Grondin se paie sa tête

« Podz, c’est la meilleure et la pire des choses qui me soient arrivées », confie Marc-André Grondin. La raison ? Dans L’affaire Dumont, où il incarne un père de famille broyé injustement par la machine judiciaire, son image de jeune premier en prend pour son rhume !

Grondin se paie sa tête
Photo : Y. Turcotte / Alliance Films

Lorsque la caméra s’allume et que le nuage de fumée de cigarette se dissipe, Marc-André Gron­din apparaît à l’écran grâce à la magie de Skype. Des tatouages émergent des manches de son t-shirt «?New York Mental Insti­tution?» vert-de-gris. Ses lunettes à large monture lui donnent un petit air intello que trahit son crâne, qu’il garde rasé depuis le tournage, l’hiver dernier, de L’homme qui rit. «?C’est pratique, et ça me permet d’atteindre un but?: me laver le corps en entier avec une lingette Wet Ones?», lance-t-il en riant, en direct de l’appartement de Los Angeles où il passe ses vacances, ses pre­mières en six ans.

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Cet introverti à l’humour déjanté, qui ne se trouve pas sex-symbol pour un sou, atteint par ricochet un autre but?: égratigner son minois de jeune premier. C’est voulu. «?J’ai envie de me « challenger ». De me mettre sur la corde raide. De voir si vraiment, tout ça, c’était de la bullshit ou pas.?»

«?Tout ça?», c’est près d’un quart de siècle de métier dans la carcasse. À 28 ans, ce natif de Pointe-aux-Trembles, à Mont­réal, est déjà un vieux routier. Il a commencé sa carrière dans des pubs de jus d’orange à l’âge de trois ans, voulant suivre les traces de son frère aîné, Mathieu, qui faisait déjà de la télé. Comme un jeune athlète, après avoir joué dehors avec les copains, Marc-André rentrait s’entraîner?: il apprenait ses textes avec sa mère. «?On ne lui a jamais rien montré, mais très tôt, il a compris c’était quoi jouer. Lui et Mathieu ont commencé tellement jeunes. Ils aimaient ça et ont voulu continuer?», raconte leur mère, Huguette Laplante, qui est devenue, par la force des choses, agente d’artistes.

Les téléromans, comme Sous un ciel variable, ont été son école de jeu. Et s’il a mis un frein à sa carrière le temps de faire son secondaire, au collège Jean-Eudes, il a ensuite fait repartir la machine. Comme pour d’autres enfants acteurs, sa carrière aurait pu s’arrêter après Watatatow et Les super mamies. Mais en 2005, il y a eu C.R.A.Z.Y., qui l’a propulsé. Depuis, Grondin roule à vive allure.

Surtout en France, où la machine s’est emballée après le César du meilleur espoir masculin que Le premier jour du reste de ta vie, de Rémi Bezançon, lui a valu – une première pour un acteur canadien. Se sont alors enchaînés, de l’autre côté de l’Atlan­tique, Le caméléon, Bus Palladium, Insoupçonnable, Mike et L’homme qui rit. Ce dernier, dans lequel il joue aux côtés de Gérard Depardieu, vient de clôturer la Mostra de Venise, où il était il y a quelques semaines. Et plus près de chez nous, il a joué dans 5150, rue des Ormes, Le bonheur des autres, Goon, et il vient de finir le tournage de Vic et Flo ont vu un ours, de Denis Côté.

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Marc-André Grondin dans C.R.A.Z.Y. (photo : TVA Films / Everett Coll. / PC), de Jean-Marc Vallée, et dans Goon, de Michael Dowse (photo : Alliance Films).

Dans ces allers-retours de chaque côté de l’Atlantique, certains objets l’accompagnent. Complice, il déballe le contenu de son sac à bandoulière. Devant lui?: des stylos pour dessiner, des bandes de Listerine, des Wet Ones («?aussi indispensables que des bouteilles d’eau sur les plateaux?»), le DVD de L’affaire Dumont, de Podz. Puis, il approche de la caméra un condom que des camarades lui ont offert à la blague en République tchèque lors du tournage de L’homme qui rit. Sur l’emballage est imprimé un pain baguette où on peut lire?: «?Eat my baguette.?» «?Je rappelle souvent que je suis francophone, mais pas français?», soupire-t-il en souriant. Normal que beaucoup le pensent français?: il sait gommer à la perfection l’accent québécois pour le rempla­cer par celui de l’Hexagone. Grondin déballe alors son autre sac.

Sachant que le Québec avait une sensibilité épidermique au sujet des accents – il n’y a qu’à penser à celui de Marie-Josée Croze -, il s’est mis à faire attention, à répéter sur toutes les tribunes son amour du Québec et son ardent désir d’y travailler, pour montrer qu’il n’avait pas renié sa patrie. Il en a fait une fixation et a angoissé sur la réaction du public et des critiques du Québec jusqu’à ce qu’il s’exprime avec son accent français dans un sketch avec l’humoriste et acteur Gad Elmaleh, à la Nuit des César de 2010. Aucun média québécois n’avait même remarqué sa présence ce soir-là. Alors, il a lâché prise. «?Maintenant, je me « crisse » de ce que le monde pense?», confie Marc-André, en détournant les yeux de la caméra pour regarder par la fenêtre.

En pause de tournage, Grondin est en période de réflexion. Son agent, Marc Hamou, entrevoit pour lui une carrière internationale et lorgne les États-Unis. «?Quand je l’ai vu dans C.R.A.Z.Y., je me suis dit?: this guy is a real star. Il crève l’écran. C’est un acteur qui n’a pas peur de prendre des risques, il peut telle­ment changer de look.?» L’affaire Dumont, qui sort ces jours-ci sur les écrans québécois, en est la preuve.

Dans ce film inspiré d’une histoire vraie, Grondin incarne Michel Dumont, père de deux enfants, jugé et condamné pour une agression sexuelle qu’il nie avoir commise. À l’écran, il est méconnaissable. «?Podz, c’est vraiment la meilleure et la pire des choses qui me soient arrivées dans la vie. C’était la première fois que quelqu’un me choisissait pour ce que je pouvais vraiment apporter au personnage et non pour ce dont j’avais l’air. C’est frustrant, après, de rencontrer d’autres réalisateurs et de voir qu’ils sont peu nombreux à oser te métamorphoser.?»

Alors, sa transformation physique, il la fait lui-même, en commençant par sa boule à zéro. «?Ça me fait chier de voir un acteur exceptionnel cantonné dans des rôles secondaires parce qu’il est gros ou chauve. La vie, c’est pas juste du monde beau. Et le cinéma est tellement le meilleur art pour parler de la beauté intérieure de quelqu’un.?»

 

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