Isabelle Boulay-Serge Reggiani : chansons pour durer toujours

Au printemps 2013, la vie proposait à Isabelle Boulay un rendez-vous avec l’œuvre de Serge Reggiani, mort en 2004. Elle a répondu oui. 

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CultureAu printemps 2013, la vie proposait à Isabelle Boulay un rendez-vous avec l’œuvre de Serge Reggiani, mort en 2004. Elle a répondu oui.

La chanteuse a sorti un disque entier consacré à l’immense interprète, préparé avec la complicité de Philippe B et Benjamin Biolay.

On dirait un film de Claude Lelouch. Premier plan : au volant de sa voiture, une femme entend à la radio « Ma fille » et doit se ranger d’urgence sur l’accotement. La chanson, reprise par Isabelle Boulay, parle si bien de ce que la conductrice ressent depuis que son fils a quitté la maison qu’elle en a les yeux remplis d’eau.

Deuxième plan : Isabelle Boulay, qui n’a pourtant repris que deux des titres popularisés par Reggiani, est abordée par deux hommes à la sortie d’une salle de spectacle, à Paris. Ils lui disent n’attendre qu’une chose : qu’elle enregistre un album complet des chansons du grand Serge.

Troisième plan : tandis qu’elle feuillette un livre dans une librairie montréalaise, la chanteuse voit s’approcher un homme qui, timidement, lui explique qu’il a entendu à la radio ce qu’elle a fait de « Ma fille », lui aussi, et rêve depuis qu’elle plonge dans ce répertoire.

Les trois histoires, dont la première lui a été rapportée par une amie, sont arrivées à quelques jours d’intervalle, au printemps dernier. Une période où Isabelle Boulay, justement, avait des chansons de Reggiani en tête du matin au soir. Hasard ou coïncidence ? Peu importe. « C’est quelque chose que je n’avais jamais envisagé, ce disque hommage. J’avais alors un autre projet en chantier, autour de chansons originales, mais j’ai fini par me dire : et si je me laissais tenter ? »

Un an plus tard, la principale intéressée me raconte tout ça assise dans le coin café des Studios Piccolo, dans l’est de Montréal, alors que dans la pièce d’à côté Benjamin Biolay dirige les dernières séances de l’enregistrement de Merci Serge Reggiani, l’album en question, dont il signe la réalisation avec Philippe B. Album sur lequel on ne trouvera pas moins de 14 morceaux, dont « Ma fille », ça va de soi, mais aussi « Le vieux couple », « Ma liberté », « Il suffirait de presque rien » et « Le petit garçon ».

Dans chacun des cas, le défi est le même : assurer d’abord une narration crédible, comme l’interprète initial savait si bien le faire. « Reggiani, c’est avant tout un narrateur exceptionnel pour les petits films que sont les chansons de son répertoire, des films imaginés par Boris Vian, Georges Moustaki, Jean-Loup Dabadie, Eddy Marnay… Il est au service du texte, plus que dans la performance. »

Isabelle Boulay, qui a agi comme juge à l’émission La voix ces derniers mois, va plus loin : « Je n’ai jamais été aussi certaine d’une chose : l’histoire humaine qui filtre dans l’interprétation compte mille fois plus que la perfection vocale. Reggiani, comme Piaf, c’est l’humanité qui chante. On se sent moins seul avec eux. »

Des chansons d’Isabelle

Ces titres, pour la plupart devenus des classiques de la chanson française, il fallait un certain courage pour se les approprier. D’autant plus qu’Isabelle Boulay se souvient d’avoir été très impressionnée par sa rencontre avec l’artiste, avec qui elle a partagé la scène quelques mois avant la mort de celui-ci.

« Quel souvenir… Je me revois chez lui, à côté du piano. Il était très gentil, mais pratiquait le métier à l’ancienne, avec beaucoup d’exigence. Je me sentais un peu comme en audition ! » raconte celle qui admet avoir parfois fait marche arrière dans sa recherche des derniers mois.

Avec « Venise n’est pas en Italie », par exemple. « Je tenais à l’inclure, mais autant je l’aime comme auditrice, autant je ne savais pas quoi lui apporter comme interprète. Il y a une chose que je voulais éviter à tout prix : l’exercice de style. »

Au moment où elle prononce ces mots, la porte du studio s’ouvre sur Benjamin Biolay, pour qui l’heure de la pause café a sonné. « Tout le défi est là, enchaîne-t-il : faire tenir ensemble ces chansons qu’on aime, sans trop de déférence. Faire jusqu’à un certain point comme si elles n’avaient jamais été des tubes. Pour moi, elles devaient devenir, à part entière, des chansons d’Isabelle. »

Le flot sonore qui s’échappe alors du studio ne laisse là-dessus aucun doute : c’est chose faite.

(Merci Serge Reggiani, en magasin)

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C’EST ELLE QUI LE DIT

« J’ai souvent fait des albums pour réconforter les autres. Celui-ci, je le fais beaucoup pour me réconforter moi-même ! »

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Votre fille a 20 ans, que le temps passe vite,,,,,,, il suffirait de presque rien ,,,p-ê 10 années de moins ,,,,,
Faut avoir un peu de vécu pour vraiment vivre Regiani ; C’est bien repris par Isabelle,,, merci 🙂