Isabelle Daunais et «Le roman sans aventure»

Critiques des ouvrages Le roman sans aventure, par Isabelle Daunais, Une histoire philosophique de la pédagogie : 1 — De Platon à Dewey, par Normand Baillargeon, et Une planète trop peuplée ?, par Ian Angus et Simon Butler.

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Isabelle Daunais, professeure de lettres françaises à l’Université McGill, n’est pas la première à se demander pourquoi le roman québécois est très peu lu et reconnu à l’étranger, alors qu’il connaît chez lui un succès indéniable.

À ma connaissance, elle est la première à élaborer une réponse aussi originale à cette question. Dans Le roman sans aventure, elle explique, exemples à l’appui, que de manière générale les œuvres phares de la littérature québécoise (celles d’un certain canon enseignées dans les cours de littérature) sont marquées par la célébration de l’idylle aux dépens de l’aventure — la première se traduisant par la conviction chez les personnages de vivre dans un monde parfait, un univers épargné par les grandes questions existentielles de l’histoire ; la seconde faisant cruellement défaut au roman québécois, l’empêchant de trouver grâce aux yeux d’un public étranger.

Ainsi, Maria Chapdelaine, de Louis Hémon, en choisissant d’épouser Eutrope Gagnon (le plus pauvre des fermiers) plutôt que Lorenzo Surprenant (qui lui promettait le confort bourgeois américain), ouvrait la voie à « tout l’avenir du roman québécois, mais aussi, plus largement, la nature même de la condition québécoise ».

Pour Daunais, la littérature québécoise n’est même pas marginale, elle s’inscrit en dehors de la relation entre le centre et la marge, perdue quelque part dans une idylle soporifique, parlant d’elle-même à elle-même. Ainsi, depuis les années 1960, les écrivains québécois produiraient des personnages « planqués », c’est-à-dire qui s’isolent consciemment du monde, qu’il s’agisse d’Alexandre Chenevert, de Gabrielle Roy, agonisant dans sa cabane au lac Vert, ou de la multitude de personnages de romans québécois qui sont écrivains, c’est-à-dire isolés dans cette idylle qu’est l’écriture.

La thèse est convaincante, mais parvient-elle à expliquer les difficultés d’exportation de la littérature québécoise ? La réponse ne se trouve-t-elle pas aussi ailleurs, par exemple dans le fonctionnement de la chaîne du livre mondiale, qui a toujours privilégié les œuvres issues des grands pôles de production littéraire, sans égard à leurs qualités intrinsèques ? Une invitation au débat.

(Le roman sans aventure, par Isabelle Daunais, Boréal, 224 p., 22,95 $)

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VITRINE DU LIVRE

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 L’éducation à travers les âges

Normand Baillargeon propose un ambitieux voyage dans les grands thèmes des réflexions pédagogi­ques, depuis la Grèce antique jusqu’au XXe siècle. Dans le premier tome, ce professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM depuis 25 ans présente l’évolution de la pensée pédagogique depuis Platon jusqu’aux travaux de l’Américain John Dewey (1859-1952), sans négliger l’apport de philosophes tels Emmanuel Kant et Jean-Jacques Rousseau ni la contribution d’éduca­teurs qui sont passés à l’histoire en raison de leur parcours d’enseignant, comme l’infatigable Johann Heinrich Pestalozzi et Maria Montessori, dont la vision pédagogique continue d’ali­menter la controverse.

(Une histoire philosophique de la pédagogie : 1 — De Platon à Dewey, par Normand Baillargeon, Poètes de brousse, 224 p., 28 $)

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 Sommes-nous trop nombreux ?

L’accroissement de la population serait-il la cause des problèmes environnementaux ? Ian Angus et Simon Butler, militants pour l’environnement, déboulonnent de manière magistrale cette vieille thèse. Selon eux, les « populationnistes », ceux qui croient que la surpopulation est à l’origine de la crise écologique, ont depuis toujours proposé des solutions d’une moralité douteuse, telles la stérilisation des populations pauvres et la limitation de l’immigration dans les pays développés. Or, les auteurs démontrent par un argumentaire solide qu’il s’agit là de fausses pistes, qui participent d’une écologisation de la haine sans trouver de vraies solutions à un problème systémique lié à la consommation effrénée d’une petite partie de l’humanité.

(Une planète trop peuplée ?, par Ian Angus et Simon Butler, traduit par Marianne Champagne, Écosociété, 304 p., 21,99 $)

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