Jeunes dans la rue et au théâtre

On leur reproche leur manque de culture, de curiosité, de responsabilisation. On les croit ventousés à leur ordi, facebookés à mort. Eh bien, les jeunes ont des nouvelles pour nous : ils ne descendent pas dans la rue seulement pour protester contre la hausse des droits de scolarité, mais pour se rendre dans les théâtres.

Partout dans les salles, le public rajeunit — et je ne parle pas des enfants à la Maison Théâtre ou des ados pétant d’hormones au Théâtre Denise-Pelletier. Du TNM au Trident, de La Licorne au Quat’Sous, les jeunes gens exhibent leurs 20 ans et leurs particularités capillaires, applaudissent à des provocations niaises et s’émeuvent d’une philo de comptoir… comme, à leur âge, on se pâmait devant des créations collectives aussi excitantes que vaines.

Ce mouvement de la jeunesse vers le théâtre résulte du patient travail de « développement du public » amorcé il y a quelque 10 ans. Conséquence : non seulement les adultes débutants consomment du théâtre, mais ils en font. Et beaucoup : des pièces souvent hâtives, avec la pensée et le punch des téléséries, qu’ils ont d’ailleurs très hâte d’écrire. Contaminés par leur grâce, les directeurs artistiques, qu’intéresse parfois moins la force d’un texte que l’âge de l’auteur, programment des oisillons à peine sortis du nid, accréditant l’idée que si c’est jeune, c’est forcément novateur. Mais ce n’est pas parce qu’on se colle à la jeunesse qu’on l’attrape.

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