Guillaume Wagner au milieu de Nietzsche, Pierre Falardeau et Michel Tremblay

Diplômé de l’École nationale de l’humour, Découverte 2011 du gala des Olivier et Révélation du 29e festival Juste pour rire, Guillaume Wagner a gagné ses galons auprès de Jean-François Mercier à l’émission Un gars, le soir, et comme idéateur-acteur de la télésérie Les 5 prochains, sur des humoristes en devenir.

Photo : Jocelyn Michel

Devant public, il monte au front sans trembler?; au restaurant, il a l’air d’un brave garçon?: pas d’arrogance, pas de gros mots, mais un esprit vif en embuscade. Réservé à la ville, fort en gueule sur scène, où il fait claquer son «je» et apostrophe les spectateurs avec des jeux de mots, mais aussi avec des idées, voire des idéaux. Souverainiste converti, féministe convaincu, zélé des médias sociaux (15 000 amis Facebook), Wagner dégoupille son premier solo, Cinglant, «un spectacle brutal d’honnêteté».

Nietzsche disait : « L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire. » D’accord avec ça ?

Je vous étonnerai peut-être, mais je suis un grand lecteur de Nietzsche et, aussi bizarre que cela puisse paraître, j’y puise beaucoup d’inspiration pour mes numéros, qui sont l’écho de mes problèmes existentiels.

Je fais ce métier pour devenir le fantasme de qui je vou­drais être?: je parle fort, j’émets mes opinions avec confiance, je maîtrise la situation. Le contraire de ma nature profonde. Dans la vie, les gens ne m’écoutent pas?; sur scène, je les y oblige.

Complétez la phrase : « J’ai commencé en imitant Michael Jackson allant aux toilettes, aujourd’hui je… »

Je n’ai pas honte, mais presque?! À mes débuts, j’étais une pute, j’aurais fait n’importe quoi pour faire rire. Mais pourquoi regretter ce qui m’a amené où je suis??

Vous marchez sur le même terrain — celui de la provocation sociale — que Jean-François Mercier [script-éditeur de son spectacle]. Qu’est-ce qui vous distingue de lui ?

Je suis zéro cynique?: je crois aux changements possibles et je veux y contribuer. Est-ce idéaliste, naïf, niaiseux?? Mercier me dit souvent?: «Vieillis, tu vas comprendre, et devenir cynique.»

Votre spectacle s’intitule Cinglant. Une façon de ne pas tromper les gens sur la marchandise ?

Je délimite mon ton et mon territoire pour que les gens s’amènent en connaissance de cause. En gros, mon spectacle tourne autour des relations hommes-femmes, de l’individu face à la collectivité. J’aime beaucoup le philosophe Michel Onfray, qui dit qu’on s’est débarrassé de la religion et de tous les rituels afférents — messe, mariage — qui nous tenaient collectivement. On les a remplacés par des substituts débiles, comme le Boxing Day, dont je parle dans un numéro.

Que répondez-vous à ceux qui vous trouvent vulgaire ?

Je revendique ma vulgarité, à la manière de Pierre Falardeau, qui disait que «vulgaire» vient de vulgus, «le commun des hommes». Je fais partie du peuple. Ça m’arrive de parler cru, de jurer, mais ça m’arrive aussi d’être intelligent, sensible.

J’ai déjà fait un numéro dénonçant l’homophobie, et on est venu me voir à la fin pour me féliciter?: «Eh que t’es drôle quand tu ris des fifs?!» Donc, que les gens retiennent de moi ce qu’ils veulent, pourvu qu’ils rient?!

Peut-on vous critiquer ?

Je refuse toute critique de prime abord, mais je consens à y réfléchir ensuite. Michel Tremblay, il me semble, a déjà dit qu’il n’avait jamais lu une critique qui lui avait permis d’avancer.

Pensez-vous avoir changé depuis vos débuts ?

C’est un lieu commun de le dire, mais la scène sert de thérapie. Je n’étais pas bien dans ma peau — et ne croyez pas que je sois guéri —, mais j’ai évolué. Je suis en train de m’ouvrir comme un lotus.

Cinglant, salle André-Mathieu, à Laval, les 10 et 11 juill.,
450 667-2040?; Le Vieux Clocher de Magog du 17 au 28 juill., 819 847-0470.

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Demain, Wagner répond à 15 questions désordonnées.