Jean-Thomas Jobin : l’homme du zoo

Dans le monde des humoristes, c’est le plus givré, avec ses textes décalés, frôlant le millième degré. Les jeunes l’adorent ; les plus vieux, c’est moins sûr. Jean-Thomas Jobin, 34 ans, « vulgarisateur de choses simples », s’attarde au sort du Polysporin ou des tuiles et trouve qu’une poire ressemble à une ampoule.

Jean-Thomas Jobin : l'homme du zoo
Photo : Jocelyn Michel

Jean-Thomas Jobin est un « vulgarisateur de choses simples » – il explique ce qu’est un restaurant, à quoi sert le napperon – et un « goûteur d’appareils électroménagers ». Sur les murs de son appartement sourient sur photos les concurrents de Survivor, la téléréalité américaine, « grande passion de [s]a vie ». On ne sait pas si on doit rire ou le faire soigner.

Il dit : « Je viens d’une famille noble et d’un milieu sain qui ne laissaient pas présager que j’allais divaguer. Depuis, je me laisse entraîner par l’effet domino de la vie, et je veux beaucoup de cassonade et faire le bien autour de moi. » À part ça, il est plutôt beau garçon, et son nouveau spectacle s’intitule Soulever des Corneliu.

Vous pratiquez l’absurde, le non-sens, l’antihumour, pourquoi pas l’humour tout court ?

– Parce que j’en suis incapable, cela dit bien humblement. Dès que j’essaie d’écrire une blague normale, ma normalité a l’air ironique, et comme je suis porté à déconstruire les codes, à bousculer la logique et qu’en plus je fais de l’antijeu, c’est mal barré.

Si vous n’aviez pas été humoriste, vous auriez fait quoi ?

– À 18 ans, j’aurais aimé être repêché par les Nordiques ou les Canadiens. Quand je dis que je fais du sport, on croit que je niaise. J’aurais aussi pu travailler dans un zoo, car j’adore les animaux et me nourrir. De plus, j’ai un chat de 18 ans appelé Bébé chien, qui ne mourra jamais, car je lui donne énormément d’amour.

Qu’est-ce qui vous distingue d’André Sauvé ou des Denis Drolet, autres préposés à l’absurde ?

– J’emprunte peut-être plus au surréalisme. André Sauvé, par exemple, est un fou clair, et moi un fou pas clair. Sauvé joue beaucoup sur sa névrose, tandis que moi, au premier abord, j’ai l’air d’un gars tout à fait normal.

Tout le monde sait que le rire a une fonction thérapeutique. Que cherchez-vous à guérir ?

– J’ai peur d’empirer le cas de bien du monde. Ma démarche n’est pas du tout intellectuelle, car je veux seulement m’amuser et divertir les gens, mais il reste que l’absurde peut être une façon de se rebeller contre le conservatisme.

On ne peut pas dire que vous donnez dans l’humour engagé.

– Comme si c’était le seul ayant une valeur ! L’éditorial n’est pas la seule façon de cultiver un mode de pensée.

Vos parents vous trouvent-ils drôle ?

– Je n’étais pas un bouffon à la maison, j’étais timide, peu bavard. Mon inscription à l’École nationale de l’humour les a surpris, mais ils m’assument et m’apprivoisent.

Il y a des gens qui vous adorent, d’autres qui ne savent pas quand et pourquoi ils devraient rire.

– Beaucoup me trouvent « nono ». Je ferais l’unanimité, comme Louis-José Houde, je m’inquiéterais. Même à mes débuts, il y a 10 ans, quand personne ne riait, j’étais fier de ce que je présentais. Je suis têtu, stimulé par l’adversité. Andy Kaufman est l’humoriste avec lequel je me sens le plus d’affinités. Il était du genre à dire : « Moi, je fais ça, libre à vous d’embarquer. »

Je joue avec le vide, mon but est d’aller le plus loin pos­sible dans cette voie, de tester jus­qu’où les gens peuvent me sui­vre, de me surprendre moi-même. Si un jour il n’y a plus per­sonne au bout de mes délires, j’irai nourrir les léopards dans un zoo.

***
Soulever des Corneliu,
Maison des arts de Laval du 17 juill. au 5 sept., 450 667-2040.

Autres dates de spec­tacle et capsules de la série Père poule (anecdotes déjantées d’un papa et de sa fille) : jeanthomasjobin.com.