Il fait danser les Français

Juge dans une émission de divertissement sur TF1, le Québécois Jean-Marc Généreux est une véritable star du petit écran.

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Jean-Marc Généreux à l’émission Danse avec les stars de Noël 2012. Toujours le mot, sinon l’accessoire, pour rire. – Photo : TF1 / Laurent Zabulon

Le Québécois Jean-Marc Généreux est sans conteste le juré-vedette de Danse avec les stars, une émission diffusée sur la chaîne française TF1. Véritable agent du plaisir, l’homme de 51 ans, danseur professionnel, monte sur la table du jury, utilise des accessoires loufoques — lunettes géantes, tête de caribou miniature —, crie, rit, pleure. Et atteint sa cible : les candidats et quelque six millions de téléspectateurs tombent sous le charme.

C’est le cas d’Aurélie Laurent, une téléspectatrice qui aime « son côté entier, sa sincérité et son émotivité, qui le rendent touchant ». Pour Hélène Defreyne, c’est un « homme dynamique et chaleureux, empathique et toujours plein d’émotions lorsqu’il parle de sa famille ». « De plus, c’est un super-danseur pour son âge, sur des musiques très rythmées », poursuit cette amatrice de danse.

L’émission, diffusée le samedi soir, est devenue l’une des plus appréciées des Français. La dernière finale a rassemblé 28 % du public devant le petit écran et suscité le plus de commentaires sur Twitter : plus de 270 000 tweets. Et l’un des ingrédients de cette réussite, c’est justement ce petit homme mince, toujours élégant, à la voix aiguë. Quand il ne saute pas sur la piste pour esquisser quelques pas, ce sont blagues, jeux de mots, commentaires colorés et enthousiastes qui fusent. « T’as sorti la kalachnikov, tu m’as tué », hurle-t-il, debout, à un candidat. « J’ai chaud, j’enlève ma veste », lance-t-il devant la prestation d’une autre. « C’est un départ canon », poursuit-il en imitant un tir de canon. « Parole de caribou, j’achète. »

Sa personnalité en a fait une star : l’homme, qui partage sa vie entre le Québec et Paris, enchaîne plateaux de télévision, entrevues, publicités et autographes.

« Il m’avait dit que les gens le reconnaissaient dans la rue, mais lorsque je suis allée à Paris, en novembre, j’ai vu que c’était vrai, raconte sa conjointe, France Mousseau. Sur les Champs-Élysées, ils lui demandent des autographes ou se retournent et lancent : “Ça, j’achète !” » Cette expression, qu’il utilise à profusion, est devenue sa « marque de commerce » : il l’a d’ailleurs déposée à l’Institut national de la propriété intellectuelle de France !

C’est avec celle qui deviendra sa femme que Jean-Marc Généreux a fait ses premiers pas de danse, à l’âge de neuf ans : le petit garçon, dont la famille vit à Longueuil, croise chez une amie la petite France, issue d’une famille de passionnés de « danse sociale », et en tombe amoureux. Il troque alors ses patins de hockey contre des chaussons de danse afin de passer du temps avec la fillette, qui devient sa partenaire, et se consacre entièrement à cette discipline. « Ç’a été un choc pour ma famille de me voir bifurquer vers un métier peu sécuritaire financièrement », explique-t-il. Son père aurait préféré qu’il devienne architecte ou ingénieur.

À l’âge de 14 ans, Jean-Marc et sa complice participent à leurs premières compétitions : rumba, paso doble, cha-cha-cha… À 20 ans, ils s’envolent pour l’Angleterre pour prendre part à l’un des plus prestigieux concours de danse, le Blackpool, créé en 1920. Ils y gagnent le prix de la catégorie Jeunes, une première pour des Nord-Américains. Trois ans plus tard, ils se marient et partent en voyage de noces en Floride pour deux semaines… dont une consacrée à la compétition. « C’était simple, dans le fond, raconte France Mousseau : on faisait ce qu’on aimait, c’était parfait. »

Mais pratiquer la danse de compétition coûte cher : de 25 000 à 30 000 dollars par an pour l’entraînement, les costumes et les déplacements. France et Jean-Marc doivent bosser comme des fous. Pour économiser, ils confectionnent leurs tenues. Aujourd’hui, ils en ont fait une entreprise, qu’ils dirigent depuis le sous-sol de leur maison, à Boucherville, où des danseurs passent faire des essayages ou suivre quelques cours avec Jean-Marc… quand il en a le temps.

Le couple danse un peu partout — États-Unis, Japon, France, Australie —, parfois devant plus de 7 000 personnes. En 21 années de carrière, il gagne plus de 100 compétitions dans des championnats majeurs. Mais avec la naissance de Jean-Francis, il y a 18 ans, puis de Francesca, 3 ans plus tard, il arrête la compétition et ne donne plus que des spectacles, dans lesquels le petit Jean-Francis s’immisce régulièrement pour saluer la foule.

La voix du bouillonnant Jean-Marc tremble un peu quand il évoque Francesca : son « petit ange » qui gazouillait, commençait à marcher. Puis « des trucs ont commencé à clocher, dit-il. À 24 mois, elle ne parlait plus du tout et ne pouvait plus faire des gestes tout simples, comme tenir une cuillère. » Le diagnostic est dur : Francesca est atteinte du syndrome de Rett, une maladie rare d’origine génétique qui se traduit par un trouble grave du développement du système nerveux central.

La vie de cette famille très unie doit prendre un autre cap. France se consacre aux enfants et lui se lance seul dans une nouvelle carrière : juré et chorégraphe à l’émission américaine So You Think You Can Dance, puis à la version canadienne de l’émission, acteur dans les films Shall We Dance (2004) et Dance With Me (2006), chorégraphe pour le film québécois Funkytown (2011) et personnalité invitée à l’émission Tic Tac Show, sur la chaîne V… Jean-Marc trace son chemin jusqu’en France, où les téléspectateurs le découvrent — et l’adulent.

La seule ombre à ce tableau : il aimerait bien prendre sa femme, son fils, qui marche sur ses traces comme danseur, sa fille et son coin de paradis à Boucherville et les déposer à Paris. « Je suis un père de famille avec une enfant handicapée et un fils qui performe. Tout cela me procure une panoplie d’émotions à fleur de peau. »

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