Jean-Sébastien Couture danse à corps joie

À ses côtés, on se sent petit, gros et pataud. Le danseur Jean-Sébastien Couture a 29 ans, une souplesse d’anguille, les jambes comme deux branches de compas et la langue percée d’un… comprimé. «C’est ma médication pour la journée», dit-il en riant comme un gamin. Né à Saint-Jean-sur-Richelieu de parents qui se sont rencontrés dans un ensemble folklorique, il dansera plus tard avec eux au sein de la troupe Les gens de mon pays.

À l’âge où les garçons jouent au soccer, il s’initie au ballet jazz, aux claquettes et à la gigue. «À 16 ans,  j’ai voulu suivre un cours à l’École de ballet du Québec pour améliorer ma technique en jazz. Et j’y ai pris goût.» Il se joint au corps de ballet des Grands Ballets Canadiens en 2002, gravit les échelons?: demi-soliste en 2004, soliste en 2008. Ne lui manque que le statut de premier soliste. Ça viendra.

Photo : Jocelyn Michel

Seul homme francophone québécois de la compagnie, il adopte, pour justifier sa passion, la formule de Ludmilla Chiriaeff, fondatrice des GBC?: «La danse, c’est le mouvement, et le mouvement, c’est la vie.» Que ce soit en collants (Casse-Noisette) ou sur une seule pointe à talon haut (La bête et la belle).

«Les préjugés sur les danseurs fondent grâce aux émissions de télé consacrées à la danse.» Même si ce n’est pas tout à fait celle que pratiquent les interprètes des GBC, aptes à passer, et parfois dans la même semaine, d’une pièce moderne virtuose à un ballet sur pointes.

Couture a bougé pour les meilleurs chorégraphes?: Mats Ek, Ohad Naharin, Jean-Christophe Maillot, George Balanchine?; et fait sensation dans Bella Figura, de Jirí Kylián, où, perruque poudrée et torse nu, il affichait sa grâce musclée?!

Il se définit comme un danseur cérébral. «Je ne fais pas 40 essais :  je réfléchis au mouvement avant de l’exécuter.» Mais il est prosaïque quand vient le temps de rassurer ses amis, économistes ou ingénieurs, qui n’entendent rien à la danse contemporaine. «Il n’y a rien à comprendre, il suffit juste de ressentir.» Sinon, il aime les vêtements et la décoration, sait peindre et tricoter. Et s’accommode sans rechigner de la discipline inhérente à son métier. «Même si on n’a pas toujours envie de se placer la jambe derrière la nuque à 9 h du matin?!»

Plus tard, il se verrait bien répétiteur, chorégraphe ou animateur télé. «J’aime les caméras.» Réciproquement.

Casse-Noisette, salle Louis-Fréchette (Grand Théâtre de Québec) du 1er au 4 déc., 418 643-8131 ; salle Wilfrid-Pelletier (Place des Arts), à Montréal, du 10 au 30 déc., 514 842-2112.