FTA – « Gardenia », des Ballets C de la B : le bal des vieux travestis

Gardenia, Festival TransAmériques, Monument-National, à Montréal, les 2, 3 et 4 juin, 514 844-3822, 1 866 984-3822. Aussi à la salle Albert-Rousseau, à Sainte-Foy, dans le cadre du Carrefour international de théâtre, les 6 et 7 juin, 418 529-1996, 1 888 529-1996.

Photo : Luk MonsaertSur le plateau incliné, des hommes en complets que la vie a bousculés comme tout un chacun. Au microphone, une femme aux allures d’homme (ou est-ce le contraire ?) les appelle à tour de rôle en rappelant, avec beaucoup d’humour, leurs heures de gloire ! Magnifique début de spectacle.

Le cabaret Gardenia va fermer ses portes et pour une dernière fois, rameutés par la meneuse de revue, les travestis vont retrouver leur jeunesse et scintiller autant que le strass de leurs toilettes.

Sur l’air du Boléro, de Ravel, les messieurs, qui ont entre 60 et 68 ans, laissent tomber veste, pantalon, cravate pour renfiler à vue leurs habits de lumière. Quand, transfigurés, ils s’alignent sur le devant de la scène, perruqués, maquillés, juchés sur talons, on est bouleversés. Car on voit tout : le temps qui, en filant, a déglingué les corps, le courage qu’il a fallu à ces hommes il y a 30 ou 40 ans pour exhiber leur différence, les rêves envolés, la vieillesse qui s’avance et la mort qui rôde…, mais aussi, et simultanément, leurs yeux qui frisent, la gestuelle retrouvée, l’extravagance réintégrée, cette féminité libérée, la dérision face à eux-mêmes.

Photo : Luk Monsaert
Photos : Luk Monsaert

Sur le plateau incliné, des hommes en complets que la vie a bousculés comme tout un chacun. Au microphone, une femme aux allures d’homme (ou est-ce le contraire ?) les appelle à tour de rôle en rappelant, avec beaucoup d’humour, leurs heures de gloire ! Magnifique début de spectacle.

Le cabaret Gardenia va fermer ses portes et pour une dernière fois, rameutés par la meneuse de revue, les travestis vont retrouver leur jeunesse et scintiller autant que le strass de leurs toilettes.

Sur l’air du Boléro, de Ravel, les messieurs, qui ont entre 60 et 68 ans, laissent tomber veste, pantalon, cravate pour renfiler à vue leurs habits de lumière. Quand, transfigurés, ils s’alignent sur le devant de la scène, perruqués, maquillés, juchés sur talons, on est bouleversés. Car on voit tout : le temps qui, en filant, a déglingué les corps, le courage qu’il a fallu à ces hommes il y a 30 ou 40 ans pour exhiber leur différence, les rêves envolés, la vieillesse qui s’avance et la mort qui rôde…, mais aussi, et simultanément, leurs yeux qui frisent, la gestuelle retrouvée, l’extravagance réintégrée, cette féminité libérée, la dérision face à eux-mêmes.

Presque tous les hommes de la distribution ont été travestis à un moment ou l’autre de leur vie. L’un est même devenu femme : Vanessa Van Durme, transsexuelle à la voix de rogomme et à la présence imposante, déjà vue dans Tous des Indiens, en 2001, d’Alain Platel, fondateur des Ballets C de la B (les Ballets contemporains de la Belgique), qui nous avait jetés à terre, en 1999, avec lets op Bach. Dans un costume que ne dédaignerait pas Francine Grimaldi, Vanessa organise les tableaux dans lesquels vibrent les sexagénaires accomplis qui, évidemment, ne sont pas des comédiens, encore moins des danseurs. C’est donc sur un jeune homme, souple comme une liane, que se cristallisent les tragédies personnelles des participants, que s’exprime leur rapport à la beauté, à la séduction, à l’amour. Hendrik Lebon fait, sur la chanson « Comme ils disent », de Charles Aznavour, un monologue dansé qui vaut le déplacement.

Le sujet prêtait à tous les clichés – totalement assumés –, aux blagues de mauvais goût et aux devinettes crues (« Comment asseoir quatre pédés sur la même chaise ? » Je vous laisse résoudre l’énigme…), mais la tendresse que portent les metteurs en scène (Alain Platel et Frank Van Laeck) à ces humains bariolés gicle sur scène dès le début du spectacle, qui ne va pas sans longueur et quelques amolissements. Si, au-delà des numéros et du défilé de costumes, on peut se demander en quoi consiste précisément le spectacle, jamais on ne s’interroge sur la folle humanité qui embrasse Gardenia où le ton joyeux, pailleté de mélancolie, arrache le morceau et conquiert le public. Dans la salle, hier, quelques travestis effervescents n’arrivaient pas à masquer sous le clinquant la souffrance à venir.

Gardenia, Festival TransAmériques, Monument-National, à Montréal, les 2, 3 et 4 juin, 514 844-3822, 1 866 984-3822. Aussi à la salle Albert-Rousseau, à Sainte-Foy, dans le cadre du Carrefour international de théâtre, les 6 et 7 juin, 418 529-1996, 1 888 529-1996.

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