Ils roulent et comptent!

Des collisions, de l’action et beaucoup de crevaisons. Voilà le menu que propose l’équipe canadienne de rugby en fauteuil roulant aux Jeux paralympiques de Londres. Une médaille avec ça ?

Photo : Mike Ridewood/CPC

BANG! La collision entre les deux fauteuils roulants secoue violemment le corps de Patrice Simard. Visiblement fier de son plaqué, l’athlète de 33 ans, de Québec, s’empare du ballon qui a échappé à l’adver­saire, puis roule à plein régime vers la ligne des buts. Heureu­sement qu’il joue dans mon équipe, car je n’aurais jamais réussi à le rattraper sur cette surface aux dimensions d’un ter­rain de basket?!

Avec un autre Québécois, Fabien Lavoie, et le reste de l’équipe canadienne de rugby en fauteuil roulant, Patrice Simard tentera de décrocher les honneurs aux Jeux paralympiques (du 29 août au 9 septembre). Après avoir gagné une médaille d’argent à Athènes, en 2004, et une de bronze à Pékin, en 2008, le joueur vise la médaille d’or à Londres. Son équipe devra toutefois vaincre les Suédois, les Anglais, les Japonais et les ter­ribles Américains – dont la rivalité avec les Canadiens a fait l’objet d’un documentaire, Murderball, en 2005, dans lequel on voyait d’ailleurs Patrice Simard en action.

Mais en ce soir de mai, dans le gymnase de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, il s’agit d’un match entre amis, auquel on m’a invité.

«?On va essayer de te garder en un seul morceau?», me promet Patrice Simard. Avec ses cheveux noirs en coupe mohawk, ses yeux sombres et son visage taillé au couteau, il aurait eu l’air menaçant, n’eût été son sourire timide.

Comme la plupart des joueurs de rugby en fauteuil roulant, Patrice Simard est quadriplégique. Difficile à croire en le voyant propulser à toute vitesse son «?tank?», comme il appelle son fauteuil roulant spécialement conçu pour ce sport.

Contrairement à la croyance populaire, nombre de quadriplégiques conservent la maîtrise partielle de leurs muscles. Dans le cas de Patrice Simard, les biceps sont fonctionnels, tout comme une partie des triceps, malgré une lésion de la moelle épinière, séquelle d’un accident de voiture survenu quand il avait 17 ans. Les capacités motrices varient cependant grandement d’un joueur à l’autre.

Cette réalité existe dans tous les sports paralympiques. De quoi compliquer l’équité des compétitions. «?Une personne aveugle n’a aucune chance contre un athlète qui voit des ombres, dit le Dr Gaétan Tardif, chef de mission pour le Canada. Un système de catégorisation a donc été mis en place pour assurer des affrontements égaux.?»

Chacun des 4 200 participants aux Jeux de Londres a obtenu une classification en fonction d’un système complexe propre à sa discipline. En natation, il existe plus de 30 catégories?! Le nageur Benoît Huot, 28 ans, qui a un pied bot (une déformation empêchant le contact sur le sol des points d’appui habituels), se mesure ainsi avec les S10 (handicap physique léger), tandis que Valérie Grand’Maison, 23 ans, se trouve dans les S13 (vue partielle).

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Photo : Jean-Sébastien Benavent/CPC

Des professionnels de la santé de chaque fédération sportive évaluent les athlètes afin de permettre l’équilibre des épreuves. «?Dans le meilleur des mondes, il y aurait une catégorie par handicap, estime Gaétan Tardif. Évidemment, ce n’est pas possible.?»

Et le système a ses défauts. Aux Jeux de Sydney, en 2000, l’équipe de basketball d’Espagne a dû rendre sa médaille d’or lorsqu’il a été révélé que, sur ses 12 joueurs, 10 ne souffraient en réalité nullement de déficience intellectuelle. Ce scandale a mené à l’exclusion des athlètes handicapés intellectuels des Jeux suivants, à Athènes, car leur état était trop difficile à déterminer. Ils feront toutefois leur retour cette année à Londres, grâce à l’affinement des critères d’évaluation.

Pour le rugby en fauteuil roulant, une valeur de 0,5 à 3,5 points est attribuée à chaque joueur selon son degré de quadriplégie. «?Plus le chiffre est élevé, moins la personne est paralysée?», précise Patrice Simard. Le total des points des quatre coéquipiers sur le terrain ne doit en aucun moment dépasser huit.

Ne pensez pas qu’un athlète classé 0,5 est nul. À preuve le joueur de l’équipe adverse qui m’empêche de bouger mon fauteuil. Coincé, je lance le ballon vers Patrice Simard (cote?: 1,5), mais mon tir manque de précision et aboutit chez l’adversaire. Le «?bipède?» que je suis, comme les joueurs me surnomment en blaguant, ne fait pas le poids?! «?Ce n’est rien, ce soir. Dans un vrai match, tu aurais probablement été renversé de ton siège?», dit Patrice Simard en rigolant.

À voir les nombreuses bosses et rayures qui marquent son fauteuil, les affrontements s’annoncent sans pitié à Londres?!

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Des noms à surveiller

L’équipe du Canada comptera près de 150 athlètes paralympiques à Londres. Voici les meilleurs espoirs de médaille?:

  • Michelle Stilwell, athlétisme
  • Jason Dunkerley, athlétisme
  • Robbi Weldon, cyclisme
  • Marie-Ève Croteau, cyclisme
  • Lauren Barwick, sports équestres
  • David Blair, aviron
  • Paul Tingley, voile
  • Summer Mortimer, natation
  • Benoît Huot, natation
  • Équipe masculine de basketball en fauteuil roulant
  • Équipe masculine de rugby en fauteuil roulant