Jane Austen, cyberpirate

L’écrivaine la plus aimée et la plus lue de la littérature anglaise continue de faire des vagues, près de deux siècles après sa mort.

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Les héroïnes à bonnet des romans de Jane Austen seraient indignées — et même scandalisées — de voir quels méfaits sont aujourd’hui commis en leur nom et en celui de leur géniale génitrice, décédée en 1817.
Culture

Que des pasticheurs comme Seth Grahame-Smith et Ben H. Winters aient pris la liberté de transformer ces infatigables chasseuses de mari en pourfendeuses de zombies (Orgueil et préjugés et zombies) ou en massacreuses de monstres marins (Sense and Sensibility and Sea Monsters) passe encore.

Après tout, si Elizabeth Bennet et Elinor Dashwood continuent de susciter l’admiration et l’intérêt des lecteurs et des critiques littéraires, c’est précisément parce qu’elles n’ont pas froid aux yeux et qu’elles ont elles-mêmes été créées avec l’intention de parodier les héroïnes des romans sentimentaux du XVIIIe siècle.

Mais voilà qu’on apprenait, le 28 juillet dernier, dans le rapport semestriel de l’entreprise de cybersécurité américaine Cisco, que des extraits de Raison et sentiments — l’un des six romans du canon austenien — sont devenus le véhicule de choix des pirates informatiques pour camoufler leurs logiciels malveillants et infecter les systèmes.

«Ajouter des passages d’un texte classique à une page Internet [utilisée par les pirates] est une technique de dissimulation beaucoup plus efficace que l’approche traditionnelle, qui consiste à utiliser un texte aléatoire», expliquent les chercheurs. Les antivirus et autres systèmes de sécurité n’y voient en effet que de la prose… et du feu.

Jane Austen, dont l’effigie ornera bientôt le billet de 10 livres de la Banque d’Angleterre, aurait-elle été choquée de voir son œuvre associée à des actes de piratage ? Parions que l’écrivaine, qui ne manqua pas une occasion de s’amuser aux dépens de l’establishment de son époque, en aurait plutôt apprécié l’ironie.

 

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