Hommes à tout faire

Pour la professeure Martine Delvaux, la « culture du club » reste ancrée dans les lieux de pouvoir, aux mains d’hommes qui tiennent à conserver leurs privilèges.

Encore au XXe siècle, une certaine élite réglait en coulisses les affaires de l’État dans des clubs privés interdits aux femmes. Le prestige de ces endroits semblait proportionnel à leur capacité d’exclure ceux qui n’avaient pas droit de cité.

Pour la professeure Martine Delvaux, bien que les salons aient disparu, le modèle du boys club perdure. La « culture du club » reste ancrée dans les lieux de pouvoir, aux mains d’hommes qui tiennent à conserver leurs privilèges.

« Le boys club est un groupe serré d’amis-hommes qui se protègent entre eux », résume-t-elle dans Le boys club, un essai qui a suscité bien des réactions cet automne. Une collusion tacite entre gens de pouvoir, mais surtout un système qui a l’habitude comme meilleure alliée.

Parce que la représentation de l’homme comme figure naturelle du pouvoir est non seulement banale, mais banalisée. Dans la culture populaire, l’essayiste note une inclination à s’intéresser aux hommes pour leur puissance et aux femmes comme ornements ou trophées. En architecture, secteur dominé par les hommes, les femmes sont reléguées à la décoration. « Les femmes sont réduites au monde de l’apparence construit par les hommes », souligne-t-elle. Idem pour les vêtements. On juge facilement une femme à son habillement, au contraire de l’homme en complet-cravate, qui demeure l’image normale du pouvoir.

La place des femmes dans les gouvernements est encore minoritaire. L’élite économique reste tout aussi masculine — et blanche. « Si la masculinité et la blancheur restent innommées, c’est qu’elles vont de soi, qu’elles n’ont pas à être interrogées ; elles existent par défaut », avance Martine Delvaux. À l’inverse, « les femmes sont leur sexe, et leur sexe essentiellement ».

Devant les hommes qui parlent fort et occupent tout l’espace, les femmes s’excusent, s’effacent et s’absentent. « On vit dans une grandiose demeure aux multiples plafonds de verre », écrit-elle. Une réalité si établie que l’homme perçoit difficilement ses privilèges. S’il a du succès, s’illusionne-t-il, c’est grâce à son seul mérite. Et l’arrogance le guette.

Pour Martine Delvaux, c’est Donald Trump qui apparaît comme l’image parfaite de ce boys club. Le richard sans manières et sans scrupules, qui insulte, pique des crises et porte une vision binaire du monde. Le président américain ne jure que par la publicité de lui-même, étale son racisme et parle des femmes comme de biens meubles. « Le privilège de ceux qui, forts d’une puissance économique, n’ont pas besoin d’être compétents pour réussir. »

« Trump s’entoure d’hommes, et d’hommes comme lui. Il s’adresse à eux, les mobilise, les galvanise. » Son pouvoir est adoubé, au point que la haute bourgeoisie n’hésite pas à payer le gros prix pour le côtoyer. Où ça ? À son… club privé.

Le boys club, par Martine Delvaux, Les Éditions du remue-ménage, 225 p.