Jean-Pascal Hamelin, chef d’orchestre clés en main

Il a 37 ans, un père québécois, une mère égyptienne, un garçon de quatre ans et les mains qui volettent. Normal?: c’est un chef d’orchestre?!

Bachelier en musique, pianiste, pédagogue, Jean-Pascal Hamelin fondait, à 22 ans, sa propre maison de disques (Palexa). Mais c’est sous l’étiquette Fidelio qu’il a enregistré au piano des études, mazurkas et autres valses de Chopin (Tableaux intimes) et dirigé le Youth Orchestra of the Americas (From the New World, album nommé à l’ADISQ). Le grand public a découvert le directeur musical dans le spectacle à succès Edgar et ses fantômes (représentation supplémentaire au Centre Bell, à Montréal, le 21 janvier).

Quand il ne joue pas au hockey pour se maintenir en forme, Hamelin écoute de la musique pour se relaxer. Pas que du classique et du jazz. «Je suis à faire l’inventaire de tous les chanteurs québécois, à partir des années 1960. Je ne peux pas supporter de ne pas savoir.»

 

J-P-Hamelin chef d'orchestre
Photo : Jocelyn Michel

À votre âge, vous n’en avez pas marre de ne pas avoir le rayonnement de Yannick Nézet-Séguin??

Yannick, c’est une fusée, un prodige de la direction. Il a com­mencé à 10 ans. Je suis plus lent, et peut-être moins ambitieux?; je con­struis brique par brique, mais solidement.

Pourquoi avoir attendu à 27 ans pour vous lancer dans la direction d’orchestre??

Ça me brûlait depuis longtemps, mais je souhaitais acquérir une certaine maturité avant de m’y consacrer. Il me fallait étudier, observer, emmagasiner. J’avais besoin d’une accumulation.

Qu’avez-vous accumulé??

Un certain talent de communicateur, la faculté de parler de la musique qui donne envie de l’écouter et, évidemment, de la jouer. Car comment motiver un orchestre à interpréter une pièce pour la centième fois?? Éclairer l’œuvre avec d’autres mots, un adjectif bien choisi qui révélera une nuance, peut réveiller l’enthousiasme et l’engagement.

Isaac Stern disait que la musique, «c’est ce qu’il y a entre les notes et la manière dont on se rend de l’une à l’autre». Quelle serait votre définition??

La musique est un langage et, à ce titre, doit être aussi compréhensible que les mots. Je cherche la cohérence, la logique, comme dans un récit. J’essaie d’extirper le maximum de l’œuvre?: les sentiments, les atmosphères, les points d’exclamation, les points de suspension… En fait, le chef doit avoir un talent de conteur.

Comment préparez-vous un concert??

Comme je ne peux pas téléphoner à Beethoven pour qu’il m’expli­que ce qu’il a voulu dire dans sa pièce, je m’appuie sur la biographie du compositeur, me documente sur le contexte social et politique et mets à contribution mon expérience musicale et extramusicale?: qui je suis, ce que j’ai vécu, ce qu’un prof m’a dit un jour, telle parole entendue de Nagano, etc. Tout participe de ma compréhension de l’œuvre, les connaissances comme l’instinct.

Comment arriver à traduire en gestes la musique qu’on a dans la tête??

À mes débuts, je me trouvais analphabète, je ne savais pas quoi dire avec mes mains. Avec le temps, j’ai compris que les musiciens, souvent, ne regardent pas les mains, mais le visage. C’est sur lui qu’ils lisent la musique que le chef veut entendre. Je pense que mon visage est expressif.

Dirigez-vous avec la partition??

Diriger une œuvre par cœur impressionne le public, mais n’est pas un gage de profondeur. J’aime avoir la partition sur le lutrin, même si je ne la consulte pas, car elle envoie le message que c’est pour la musique que nous sommes là, non pas pour donner un show.

Hamelin dirige pour la pre­mière fois l’ensemble I Musici de Mont­réal (œuvres de Mozart, Turina, Ginastera et Romero), salle Bour­gie, du Musée des beaux-arts de Montréal, les 15 et 16 févr., 514 982-6038.

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