Ils ne sont pas Charlie

«Il y a une différence entre soutenir une liberté d’expression qui va à l’encontre de l’acceptable et récompenser une telle liberté d’expression», indiquent des auteurs en désaccord avec un prix littéraire remis à l’équipe de Charlie Hebdo.

Portugal France Newspaper Attack
Photo : Getty Images

L’information circulait depuis quelques jours : six membres éminents de l’association littéraire américaine PEN refusaient de s’associer à la remise d’un prix décerné aux journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo.
Culture

À la suite de la tuerie du 7 janvier dernier dans les locaux de l’hebdomadaire satirique parisien, l’association a en effet choisi de remettre à la rédaction décimée, à l’occasion de son gala annuel du 5 mai, son prix Toni et James C. Goodale du courage et de la liberté d’expression.

Les six se sont dits mal à l’aise à l’idée de récompenser un journal qu’ils assimilent à l’islamophobie. Parmi eux, on trouve le Canadien Michael Ondaatje et l’Australien Peter Carey, lequel en a profité pour pourfendre «l’arrogance culturelle de la nation française».

Si les trouble-fêtes se sont attiré les foudres de nombreux intellectuels de partout dans le monde — l’auteur britannique Salman Rushdie est allé jusqu’à les traiter, sur son compter Twitter, de «lâches» (pussies) —, leurs rangs ne cessent de grossir : ce sont maintenant plus de 200 écrivains qui jugent inappropriée la remise de ce prix, dont les stars américaines du livre Joyce Carol Oates et Russell Banks (on peut consulter leur lettre ouverte dans le magazine en ligne The Intercept).

«Il y a une différence entre soutenir une liberté d’expression qui va à l’encontre de l’acceptable et récompenser une telle liberté d’expression», peut-on lire sous leur plume. Ou encore : «En récompensant Charlie Hebdo, PEN valorise un contenu offensant : un contenu qui intensifie les sentiments anti-islam, anti-Maghreb et anti-Arabes qui prévalent déjà en Occident.»

Le doute n’est plus permis : tout le monde n’est pas Charlie.

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Les auteurs en question sont mal renseignés : l’anticléricalisme de Charlie Hebdo ne vise aucunement les imams en particulier, mais les clergés en général. Ils ne l’ont pas lu, probablement – de peur d’être contaminés par l’arrogance French ? – sinon, tout en persistant dans la confusion entre sentiment anticlérical et sentiment antireligieux, ils condamneraient tout autant Charlie Hebdo pour son anticatholicisme et son antijudaïsme : étant donné qu’on s’y moque tout autant des curés et des rabbins. Mais pas la moindre trace de ça dans les propos de nos amis politiquement corrects.

Ça serait amusant de tester Ondaatje avec le sketch numéro 2 des ‘Nouveaux monstres’ (I nuovi mostri, réalisé par Monicelli, Risi et Scola), «Tantum ergo» avec Vittorio Gassman dans le rôle d’un cardinal ; ou encore ce sketch dirigé par Nanni Loy où un enfant napolitain de famille nombreuse se suicide après le discours d’un cardinal contre la contraception et l’avortement… Mais je crains fort que ça n’ait pas été traduit en anglais, comme d’habitude.

Par ailleurs, cette histoire de hurler « offensive! » à tout bout de champ me semble solidement enracinée dans la tradition puritaine. En fait, on est toujours l’«offensive» de quelqu’un. Et s’il fallait interdire tout ce qui est «offensive» pour tout un chacun, on se retrouverait vite jusqu’au cou dans la mièvrerie rose-bonbon genre Walt Disney.

Comme quoi on a beau être un intellectuel et ne pas comprendre des choses simples.

Charlie hebdo est irrévérencieux. C’est un style d’humour, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. J’ai la très nette impression que plusieurs n’aiment pas ce style (assez particulier je l’admet) et, ainsi, ne le considèrent pas.

Ce n’est pas leur désaccord qui m’embête. Ce sont leurs arguments.

«Comme quoi on a beau être un intellectuel et ne pas comprendre des choses simples. »

Ça ne change rien au présent débat, mais signalons qu’être un artiste et être un intellectuel sont deux choses différentes, bien que plusieurs soient les deux. Ceux qui ne comprennent pas cela s’exposent à de sérieux ennuis, voire à faire rire d’eux. Ainsi, des philosophes, des penseurs se sont parfois essayés au roman (ou même au cinéma!) avec des résultats déplorables, ou en tout cas médiocres. Et vice-versa: des artistes se prennent pour des penseurs et nous assènent des chapelets de lieux communs inintéressants déjà pensés et repensés par d’autres. Mais bien sûr il arrive aussi qu’on soit bon dans les deux.

Depuis le tout début beaucoup de gens ont affirmé ne pas être « seulement » Charlie ou carrément ne pas être Charlie. C’est que c’est un fourre-tout instrumentalisé.

Comment expliquer par exemple que parmi ceux qui se disent Charlie certains condamnent et font taire ceux qui ont des propos divergents ? Pourquoi des chefs d’états sanguinaires marchaient en première ligne lors de la grande manif en France ? Pourquoi en France des directeurs d’écoles primaires ont fait la chasse à des enfants musulmans de 7 ans qui n’ont pas voulu se lever debout pour la minute de silence ? C’EST QUOI ËTRE CHARLIE ?

Depuis le tout début j’ai moi-même affirmé ne pas être Charlie au risque d’être fichée par nos bien pensants conservateurs. J’ai condamné le carnage à Charlie Hebdo mais cela ne fait pas de moi une Charlie. Charlie est très critiqué en France par des intellectuels, des artistes, des écrivains -dont Nancy Huston et même par son co-fondateur, Delfeil de Ton qui a écrit le 14 janvier dans L’Obs: « Je t’en veux vraiment, Charb. ».

Extrait d’un article dans Le Monde: Delfeil de Ton ressuscite ses souvenirs, croque ses amis, puis en vient à ce numéro de Charia Hebdo, que Charb avait décidé de publier, avec les caricatures de Mahomet, en novembre 2011. « Quel besoin a-t-il eu d’entraîner l’équipe dans la surenchère ? », accuse Delfeil. Peu après la sortie du numéro, les locaux de Charlie sont incendiés. Delfeil rappelle ce que son ami Wolinski, même âge que lui, en disait à l’époque : « Je crois que nous sommes des inconscients et des imbéciles qui avons pris un risque inutile. C’est tout. On se croit invulnérables. Pendant des années, des dizaines d’années même, on fait de la provocation et puis un jour la provocation se retourne contre nous. Il fallait pas le faire. » Ni recommencer, estime Delfeil : « Il fallait pas le faire, mais Charb l’a refait, un an plus tard, en septembre 2012. »

Pour les abonnés de Médiapart, l’excellent texte de Shlomo Sand (suivi de 245 réactions de lecteurs): « Je ne suis pas Charlie » qui se demande ceci…

» l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? »

…et cela: « Bien sûr, il faut être un assassin cruel et pervers pour tuer de sang-froid des personnes innocentes et désarmées, mais il faut être hypocrite ou stupide pour fermer les yeux sur les données dans lesquelles s’inscrit cette tragédie.

C’est aussi faire preuve d’aveuglement que de ne pas comprendre que cette situation conflictuelle ira en s’aggravant si l’on ne s’emploie pas ensemble, athées et croyants, à œuvrer à de véritables perspectives du vivre ensemble sans la haine de l’autre. »

Shlomo Sand
(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

http://blogs.mediapart.fr/blog/pilhaouer/140115/shlomo-sand-je-ne-suis-pas-charlie

Mais Shlomo Sand, c’est le monsieur qui, d’une part, défend bec et ongles « son » Georges Sorel, un des principaux affluents de gauche du fascisme italien avec le thème de « la violence, accoucheuse de l’histoire », et d’autre part ce même Shlomo Sand attaque ‘Rome ville ouverte’ de Rossellini en lui attribuant un but qu’il n’avait aucunement « in the first place » (représenter les Italiens, alors qu’il s’agissait de représenter quelques antifascistes italiens). Alors je le retiens, votre M. Sand.

Avant de jeter la pierre aux nenesuispasCharlie# et aux anglo-saxons du soi-disant politiquement correct et mou, il faudrait d’abord démontrer que la liberté d’expression est absolue au pays de Charlie. Or, en France on ne cesse de multiplier les lois pour encadrer la liberté d’expression et on intente des poursuites pour « incitation à la haine », négation de l’existence des camps d’extermination, antisémitisme, etc… En multipliant les interdits, on avoue en même temps que la liberté d’expression a des limites. Sauf que les limites ne sont pas les mêmes en France et dans les pays anglo-saxons. En France, il ne faut surtout pas s’attaquer à des sujets qui font honte, et pour cause (Vichy, le transport des juifs à Auschwitz par la SNCF, les idioties du Front national). Dans les pays anglo-saxons, plus ouverts à la diversité, il faut surtout respecter les communautés.

« En France, il ne faut surtout pas s’attaquer à des sujets qui font honte, et pour cause (Vichy, le transport des juifs à Auschwitz par la SNCF, les idioties du Front national).»

C’est drôle, ces sujets-là j’en ai entendu parler d’abondance dans ‘Le Canard enchaîné’ – journal au fort tirage – et le Front national n’a jamais cessé d’être la cible numéro 1 de Cabu, un des caricaturistes assassinés qui travaillait pour l’une et pour l’autre publication.. Par ailleurs, pour prendre un autre exemple, dans le récent film gentil-édifiant ‘Le Discours du roi’, le philofascisme du roi en question était totalement effacé, comme s’il n’avait pas existé. Sujet q

La France républicaine a une grande tradition de laïcité (plus ou moins heureuse) alors que le monde anglo-saxon baigne encore dans la mixité état-église car, comme on le sait, le chef de l’état au Royaume-Uni (la reine) est aussi le chef de l’église anglicane (cela s’applique aussi au Canada où la reine est le chef constitutionnel de l’état et où la constitution reconnait la suprématie de Dieu). Quand la liberté d’expression touche les croyances religieuses, le monde anglo-saxon est effectivement beaucoup plus frileux et est mal à l’aise avec la dérision, la moquerie des religions. Pour plusieurs dans ces cultures la liberté de religion dépasse la liberté d’expression, dans une gradation des droits humains.

Les non-croyants ont certes le droit de se moquer des croyants si on donne foi à la liberté d’expression tout comme les croyants peuvent se moquer des non-croyants mais malheureusement chez les croyants, il subsiste encore dans certains milieux le « crois ou meurs » et la liberté d’expression devient l’ennemi numéro 1. Ce que les bien-pensants qui ne sont pas Charlie ne semblent pas voir c’est le fait qu’il ne s’agit pas d’anti-islam ou d’anti-religions mais plutôt de la dérision et la moquerie de ceux qui pourraient être aveuglés par leurs croyances dans un monde en perpétuel changement.

Est-ce que Charlie Hebdo méritait un prix pour avoir payé le prix ultime de la liberté d’expression? C’est à PEN international à le décider et on peut être pour ou contre et le dire, ça fait partie de la liberté d’expression. Si on s’exprime, on doit aussi s’attendre à être critiqué par ceux qui ne sont pas d’accord avec nous.

Prendre des gants blancs avec les assassins ? Autant de couardise et d’aveuglement à de quoi décourager. Mais le petit crémage australien, viscéra lement francophobe, trouvera surement des amateurs…..

(Tout le monde n’ est pas Charlie) Quelle vérité absolue! Combien d’ hypocrisie que de se joindre au portrait humaniste du lendemain du massacre.

Par contre qui ne vaut pas une risée ne vaut rien du tout! Je pense que les musulmans en général n’ appréciaient pas beaucoup les satires de Charlie Hebdo sur Allah et le prophète Mahomet, mais se réjoussaient intérieurement de voir les satires sur les Juifs et les Chrétiens! L’ Islamophobie ce n’ est pas CHARLIE HEBDO qui l’ a inventé mais bien plutôt l’ Islam eux-même par leur intransigence envers les non-croyants que sont les autres!

Moi je pense que c’ est très bien le prix littéraire remis par le PEN @ Charlie Hebdo pour la libre expression ; car ils ont payé le prix , le gros prix pour avoir mérité ce prix! Pour ce qui est des dissidents , est-ce qu’ il n’ y a pas un peu d’ envieux dans cet univers, et ou peut-être des gens hautains qui ne pense qu’ a leur noblesse ! Le prix remis a l’ organisme Charlie Hebdo est le prix du COURAGE ET LIBERTÉ D’EXPRESSION, n’ oubliez pas!

Je pense qu’une partie du problème vient surtout des gens qui ne savent pas faire la différence entre liberté d’expression et apologie du terrorisme/racisme/antisémite/islamophobie/homophobie et j’en passe

Rire des opinions, des idées, des croyances des autres est de la liberté d’expression
Rire des Horreurs vécus par des humains peut importe pour qu’elle raison est de l’apologie et est exécrable

genre rire des difficultés que doit vivre un handicapé par exemple afin de montrer aux gens le ridicule de certaines situations est acceptable
rire de son handicap ne l’est pas

Nuances que les gens ne font pas…..

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