. Il m’arrive donc de raturer, de recommencer, jusqu’à ce que j’aie trouvé la fluidité indispensable pour continuer. C’est un travail de ciselage qui peut être très lent. Mais parfois, miraculeusement, les mots s’accordent et le rythme naît tout de suite.

Quel est le bonheur parfait pour une autrice ?

Il arrive que, pendant le processus d’écriture, le livre semble en savoir plus que nous sur la direction à prendre. On a l’impression que les mots se forment tout seuls, et en les suivant, on découvre des choses qu’on ignorait de nous-même. Cette adéquation entre ce qui s’écrit et ce qu’on ne savait pas qu’on voulait écrire, c’est ça, pour moi, le bonheur parfait de l’auteur.

(Marchand de feuilles, 320 p.)

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