Gleason: le match de la vie

Après un diagnostic de SLA, l’annonce de sa future paternité a transformé le combat du footballeur Steve Gleason. Un film d’une extraordinaire humanité.

Steve Gleason entouré de son fils Rivers et de sa femme Michel. (Courtoisie Open Road Films)
Steve Gleason entouré de son fils, Rivers, et de sa femme, Michel. (Photo: gracieuseté Open Road Films)

Ceux qui suivent le football américain connaissent Steve Gleason, défenseur arrière étoile des Saints de La Nouvelle-Orléans et auteur de l’un des jeux marquants du dernier quart de siècle.

Durant le premier match post-Katrina au Superdome, ce stade de Louisiane qui avait abrité des milliers de sinistrés après le tristement célèbre ouragan de 2005, Gleason avait bloqué de manière spectaculaire un botté de l’équipe adverse, les Falcons d’Atlanta, ce qui avait provoqué un touché des Saints et largement contribué à cette victoire hautement symbolique.

Tout ça, c’était avant. Avant qu’on lui diagnostique, à 34 ans, une sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Lou Gehrig. Cette maladie neurodégénérative — la même dont souffre le physicien Stephen Hawking (atteint, lui, d’une forme à l’évolution plus lente) — qui compromet la communication entre le cerveau et les muscles du corps, mais ne touche en rien aux capacités cognitives de la personne atteinte.

Depuis, l’ancienne vedette de la NFL joue le match de sa vie. Un match perdu d’avance, mais ponctué de petites victoires.

Il se trouve que peu après le choc du diagnostic a suivi l’annonce de la grossesse de sa femme, Michel. Dans le mélange de joie et de désespoir qu’on peut imaginer, Gleason a donc entrepris de tenir un journal vidéo destiné à l’enfant à naître, sachant qu’il ne le connaîtrait peut-être pas longtemps (l’espérance de vie après l’établissement d’un diagnostic de SLA dépasse rarement cinq ans).

C’est de ce journal émouvant que le réalisateur Clay Tweel a tiré un film documentaire. Ovationné au Festival de Sundance, Prix du public au festival South by Southwest, sacré meilleur documentaire au Festival du film de Seattle, Gleason arrive sur nos écrans précédé d’une très forte rumeur. Avec raison.

Extraordinaire d’humanité, le film nous fait entrer dans le quotidien du jeune couple qui tente de vivre la grossesse de Michel le plus normalement possible, même si les symptômes de la maladie de Steve sont de plus en plus graves.

Aux enjeux parentaux et amoureux se greffent bientôt ceux de Team Gleason, une organisation créée pour encourager la recherche et soutenir les personnes atteintes de SLA. La notoriété aidant, l’initiative attire l’attention politique et médiatique et exige beaucoup de Steve, au point de représenter un risque supplémentaire pour sa santé.

Parmi les (nombreux) temps forts du film, on compte aussi les discussions entre Gleason et son père, catholique très pratiquant qui finit par exaspérer son fils en s’accrochant à l’idée d’une guérison par la foi.

Sobre, juste, difficile à supporter mais magnétique, Gleason est avant tout une féconde réflexion sur la dignité humaine et sur ce qui fait le prix de nos vies. (En salles à compter du 12 août, en version originale anglaise et version originale sous-titrée en français.)