Gabrielle Côté : les règles du jeu

Qu’elle incarne Javotte, la méchante demi-sœur de Cendrillon, ou qu’elle commette des «attentats poétiques», Gabrielle Côté, figure montante du théâtre québécois, n’est apparemment pas née pour jouer les jeunes filles sages.

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Photo : Christian Blais

En décembre dernier, le Théâtre de Quat’Sous était pris d’assaut par un groupe de jeunes armés non pas de bombes, mais de poèmes. Derrière cette mise en lecture au titre sans équivoque — Attentat —, Gabrielle Côté et sa sœur Véronique, elle aussi fille de théâtre. « Peu après le printemps érable, en 2012, explique la diplômée de l’École nationale de théâtre, promotion 2014, Véronique et moi avons eu envie de lire ou relire des textes percutants qui parlent de liberté, de ce qu’on est et de ce qu’on veut comme collectivité. Assez vite, nous avons décidé de défendre sur scène un certain nombre de ces textes, en invitant le public à discuter avec nous après la représentation. »

Entre les poèmes de Gaston Miron, Gérald Godin et quel­ques autres incontournables, les deux sœurs ont fait une place à plusieurs auteurs contem­porains, d’Evelyne de la Chenelière à Jean-Sébastien Larouche. Le temps de rassembler quelques amis comédiens, et voilà qu’elles passaient à l’acte. « Je suis cons­ciente de ma chance d’arriver à faire du théâtre avec mon cœur, avec ma génération, autour de mes préoccupations actuelles. »

Attentat s’inscrit dans la veine d’un jeune théâtre québécois contestataire, qui essaime actuellement, qu’on pense au travail d’Olivier Kemeid, Olivier Choinière ou Étienne Lepage. « Le théâtre est un médium de peu de moyens, qui n’a, jusqu’à un certain point, pas grand-chose à perdre, analyse Gabrielle. C’est aussi un médium qui est plus facilement que le cinéma ou la télé en interaction avec ce qui se passe au jour le jour dans la société. Par exemple, il y a un moment où on a modifié l’enchaînement de textes en fonction d’une nouvelle concernant une poursuite du géant pétrolier Gastem contre le village de Ristigouche, qui tente de protéger ses sources d’eau potable. La proposition permettait cette souplesse. »

La pièce coup-de-poing sera reprise du 22 au 24 mai prochain à Québec dans le cadre du Carrefour international de théâtre.

La fin et les moyens

D’ici là, Gabrielle Côté se glisse dans la peau d’un personnage complexe qui l’oblige à puiser dans le souvenir d’une pas si lointaine adolescence — elle a à peine franchi la mi-vingtaine. Du 25 mars au 11 avril, elle incarne au Théâtre Denise-Pelletier le rôle-titre de Javotte, pièce tirée du roman de Simon Boulerice, adapté par Jean-Guy Legault. Inspirée de la demi-sœur de Cendrillon, cette Javotte contemporaine, mal dans sa peau, retourne contre le monde la colère qui l’habite. « Elle est très tourmentée, ce qui est intéressant pour une comédienne », dit Gabrielle, ajoutant qu’elle aime bien « jouer les méchantes ». « En fait, j’aime creuser un tel personnage pour comprendre d’où provient sa méchanceté. La Javotte de Simon Boulerice, c’est d’abord une ado qui a perdu ses repères et qui développe l’envie de faire mal aux autres. Si elle s’en prend à sa petite sœur Anastasie, c’est qu’elle a du pouvoir sur elle. »

Gabrielle Côté, on l’aura compris, n’est pas allée vers le jeu pour se la couler douce dans des rôles formatés, et qu’importe la précarité du milieu en période de restrictions budgétaires. Faut-il pour autant y voir une ayatollah des planches, qui lèverait le nez sur les contrats platement alimentaires ? Celle qui a été gardienne de but au hockey pendant une douzaine d’années bloque l’argument d’un geste vif, comme une rondelle qu’elle aurait vue venir. « Pour moi, accepter des engagements plus alimentaires et me frotter à des grands textes n’est pas contradictoire du tout. J’ai déjà enregistré une voix pour une pub de Tim Hortons, par exemple. Si un contrat pour Tim Hortons me permet de faire ensuite un Attentat, je suis partante ! »