Jeanne Moreau aux FrancoFolies de Montréal

Chère Jeanne Moreau,

Vous révéler ceci : vous êtes la cause de mes premiers émois cinématographiques et, pour tout dire, sexuels.

À la sortie du film Les amants — interdit au Québec en 1958 —, je n’avais que six ans, mais je me suis repris plus tard, et trois fois plutôt qu’une. Parfumée au scandale, vous étiez belle comme un solo de Miles Davis, qui a d’ailleurs eu un œil sur vous à l’époque où vous ne regardiez que Louis Malle.

Je vous ai vue en 1988, à Joliette, dans Le récit de la servante Zerline (vous, une servante !). De la pièce, je ne garde aucun souvenir, mais je me rappelle ce que vous avez fait de nous, spectateurs : un paquet de confettis.

Cette bouderie dans la moue, la coquinerie à chaque coin de pore, cette voix brûlée par la cigarette ou quelque chose de plus fort. Vous êtes inimitable ; pourtant, Marc Labrèche vous imite à merveille.

Vous venez à Montréal, invitée des FrancoFolies, pour une aventure artistique d’un accès un peu raide : Le condamné à mort, premier recueil écrit par Jean Genet alors qu’en prison, en 1942, il fantasme en alexandrins sur un assassin. Genet, que vous avez connu dans les années 1960, pour lequel il vous est même arrivé de servir d’appât pour attirer les garçons. Sur scène, vous embrasez les mots cul nu du poète ; Étienne Daho les chante.

À 83 ans, modèle radical d’indépendance, vous êtes libre comme seuls les enfants savent l’être.

Photo : Karim Sadli

Le condamné à mort, de Jean Genet, avec Étienne Daho et Jeanne Moreau. En lever de rideau : Pierre Lapointe seul au piano. Salle Wilfrid-Pelletier (Place des Arts), à Montréal, le 11 juin, 514 842-2112. Info-Francos : 514 876-8989.

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Un bien beau spectacle, quoi qu’un peu statique. Il est bien de penser mettre de l’avant le poême de Genest, mais le texte lu par Mlle Moreau est quand-même un peu enterré par la musique. Étienne Daho qui peine à entendre les musiciens, qui fausse un peu et qui demande à ce que son retour de son soit augmenté. Très mauvais choix de salle dans ce cas-ci, considérant que le son à Wilfred-Pelletier est souvent catastrophique, pour qui apprécie la qualité sonore rendue. Somme toute, un spectacle emballant (pas assez emballé, sonorement parlant), mais qui vaut le détour. Un peu déçu, je réécoute le disque en arrivant à la maison…