Infoman en campagne

L’Infoman Jean-René Dufort, qui sait si bien mêler humour et affaires publiques, lance un livre de photographie.

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Jean-René Dufort (Photo : Jocelyn Michel pour L’actualité)

Le jour de notre entretien, il venait de s’inviter dans la campagne de VirJiny Provost, jeune candidate du Bloc québécois dans Mégantic-L’Érable. Son équipe et lui avaient en effet déterré la salace réponse qu’elle avait fournie à un questionnaire, un an plus tôt, sur le site ask.fm — réponse où il était question, souvenez-vous, d’un cell, d’un pénis et de ben des chips… En 2015, alors que l’émission amorce une 16e saison à ICI Radio-Canada Télé, personne ne s’étonne de voir Infoman lancer un tel pétard à mèche, mais Jean-René Dufort se souvient d’un temps où leur façon de mêler humour et affaires publiques n’allait pas de soi à la société d’État.

Infoman est devenu l’une des émissions préférées des Qué­bécois, et une affaire en or pour Radio-Canada. Mais au départ, vos collègues ne vous voyaient pas toujours d’un bon œil…

Je me souviens qu’un habitué du Service des nouvelles m’avait dit : « Tu entres dans une cathédrale, ici. Faut pas penser que tu peux faire n’importe quoi. » Notre équipe, qui venait en bonne partie de l’émission Le grand blond avec un show sournois, à TVA, était associée aux variétés. De nous voir débarquer dans le monde de l’information, ça choquait. Beaucoup n’aimaient pas ce mélange des genres. En fait, j’étais à peu près sûr que l’aventure d’Infoman n’allait pas durer un an !

Il faut dire que certains reportages ont carrément déplu aux patrons, non?

Il y a surtout un épisode qui a posé problème. Le sixième de la première saison, celui où on avait eu le front de présenter à Pierre Bourgault ce qu’on appelle sa « viande froide », c’est-à-dire le survol de sa vie préparé par Radio-Canada en prévision de sa mort. Lui avait réagi de façon extraordinaire, il s’était prêté au jeu, mais pour la direction, on était allés un peu loin. Il avait été question que l’entrevue ne soit pas diffusée, on avait dû retirer des grands bouts du reportage…

Cocteau disait : « Le tact, dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. » Vous avez l’impression de franchir cette limite, parfois?

Quand je tombe sur de vieilles cassettes de mes chroniques à La fin du monde est à sept heures [émission diffusée à TQS de 1997 à 2000 et animée par Marc Labrèche], je me dis que j’étais parfois vraiment trop baveux ! Là-dessus, j’ai changé un peu avec les années. Aujourd’hui, je considère qu’on peut dire à peu près n’importe quoi sans nécessairement donner un coup en bas de la ceinture. Moi et mon équipe — qui a très peu changé depuis le début, c’est une vraie commune ! —, on est des vieux routiers, je pense qu’on sait quand s’arrêter « d’aller trop loin ».

Au fond, votre objectif n’est pas nécessairement de faire mal paraître ceux à qui vous tendez le micro…

On aime sortir les gens de leur zone de confort. Les campagnes électorales, entre autres, sont devenues tellement scénarisées, on se fait un plaisir de se moquer un peu des figures imposées des politiciens. Si un politicien ne veut pas nous voir à sa conférence de presse, entendons-nous, on va y aller pareil, mais on a une règle d’or : s’il se tire bien des pièges qu’on lui tend, on diffuse. La fin du reportage n’est jamais mise en scène, elle lui appartient !

La pauvre VirJiny Provost, vous lui avez quand même bousillé son début de campagne…

On ne pouvait pas passer à côté de ça. Pour moi, c’est incroyable qu’en 2015 une candidate ne fasse pas mieux le ménage de son Facebook. Il y a eu tellement de dérapages du genre, ces dernières années. Cela dit, nous, on a fait peu de choses : ça a commencé par une simple entrée sur le blogue d’Infoman. Deux heures après, le Québec entier en parlait ! Mais encore là, la réaction appartenait à la candidate.

Avez-vous le sentiment de contribuer réellement à changer les choses?

Une des plus grosses gaffes du docu­mentariste Michael Moore, à mon avis, ça a été de commencer à se prendre pour un chef de l’opposition officielle. De chercher à promouvoir ses idées à lui. Je trouve que son travail perd de sa portée quand il fait ça. Moi, je ne suis pas là pour changer le monde. Et d’abord, Infoman ne m’appartient pas. Si je m’en servais pour défendre mes idéaux, ça deviendrait assez vite banal.

Pour décrocher, vous faites de la photographie. Un livre de vos photos paraîtra d’ailleurs aux Édi­tions La Presse, le 19 octobre prochain. Qu’allons-nous y trouver?

Je voyage beaucoup et c’est essentiellement en voyage que j’ai pris ces photos. Je saisis des moments, j’accompagne ça de petits textes. C’est sûr qu’il y a quelques traits d’humour… J’aimerais bien faire de la photo à Montréal, mais c’est difficile : ici, dès que je sors mon appareil, tout le monde se crispe !

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