Jennifer Tremblay : Cinéma maison

L’écrivaine, dramaturge et éditrice a signé plus de 25 œuvres et remporté un Prix littéraire du Gouverneur général. Ce soir au Grand Cinéma est l’occasion parfaite pour découvrir sa plume singulière. 

Photo : Jules Tomi

Comment se sont déroulées la genèse et l’écriture de ce livre ?

Un jour, un journaliste écossais m’a demandé : « Pourquoi écrivez-vous des histoires ? » Sur le coup, j’ai été bien embêtée. J’ai réfléchi à cette question pendant des jours, jusqu’à ce qu’il apparaisse dans le brouillard de mes souvenirs : le cinéma ! J’ai grandi dans le cinéma de mes grands-parents. Alors ce roman, au fond, est une réponse au journaliste écossais. Quant à l’écriture, elle s’est déroulée en Europe, en pleine pandémie, alors que j’étais coincée dans un minuscule studio qui donnait sur un parc. J’ai travaillé à n’importe quelle heure, quand j’en avais envie, quand les scènes surgissaient dans mon esprit. J’ai d’abord écrit dans un grand cahier, puis j’ai retranscrit le texte à l’ordinateur. La réécriture, je m’y mets quand il n’y a plus d’inspiration, quand je tourne en rond.

Qu’est-ce qui vous a incitée à écrire de très longues phrases tout au long du roman ?

Je l’ai fait pour plusieurs raisons. Cela m’a permis de créer des plans-séquences où les scènes s’enchaînent sans qu’on puisse dire laquelle est la plus importante ; elles sont liées les unes aux autres comme les événements le sont, inévitablement. Je voulais « dérouler » le texte comme mes deux jeunes projectionnistes déroulent les bobines de pellicule. Je souhaitais aussi que cet univers soit vaste. Le point est un arrêt. Un souffle. Un silence. Il devait y avoir le moins de silence possible. C’est une histoire bruyante. On est dans l’agitation. Le chaos. Ma recherche m’a amenée à bouder le point, à lui préférer la virgule. Cela donne cet effet : on est tout à coup très près du rythme de l’oralité.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? 

Un écrivain m’a dit un jour d’arrêter de chercher la perfection, que le texte devait respirer, que je pouvais laisser des fils dépasser, que ça rendrait peut-être même mon travail plus vivant… Ça m’a libérée d’un stress hallucinant de me permettre, au détour d’une phrase, une certaine nonchalance, une petite spontanéité… C’est comme un éclat de rire. Ça détend l’ambiance.

Lisez-vous comme une simple lectrice ou comme une autrice ?

Je lis comme une autrice, et souvent, malheureusement, comme une éditrice. Je rêve de retrouver la candeur de mes 14 ans, quand je lisais un roman comme on mange un gâteau. Cela dit, à titre de directrice du Camp littéraire Félix, je suis responsable cette année du comité Québec-Canada du Prix des cinq continents de la Francophonie. C’est l’occasion pour moi de découvrir des écrivains de tous les horizons et de sentir dans leur travail leurs états d’âme, leurs préoccupations, leurs blessures. Il y a de la souffrance, mais aussi une lumière vive et nourrissante. Jamais je n’ai autant voyagé par la lecture qu’en ce moment.

(Leméac, 184 p.)

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