Fred Pellerin, chantre des régions

« Dans mon village, à Saint-Élie-de-Caxton… » C’est par ces mots que commencent tous les spectacles de Fred Pellerin, de Saint-Mars-la-Jaille à Drummondville, de Paris à Montréal. Difficile d’imaginer un meilleur ambassadeur pour ce village de 1 600 âmes de la Mauricie, au nord de Trois-Rivières. Difficile d’imaginer un meilleur ambassadeur pour les régions tout court.

« Dans mon village, à Saint-Élie-de-Caxton… » C’est par ces mots que commencent
Photo : Michel Huneault

Pellerin a le mot « ruralité » gravé sur le front. Et il en est fier. « J’ai vendu 125 000 billets au Québec avec cette étiquette-là, dit-il. J’ai fait mes chroniques « Du rêve à la ruralité » à Bazzo comme si j’étais correspondant étranger… installé à Saint-Élie. » Pour rien au monde le conteur ne quitterait son village, où il est né et où il élève ses trois jeunes enfants avec sa conjointe. Et il ne se sent certainement pas moins « moderne » qu’un citadin. « Je vais en ville quand je veux, je vois plein de spectacles, je suis branché sur Internet. La ceinture fléchée et le iPhone, c’est tout à fait compatible. »

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Sentez-vous une fierté retrouvée dans les régions ?

– C’est pas gagné à l’échelle du Québec… Mais il y a certainement une fierté retrouvée chez nous, à Saint-Élie. Il y a une gang de jeunes de mon âge qui bougent, ça arrête pas. Ça pellette ensemble. Ça se chicane ensemble. Ça jardine ensemble. Ça se pique des oignons… On a un projet collectif au village : triper ensemble.

L’été dernier, 30 000 touristes, dont des milliers de Français, sont venus à Saint-Élie tester le fond de véracité des histoires de mon spectacle et voir où habitaient Méo, la belle Lurette, Toussaint Brodeur et les autres personnages de mes contes. On a embauché une vingtaine d’étudiants et on a mis sur pied une visite guidée, avec un audioguide. On a même installé une traverse de lutins : une pancarte invite les gens à ralentir, et on a réussi à la faire approuver par le ministère des Transports ! On a fait tout ça à la bonne franquette.

Chaque village devrait-il retrouver ses légendes et les mettre en valeur ?

– Il faut pas que chaque village se construise là-dessus, il y a pas de recette uniforme pour tout le Qué­bec. Sinon, ça va devenir plate. Il faut que chacun fasse son bout, à sa manière. Dans ma région, il y a un village, Charette, où il pousse des cerises. Qu’il se fasse péter la cerise, pas le conte !

Internet peut-il donner un nouveau souffle aux régions ?

– Peut-être. J’ai des amis infographes, ils vivaient à Montréal et payaient 2 000 dollars de loyer par mois. Aujourd’hui, ils habitent à Saint-Élie. Ils vont à Montréal de temps en temps. Ils peuvent faire de l’infographie en bobettes chez eux et ils ont 20 000 pieds carrés de terrain pour la moitié de ce qu’ils payaient. En prime, ils ont un beau jardin.

Les Québécois aiment-ils suffisamment leur territoire ?

– On pourrait se forcer un peu. Parce que si on l’aime, on le met beau, on le tient propre, on le cultive bien, on le fait grandir, on le poétise, on a le goût de le pousser plus loin.

La solution viendra pas des théoriciens. Il faut que ça vienne d’en dedans. On peut lire des essais, dire qu’on a perdu le sens du collectif, mais c’est pas ça qui va nous le redonner. Pour protéger la langue française, au-delà des règlements, il faut surtout qu’on ait le goût de parler français. C’est la même chose pour le Québec des régions : pour le développer, il faut surtout qu’on ait ce coin de terre-là en nous.

L’indice du fric mène le monde. Mais on parle-tu de la fierté, de l’appartenance, de l’indice du bonheur ? Ou pourquoi pas de l’indice du fun ? Plus tu ris au pied carré, mieux t’es classé. Choisissons notre indice, et poussons dessus.