FTA – « Yume no shiro » : tout le monde tout nu !

COMME INSTALLÉ sur le balcon d’un appartement minuscule et outrageusement décoré de Tokyo, le spectateur regarde à travers les baies vitrées huit animaux en cage. Pendant 24 heures ramenées sur scène à 1 h 10, huit adulescents assouvissent leurs besoins primaires : baiser, manger, dormir, uriner, re-baiser et s’en mettre partout. Signe qu’il reste en eux une part d’humain : ils s’aplatissent parfois devant la télé qui débite ses insipidités ou s’entêtent sur un jeu vidéo, qui rameute des miettes de l’enfance.

Photo : Klaus Lefebvre

Sinon, leur vie va comme suit : et je te prends par-devant et par-derrière peu importe qui tu es, et je me défonce, et je me sèche les cheveux, et je me gratte les fesses, et je rote, et j’éjacule, et je prends un peu d’air, et je me goinfre de chips, et je tombe quand je n’en peux plus de tenir debout, et je fais à ma guise, et je ne m’occupe pas de toi, et je ne te regarde même pas !

« Fiction avec réalité », selon l’expression de l’auteur et metteur en scène Daisuke Miura, Yume no shiro (Château de rêves, 2006) brosse, sans parole, sans émotion et sans morale, le portrait d’une jeunesse larguée. On peut, bien sûr, choisir d’exprimer moins crûment le vide abyssal. Celle, radicale, de Miura met dans le mille. Non seulement ses personnages assument leur désarroi, mais ils ne font rien pour s’en sortir, encouragés en cela par une société sclérosée.

Sous l’impression documentaire du spectacle (car on est au spectacle, même si on peut en douter) se révèle une véritable dramaturgie rigoureusement travaillée, jamais complaisante (la tentation était grande). En livrant de minces indices sur ce qui les anime et surtout les démotive, l’auteur parvient à nous intéresser à ces jeunes gens, bien différenciés par leur look imparable, chacun portant son poids de vie, traînant son existence dans un microcosme qui semble déconnecté du monde.

Quand, à la fin, une des filles sanglote dans la nuit et qu’un homme allume la lumière, on se met à croire à une communication possible entre deux êtres. Mais on repart avec ses illusions.

Au delà de la « nudité active » qui jette un sain malaise dans le public – certains qui pensaient avoir tout vu au théâtre en auront pour leurs frais –, le Japonais Miura pose un regard – on dira anthropologique – sur une génération qui ne sait plus comment elle s’appelle et qui a beaucoup de mal à imaginer l’avenir.

Pour 18 ans et plus.

Yume no shiro, Festival TransAmériques, Théâtre Prospero, à Montréal, les 9, 10 et 11 juin, 514 844-3822, 1 866 984-3822.

Photo : Klaus Lefebvre
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