Génériques: la fausse bonne idée de Télé-Québec

La chaîne de télé propose 23 nouveaux génériques faits de chansons québécoises. Pour le meilleur… et pour le pire.

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Un aperçu des chansons qui habillent les génériques des émissions de Télé-Québec. (Image: Télé-Québec)

Télé-Québec prépare depuis plusieurs mois un grand coup pour que sa programmation 2016-2017 vibre au rythme de la musique québécoise. Le dévoilement officiel de cette «Année de notre chanson» s’est fait il y a quelques jours, et sera porté par des jalons forts, dont la diffusion du Premier Gala de l’Adisq, mais aussi d’émissions de variétés, de séries et des documentaires sur la scène musicale d’ici. Tout ça partant d’un constat : c’est la crise pour nos chanteurs, et la télé publique québécoise devait y faire quelque chose. Il faut se réjouir de ces actions et les féliciter bien bas.

Maintenant, chipotons sur les détails. Parmi ses actions, la station a choisi d’utiliser des chansons québécoises existantes en guise de générique, question d’intégrer les artistes locaux encore plus profondément dans la programmation. Au total, 23 émissions auront droit à une ritournelle fleurdelisée.

Sur le coup, ça semble une excellente idée. Mais l’est-ce vraiment? Le doute a entre autres été soulevé par le vétéran compositeur FM Le Sieur. Dans les pages du Devoir, il estimait que le travail des créateurs qui peaufinent des airs expressément pour la télé ou le cinéma est aussi important que celui des chanteurs et chanteuses. «La culture, ce n’est pas juste de la chanson et du théâtre. La culture, c’est aussi la musique sous toutes ses formes, dont le générique. Il suffit d’y penser. Imaginons qu’on enlève la musique du générique de la série Game of Thrones pour la remplacer par une chanson actuelle. Ça n’aurait aucun bon sens!»

C’est là où le bât blesse. Le sens des sons, celui des images, l’union des deux ensembles. Oui, il y a des bons coups dans ces 23 chansons-devenues-génériques. Y fait chaud, de Lisa LeBlanc, qui accompagne Un chef à la cabane, c’est bon, c’est cohérent – et c’était déjà sur ce titre que débutait l’émission depuis quelque temps, il faut le mentionner. Formule Diaz qui s’ébranlera sur l’air de Camouflar de Galaxie, c’est une fusion réussie, la forme et le fond se rejoignent.

 

Pas capable d’arrêter, des Trois Accords, qui servira d’intro aux Appendices? Il y a une certaine union d’esprit absurde entre tout ça, mais le bon vieux générique un peu circassien des Appendices allait de soi, avec sa structure en coït interrompu aux départs et aux retours à la pause publicitaire. Les plutôt électroniques Radio Radio qui chanteront pendant le pas très abrasif Cuisine futée, parents pressés? Koriass pour le pertinent, mais plutôt calme magazine Ça vaut le coût? Doutons. Et pourquoi remplacer le suave et succulent thème de la non moins succulente émission Like-moi! par la pop beaucoup plus anodine de UGO?

 

Il y a même dans la liste l’émission Deux hommes en or, dont le générique précédent était déjà fait par un chanteur d’ici, Xavier Caféïne. Ironie, il sera remplacé par Bernard Adamus et sa pièce Donne-moi-z’en. Quant aux Francs-Tireurs, ils auront la générosité d’utiliser Engagement de Robert Charlebois, un artiste qui, on le sait tous, peine à obtenir de la visibilité

Bref, on ne peut pas plaquer une chanson existante sur le générique d’une émission de télé sans risquer d’y perdre en efficacité et en sens. Oh c’est certainement possible – et probablement moins dispendieux. Pensez à la série Mad Men, dont le célèbre thème rythmé est une pièce de l’artiste RJD2. Mais il faut choisir avec doigté, sans quoi on peut nuire et à l’artiste et à l’émission.

L’amateur de musique alternative en moi est heureux, le téléspectateur un peu dubitatif.

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