Jeune nègre montréalais à vendre

À la question de savoir si l’esclavage a existé au Canada, les habitants de ce pays seraient probablement tentés de répondre rapidement par la négative, en faisant valoir que c’est précisément là que les esclaves noirs américains fugitifs sont venus chercher refuge. 

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Or, il y a bel et bien eu des esclaves au Canada, ou plus précisément dans la colonie qui devint le pays que l’on nomme ainsi. C’est le sujet du fascinant ouvrage de Frank Mackey, L’esclavage et les Noirs à Montréal, qui fait la lumière sur cet aspect peu connu de notre histoire. Pour mettre les choses en perspective, il est nécessaire de spécifier que, contrairement à d’autres colonies du Nouveau Monde qui se sont servies de l’esclavage comme levier de développement économique, le Canada ne comptera jamais sur son territoire plus de quelques centaines d’esclaves, précision qui n’enlève rien à l’odieux de la chose. Qui avait des esclaves ?

Des gens de tous les horizons : francophones, anglophones, chrétiens, juifs, James McGill et Joseph Papineau… Bref, quiconque avait les moyens de répondre à cette annonce parue dans un journal de Québec en 1767 : « Un jeune nègre en bonne santé, âgé d’environ 15 ans, bien qualifié pour servir un gentilhomme, en tant que valet de chambre. Pour tout renseignement, demander aux imprimeurs. »

Mackey nous rappelle notamment que les loyalistes qui ont fui la révolution américaine vers les colonies britanniques emmenaient leurs esclaves. Ces derniers n’étaient d’ailleurs pas les premiers esclaves à entrer en terre canadienne, le Régime français ayant permis l’achat et la vente d’esclaves (surtout des autochtones) dans la colonie. Le 28 août 1833, le roi Guillaume IV donna sa sanction à la « Loi abolissant l’esclavage dans l’ensemble des colonies britanniques ». Pour Mackey, il serait erroné de croire que la pratique de l’esclavage a pris fin à cette date. « L’esclavage n’avait pas commencé par une loi et ce n’est pas une loi qui y a mis fin », conclut-il. En effet, à partir de 1800, la pratique de l’esclavage commence à disparaître des mœurs dans la Province of Quebec, de sorte que l’abolition de l’esclavage, en 1833, ne libérera personne au Canada, tous les esclaves ayant déjà été affranchis à cette date.

L’auteur fait revivre des pans importants de l’histoire sociale du Québec. Par exemple, on apprend qu’un grand nombre de Noirs affranchis étaient employés sur des bateaux à vapeur qui assuraient le transport sur le Saint-Laurent et les Grands Lacs. Ces travailleurs auraient ouvert la voie à l’embauche massive des Noirs dans les chemins de fer.

Plusieurs aspects de ce livre forcent le respect : la qualité du travail de recherche dans des archives parfois incomplètes, l’absence de toute velléité de réparation, mais surtout, comme l’écrit l’auteur dans l’introduction, la compréhension que « l’histoire des Noirs » est « l’histoire des Blancs », « plus vite on le reconnaîtra, mieux cela vaudra ». On ne peut qu’acquiescer.

L’esclavage et les Noirs à Montréal
par Frank Mackey, Hurtubise,
672 pages, 49,95 $

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LA VITRINE DU LIVRE

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Pré-Apocalypse Now
Justin Cronin nous avait éblouis il y a deux ans avec Le passage, où quelques survivants luttaient contre les viraux — monstres mi-vampires, mi-zombies, qui avaient dévoré toute la population des États-Unis. Les douze, deuxième tour de force de ce qui sera une trilogie, nous présente la genèse de cette apocalypse. Les Drs Frankenstein, ici, sont des scientifiques du ministère de la Défense qui ont voulu créer une race de super-soldats en leur injectant un virus tropical — choisissant comme cobayes les 12 plus dangereux condamnés à mort du pays. Tout ça, évidemment, va virer très mal…
(Robert Laffont, 736 p., 34,95 $) – Martine Desjardins

 

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Sacrifices vaudou
Jacques Savoie poursuit sa tournée du Montréal souterrain alors que le héros de sa série policière, Jérôme Marceau, enquête sur deux meurtres perpétrés dans le tunnel ferroviaire qui passe sous le mont Royal. Les victimes, retrouvées calcinées au centre d’un pneu incendié, sont des proches d’un membre éminent de la communauté haïtienne, sorte de Baron Samedi de la drogue et ancien aide du funeste général Cédras. Invoquant culte vaudou, gangs de rue et politique sur un rythme incantatoire, Le fils emprunté est un suspense envoûtant, aussi éclairé que magistralement mené.
(Expression noire, 336 p., 24,95 $) – Martine Desjardins

 

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Les grands oubliés du sport
Le Québec francophone a longtemps été à la traîne en matière d’éducation physique — et d’éducation tout court. C’est du moins le constat qu’en a tiré le baron Pierre de Coubertin dans le compte rendu de son voyage au Canada en 1889. Or, notre histoire est peuplée de sportifs qui ont laissé leur marque. Les éditions du Septentrion proposent un dictionnaire à la mémoire de nos grands sportifs oubliés. Y dominent sans grande surprise les hommes forts, lutteurs, haltérophiles et boxeurs en tous genres, par exemple les frères Baillargeon, cette étonnante fratrie d’hommes forts à laquelle un musée est consacré à Saint-Magloire. À découvrir.
(Dictionnaire des grands oubliés du sport au Québec, sous la direction de Gilles Janson, 448 p., 42,95 $) – Éric Dupont

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