« Gerry, le film » : ayoye, tu m’fais mal !

En me rendant au visionnement de presse de Gerry, toujours vivant, je m’interrogeais : pourquoi un film sur Gerry Boulet ? Qu’est-ce qui rendait la vie du rocker cinématographiquement intéressante ?

Je pensais tenir un élément de réponse : l’époque où il a vécu ses succès et ses défaites. Eh bien, cette époque – les années 1970-1980 – est presque absente du film. On nomme certains événements clés, telle l’arrivée au pouvoir du Parti québécois en 1976, mais on ne les voit pas à l’écran. Est-ce le genre (biopic) ou le manque d’argent qui fait que l’arrière-plan sociopolitique se retrouve occulté ?

En me rendant au visionnement de presse de Gerry, toujours vivant, je m’interrogeais : pourquoi un film sur Gerry Boulet ? Qu’est-ce qui rendait la vie du rocker cinématographiquement intéressante ?

Je pensais tenir un élément de réponse : l’époque où il a vécu ses succès et ses défaites. Eh bien, cette époque – les années 1970-1980 – est presque absente du film. On nomme certains événements clés, telle l’arrivée au pouvoir du Parti québécois en 1976, mais on ne les voit pas à l’écran. Est-ce le genre (biopic) ou le manque d’argent qui fait que l’arrière-plan sociopolitique se retrouve occulté ?

Procédant par raccourcis, par ellipses, s’appesantissant parfois sur des passages trop peu riches sur le plan narratif – le long séjour en France d’Offenbach qu’a relaté Claude Faraldo dans son documentaire Tabarnac (1975), dont j’aurais apprécié voir des images –, le film avance avec très peu de péripéties, sinon la drogue, l’alcool, les femmes, les spectacles bien sûr, bref le lot de la plupart des chanteurs de ces années-là exploité au cinéma mille fois plutôt qu’une.

Mario Saint-Amand offre une composition sidérante du rocker, s’approchant par mimétisme au plus près du modèle. Qu’il prépare son discours de remerciement pour les Jutra, les Génie, etc. Malgré tout, il m’est arrivé de chercher dans l’imitation parfaite de l’acteur le charisme que devait bien avoir Gerry sur scène pour susciter un tel engouement.

Le scénario de Nathalie Petrowski, fondé sur le livre Gerry Boulet – Avant de m’en aller, de Mario Roy (Éditions Art global), suit un parcours chronologique : des « débuts » de l’artiste – enfant, en trompettiste de fanfare – jusqu’à sa mort. Aux dialogues : des lignes inspirées en côtoient  d’autres trop écrites ou cucul-la-praline, en particulier dès qu’il est question d’amour ; à la décharge de la dialoguiste, on est toujours un peu nono quand on parle d’amour. J’ai bizarrement eu l’impression que certaines répliques n’émanaient pas de la même plume.

Je déplore l’impolitesse faite au spectateur non initié à la carrière de Gerry : qui sont, pour le jeune public qui sera tenté d’aller voir le film, les René Malo, Vic Vogel, Denise Boucher et autres personnes qui traversent l’écran et qui ne sont, pour la plupart, que prénommés ? Une petite mise en contexte, peut-être ?

Le réalisateur Alain Desrochers (La bouteille, Nitro, Cabotins) assure un bon divertissement rempli de musique. Son film est supérieur au détestable André Mathieu, le dernier des romantiques, de Luc Dionne (que je vous recommande de louer, si ce n’est que pour rire un bon coup lors de la partie censée témoigner du passage de la famille Mathieu à Paris), mais en-dessous de Dédé à travers les brumes, où le réalisateur Jean-Philippe Duval et le comédien Sébastien Ricard expriment un point de vue sur leur sujet, André Fortin, des Colocs.

En fait, c’est cela, peut-être, qui pour moi manque à Gerry, toujours vivant : un point de vue.

Le film veut plaire, il n’y a aucun mal à cela ;  plaira-t-il et à qui ? Gerry, toujours vivant brasse faits, anecdotes et petits événements, mais se garde de rendre compte d’un Québec en mutation, d’une société qui change : on le dit, mais on ne le montre pas – je rappelle qu’on est au cinéma !

Par contre, on s’attarde sur des scènes trop peu significatives – dont quelques-unes avec les parents de Gerry, où le dialogue frôle le convenu et force un peu trop sur l’émotion. Je souligne au passage l’horrible perruque dont on a affublé Luc Proulx, quand il joue papa Boulet jeune. Mais côté coiffures, la palme revient à la chose que porte Éric Bruneau (Pierre Harel) : on doit se faire à la crinière avant d’apercevoir le personnage.

On ne s’ennuie pas durant la projection [le film, longuet, dure 132 minutes], on y entend beaucoup de chansons, on pourra même verser une larme – c’est d’ailleurs fait pour – , mais pas sûr qu’à la fin de la séance on aura saisi ce qui a fait de Gerry Boulet un chanteur mythique et d’Offenbach un groupe culte. Vaut mieux accepter cela d’emblée.

Si vous voulez vous mettre au parfum de la vie et de la carrière de Gerry avant de vous  rendre au cinéma, ces lignes pourront vous être utiles.

Le film prend l’affiche le 15 juin.

* * *

Gerry aux FrancoFolies de Montréal

• Ce soir (lundi 13 juin, à 19 h), présentation du film en première au Théâtre Maisonneuve (Place des Arts). Il en coûte 24,50 $ plus taxes et frais, soit 31,55 $. C’est pas un peu cher pour un film ? Il y a quelque chose que je ne dois pas comprendre.

• Demain (mardi 14 juin, à 21 h), à l’Espace Ford, spectacle-florilège gratuit avec Éric Lapointe, Martin Deschamps, Mario Saint-Amand, Nanette Workman, Jonas, Sarah Bourdon et Bobby Bazini.

Aussi :

Tonnedebrick, « seul groupe-hommage à Offenbach reconnu par ses membres originaux », se produit le 19 juin, à 14h,  à la Place publique du Vieux-Saint-Jean, à Saint-Jean-sur-Richelieu où est né Gerry. Le parc Wilfrid-Laurier sera débaptisé pour porter le nom du rocker. 

• Quant à moi, c’est au spectacle des Gerry’s que j’assisterai. Ils sont sept – cinq comédiens, un pianiste de jazz et un chanteur d’opéra – et chantent a cappella, et dans des versions barbershop, le répertoire de Gerry. Sur la page Facebook du groupe, cette ligne d’accroche: « La voix de Gerry c’est comme un coat de cuir qui traîne sur l’asphalte sur 500 km. » Humour et théâtralité. Au Café Cléopâtre lors du Zoofest, du 14 au 16 juillet.

https://www.youtube.com/watch?v=FvdrDPl2bvU

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Moi qui suis un inconditionnel d’Offenbach, je compte bien aller voir ce film prochainement. J’invite les personnes qui ne connaissent pas (sinon très peu) Offenbach et Gerry Boulet à lire d’abord la biographie « Avant de m’en aller », rédigée par Mario Roy : elles seront ensuite au fait de certains points de repère qui les aideront sûrement à comprendre et à apprécier le film.

Je suis allée le voir la semaine dernière alors qu’ils étaient de passage à Saint-Jérôme. Peu importe la critique que vous en faites Monsieur. Le rôle principal est joué de façon magistrale. Mille fois bravo!!! J’ai rarement vu un acteur avec autant de talent pour s’encrer dans le personnage d’un autre. Il va raffler toutes les prix pour son rôle, c’est à voir. Laissez -les gens jugers par eux-mêmes et vous serez peut-être étonné. Il est divin!

Chaque qu’on me parle de Gerry, je pense à la pancarte MARCI que quelqu’un avait sorti à ses funérailles. A chaque fois je me tords de rire…

J’ai eu la chance de voir Tonnebrick à 2 reprises et ils donnent un très bon show. Je me souviens particulièrement d’un show donné au Vieux Clocher de Magog, vous savez, le genre de soirée magique où l’auditoire fredonnait de nombreuses tounes. Ce que je vais dire va probablement écorcher certaines oreilles, fâcher quelques fans d’Offenbach mais le show vu au Vieux Clocher dernièrement était presque meilleur que l’original. Mais ce que je retiens de cette soirée ce fut ce côté magique. Bravo à Tonnedebrick. Si jamais vous vouliez en savoir plus sur Tonnedebrick allez faire un tour ici: http://tonnedebrick.com