Les mauvaises herbes: entrevue avec Louis Bélanger

Dans Les mauvaises herbes, dont il cosigne le scénario avec Alexis Martin, le réalisateur de Gaz Bar Blues montre les rouages de la production illégale de cannabis, une économie parallèle plus en péril que jamais.

Photo: Christian Blais.
Photo: Christian Blais

Louis Bélanger se pince: la sortie de son nouveau film, une histoire sur fond de production illégale de cannabis, pourrait difficilement tomber à un moment plus propice.

Avec son très médiatisé projet de légaliser la vente de cannabis, le gouvernement Trudeau donne indirectement un coup de main à la promotion du film. Hasard ou sens du timing ?

Hasard, surtout. Je travaille à ce film depuis cinq ans, je ne pouvais évidemment pas planifier cette fenêtre de diffusion. Cela dit, le timing est bon à condition de ne pas trop attendre… À un moment, j’ai d’ailleurs dit à mon distributeur: «Dépêche-toi! À voir les libéraux aller, notre film va bientôt être caduc!»

Plus sérieusement, ce type de culture n’est pas encore légalisé et est encore assez secret. La préparation du film a-t-elle représenté beaucoup de recherches ?

Beaucoup, oui. Alexis Martin et moi, nous ne voulions pas dire n’importe quoi sur le sujet. Nous avons rencontré des gens qui cultivent en douce, nous avons entendu toutes sortes d’histoires… Nous avons par exemple appris que certains producteurs vont jusqu’à miner leurs champs pour décourager les visiteurs indésirables! Au Québec! Mais nous avons surtout discuté avec des gens beaucoup plus pacifiques, passionnés et passionnants. Des jeunes qui ont travaillé pour le Centre Compassion, entre autres, qui produisent du cannabis à des fins médicinales. Des gens décomplexés, qui ont de grandes connaissances botaniques et qui ont inspiré certains personnages du film.


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Il est clair que si les libéraux vont de l’avant, toute cette pratique, qui dans certaines régions contribue plus qu’on pourrait le croire à l’économie locale, va s’effondrer. Il y a des vies derrière, toute sorte de monde; des retraités, par exemple, qui arrondissent leurs fins de mois comme ça. Sans dire qui a raison ou tort, il faut être conscient de tout ce qui s’apprête à changer et des répercussions que ça va avoir.

Les «mauvaises herbes» du titre, ce ne sont pas que les plantes illicites, ce sont aussi les personnages joués par Gilles Renaud, Alexis Martin et Emmanuelle Lussier-Martinez, qu’un concours de circonstances contraint de vivre ensemble le temps d’une récolte. Des personnages complexes, moins monolithiques qu’on pourrait le penser…

Pour moi, un personnage devient intéressant quand il se met à évoluer sous nos yeux, quand il entre dans un processus de transformation. Les protagonistes de ce film ont des caractères forts, mais ils sont fragiles, ils por­tent des blessures. Ils sont par moments agressifs les uns envers les autres, mais des liens humains puissants vont se tisser entre eux. Autour du projet un peu fou du personnage central (Gilles Renaud), qui a une idée très précise de ce que va financer le produit de sa récolte, les uns et les autres vont grandir comme êtres humains.

Au fil de cette histoire, on rit, on pleure. Pour vous, Les mauvaises herbes est d’abord un drame ou une comédie?

Un des cinémas qui me touchent le plus, c’est le cinéma tchèque. Entre autres, les films de Jiří Menzel, celui qui a réalisé Mon cher petit village. J’adore ce registre où on passe plusieurs fois du loufoque aux sujets plus graves. La vie est faite de ça, après tout, et je ne veux pas m’empêcher d’explorer ce registre délicieux pour que mes films entrent plus facilement dans telle ou telle case (ce que les organismes subventionnaires préfèrent, ça va de soi). En l’occurrence, j’ai voulu faire rire, mais aussi traiter de la difficulté de vivre ensemble pour des personnages que tout semble séparer. (En salles le 11 mars)

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Bravo à Louis Bélanger
On a tout simplement admiré la distribution et le film « Mauvaises herbes » Wow Superbe réalisation