Frédéric Demers, le « trompettiste du peuple »

Malgré une main enflée et un poignet recousu, emblèmes d’un récent accident de vélo, Frédéric Demers nous fait, à la trompette baroque, un petit extrait de L’hymne à la joie. Dans le salon pend du plafond une guirlande de ses outils de travail : bugle, trompettes classique et à coulisse, piccolo, etc.

Le multitrompettiste a écrit sa thèse de doctorat sur le méconnu cornet à pistons, dont il joue comme on sucre son café. Sur son album, Carnaval et concertos, que de l’inattendu, telle une version jazz du Vol du bourdon, de Rimski-Korsakov, avec accompagnement de batterie ! Presque tous les orchestres et harmonies du Québec ont vu passer ce grand garçon dont les idées autant que les bras ne tiennent pas en place. Membre du quintette de cuivres Impact et de l’ensemble Magnitude6, il enseigne la trompette et la joie de vivre au Conservatoire de musique de Val-d’Or et au collège Regina Assumpta, à Montréal.


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Pourquoi ne pas avoir étudié le piano ou le violon comme tout le monde ?

Parce que, à cinq ans, j’ai découvert dans le fond d’un placard un tuyau enroulé sur lui-même. « C’est ma trompette de fanfare », m’a dit mon père. Mon sort s’est réglé ce jour-là : j’allais devenir trompettiste. Mais comme il me manquait les deux dents d’en avant, il a fallu que je leur donne la chance de repousser avant de me mettre à l’instrument. Le 5 janvier 1982, à sept ans, ma vie commençait.

Vous avez reçu une formation classique. Il existe peu de concertos classiques pour la trompette : comment vous renouveler ?

Je ne vois pas ce que j’ajouterais au Concerto pour trompette de Hummel, qui a probable­ment été enregistré 10 000 fois à ce jour. Mais si je le joue au cornet à pistons et que je demande à un compositeur d’imaginer une partition qui remplacerait l’orchestre à cordes par un quintette à vent, là, je fais souffler un vent de rafraîchissement.

La curiosité, qui m’a fait découvrir une trompette dans un placard, m’amène à explorer les possibles. Avec Magnitude6, entre autres, l’apport d’une batterie au quintette classique ouvre à tous les genres : jazz, funk, métal.


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Avouez que la trompette ne fait pas se pâmer les femmes, comme le piano ou le violon.

Quand j’interprète « Les parapluies de Cherbourg » au bugle, accompagné au piano façon Chopin, les femmes sortent leur mouchoir. Même moi, je suis au bord des larmes.

Vous êtes sensible, mais encore ?

Je me définis comme le trompettiste du peuple. Chez nous, quand j’étais enfant, la musique était présente, pas de manière savante, mais ludique. C’est pourquoi je privilégie l’humour dans mon spectacle multimédia pour jeune public, Les 7 trompettes de Fred Piston [présenté près de 400 fois], et dans le concert théâtralisé 8 trompettes et un piano [avec Jacynthe Riverin], où je me promène de la Renaissance à Denis Gougeon.


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À part du souffle et des joues, que faut-il pour jouer de la trompette?

Il faut surtout — comme dans tout sport — de la détente et de l’endurance, car c’est un instrument avec lequel on se fatigue assez vite. Si on est tendu des abdominaux ou de la gorge, on ne tient pas longtemps.

Si vous aviez été pianiste ou violoniste, qui sait si vous ne seriez pas devenu célèbre dans le monde entier et bourré d’argent ?

Arrêtez, je vis de cet espoir-là !

L’illusion, de Corneille, mise en scène d’Anne Millaire, avec la participation de Magnitude6 (musique de Samuel Véro), Théâtre Denise-Pelletier, à Montréal, du 9 nov. au 9 déc., 514 253-8974.