Il fait des bulles

En une dizaine d’années, la bande dessinée québécoise a accédé à la reconnaissance. Grâce à Jimmy Beaulieu, entre autres agitateurs, qui a contribué à en améliorer la perception et la diffusion, en la défendant sur toutes les tribunes. Car l’auteur se livre à plusieurs activités-satellites : professeur, théoricien, chroniqueur, directeur de collection… Épars, vous dites ?

Photo : Jocelyn Michel

Passionné, plutôt. Et avec ça, prolifique bédéiste : un ouvrage par an, de très respectables tirages, une bonne renommée (c’est l’un des 12 auteurs du Tour du monde en bande dessinée, publié chez Delcourt, en France). Quelques titres : Ma voisine en maillot, – 22 ºC, Appalaches.

Une plume grande gueule, un gars de bande. La preuve : le garçon, né à l’île d’Orléans en 1974, a sévi 10 ans durant au sein de groupes musicaux aux noms aussi improbables (Les gros sales, 753-755) que leur répertoire, avant de quitter Québec pour Montréal, de se marier et de se vouer corps et cases au neuvième art. « La BD, c’est tous les arts réunis : le cinéma, le théâtre, la littérature. C’est même de l’architecture, du design de costumes et de la musique, si tu sais rythmer les images. »

Pour ses planches, Beaulieu n’écoute que sa sensibilité, faisant fi des diktats imposés par les éditeurs américains, qui commandent surtout des aventures de superhéros, ou par les Français qui publient de l’« heroic fantasy », avec épées, donjons, jeux de rôles. « Je préférerai toujours, à l’armada de vaisseaux spatiaux, la fille qui regarde par la fenêtre en attendant quelqu’un. » Ah ça, pour dessiner les filles, il n’a pas son pareil, le Jimmy, surtout quand elles portent moins que rien de costume. « Pour raconter le fantastique, le cinéma est le média idéal. Mais la BD n’est pas battable quand il s’agit d’explorer les strates de l’intériorité. » Son terrain de jeux : l’observation urbaine, le nœud dans le couple, les comportements humains. Ses décors : le Plateau-Mont-Royal, les cafés. Ses personnages : les trentenaires qui se dépatouillent du mieux qu’ils peuvent pour exister. « Ce qui m’intéresse le plus, c’est ce que je ne dis pas, le silence entre les cases. »

Il a beau produire ce qu’il est convenu d’appeler du « roman graphique », il en refuse la dénomination, qu’il juge trop hautaine. « Moi, c’est de la BD que je fais. » Allergique aux manières, on dirait. Prenez son tout nouveau site Web (jimmybeaulieu.com), où il écrit d’entrée de jeu : « Le “.com” me mettait mal à l’aise […] parce que “commercial” est l’ultime gros mot et que je ne voulais pas l’associer à mon nom, mais mes amis connaisseurs du Web ont su me convaincre que ça simplifie pas mal les choses. Donc, je m’assume comme grosse pute. »

Blogueur inspiré et drôle, Jimmy Beaulieu est l’un des invités du Festival de la bande dessinée francophone de Québec, qui soulignera le 30 e anniversaire de la création du magazine Croc et les 10 ans des Éditions de la Pastèque, qui publient Michel Rabagliati ( Paul en appartement ). Pour consulter le programme : fbdfq.com. À Québec, dans divers lieux, du 15 au 19 avr., 418 524-9696.

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