Geneviève Pettersen : reine des mots

L’héroïne du roman à succès La déesse des mouches à feu nous revient, huit ans plus tard, dans La reine de rien. Des retrouvailles inattendues pour sa créatrice, qui aborde cette fois la vie adulte.

Krystel V. Morin / montage : L’actualité

Lorsque vous avez publié La déesse des mouches à feu, saviez-vous déjà que vous alliez un jour en retrouver le personnage principal ?

Pas du tout. En 2015, j’ai publié dans Châtelaine un conte de Noël à son sujet. Ce conte s’appelait d’ailleurs La reine de rien. Après, dès que je voulais écrire la suite des aventures de mon héroïne, j’avais l’impression de me répéter. J’ai donc abandonné cette piste. Puis j’ai commencé à écrire sur l’éclatement d’un couple. Comme je vivais ce genre de situation, j’ai mis de côté le manuscrit, afin de prendre un peu de recul. Il y a quelques années, je l’ai repris et me suis rapidement aperçue que, malgré moi, Catherine était revenue, par le biais de ce roman.

Quelle sorte d’adulte est-elle devenue ? 

Elle est comme un orage qui ne cesse jamais. Catherine me fait peur ! D’une certaine façon, c’est encore une ado prise dans sa colère, qui déteste les absolus et les diktats de la société, mais qui semble essayer de vouloir s’y conformer. C’est une femme pleine de paradoxes. Par exemple, elle juge son amant par rapport à son couple, mais ferme les yeux sur sa propre situation, qui est similaire. Alors qu’elle semble assurer sur tous les fronts (carrière, famille, amour), elle verra son couple éclater, avec tous les remous que cela implique. Malheureusement, Catherine — comme nous toutes ! — ne possède pas de manuel pour vivre une peine d’amour, une peine de la famille qu’on a construite à deux. Parfois c’est laid, et il faut accepter ça.

Votre roman aborde le thème délicat de la violence conjugale. Comment avez-vous trouvé les bons mots ?

Écrire sur la violence conjugale n’est pas aisé. J’ai raconté l’histoire de façon à ce qu’on se demande si c’est bien ce qui arrive entre Catherine et Fred. Ce dernier éprouve une forme d’abandon et un sentiment d’humiliation qui soulèvent sa colère. Les dynamiques qui accompagnent la violence sont complexes et Catherine ne sait pas trop comment réagir. Quand leur couple éclatera, elle mettra rapidement la faute sur elle, sur son attitude. Je voulais notamment qu’on sente le malaise de l’entourage lorsqu’une telle situation survient. 

Votre roman parle des pensées qu’on tente de réprimer. C’était important pour vous ?

Dans La reine de rien, je voulais qu’on entende clairement les pensées de Catherine. Certaines sont très audacieuses. À titre d’exemple, elle croit préférer un de ses enfants à l’autre… On a l’impression que c’est une idée inacceptable et pourtant, je connais plein de mères qui ont déjà eu cette réflexion. J’espère qu’en lisant le roman, les lectrices reconnaîtront notre tendance collective à nous censurer mentalement. Si La reine de rien a un objectif, c’est celui de nous encourager à libérer nos pensées. J’ai l’intime conviction que si on s’offrait une pause, au moins dans notre tête, on se sentirait beaucoup mieux.

(Stanké, 224 p.)

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.