Jorane, la sorcière bien-aimée

On l’imagine pareille à sa musique : turbulente et romantique, crachant des flammes et des soupirs. Quand on l’a devant soi, ce sont ses cheveux jusque-là et son enthousiasme qui frappent. Jorane compose, chante et joue du violoncelle. Un drôle d’instrument : un corps de femme avec une voix d’homme. Quand elle le fait sonner, on dirait un empilement de parfums.

Celle qui s’est imposée par des chansons sans refrain ni couplet, aux mélodies singulières et fantasques, puise cette fois dans les répertoires de Leonard Cohen, Niagara, Indochine, etc. L’album s’intitule Une sorcière comme les autres, à l’instar de la chanson-monument d’Anne Sylvestre.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Tous les critiques décrient les disques de reprises, et vous arrivez avec le vôtre. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

— D’abord, que je manque d’originalité. [Rire] Ensuite, que je ne produis pas en fonction de ce qui se fait ou non sur le marché. Je n’aurais pas pu réaliser ce disque avant, car il m’a fallu le temps d’ancrer mon propre lan­gage musical. Mes albums précédents m’ont servi pour arriver à celui-ci, 10 ans d’expérience m’étaient nécessaires pour pouvoir interpréter ces chansons-là.

De gros morceaux, en effet : « Suzanne », de Leonard Cohen, « Les gens qui doutent », d’Anne Sylvestre. Qu’apportez-vous à ces chansons marquées par l’interprétation de leurs auteurs ?

— Ce n’est pas un disque d’imitations. Il s’agit pour moi de reformuler sans déformer, d’ajouter mes couleurs à la lumière des auteurs. Mais ce sont les chansons qui m’appor­tent quelque chose : elles me permettent de montrer un côté revendicateur, que je ne parviens pas à exprimer quand j’écris les miennes.

« Le baiser », d’Indochine

Vous avez composé des pièces strictement musicales et d’autres en langue inventée et en vocalises, écrit des chansons en anglais, puis de vraies paroles en français…

— Je suis fière de mes textes sur Vers à soi, mais ils n’ont pas la force d’« Une sorcière comme les autres », par exemple, une chanson qui montre le chemin, qui émet une pensée concrète touchant tout le monde.

Comment s’est effectué le choix ? Pour une « Marilyn et John », de Jean-Loup Dabadie, combien de chansons abandonnées ?

— Il était important d’assurer une certaine cohérence. Il m’est arrivé de faire des disques qui partaient dans diverses directions, et le résultat a pu manquer de cohésion. Les chansons que j’ai sacrifiées pourront faire partie des spectacles ou constituer le contenu d’un deuxième album.

Un deuxième album de reprises : c’est de la provocation ?

— J’aime bien sortir de ce pour quoi on me croit programmée. J’ai plus d’idées que de temps pour les concrétiser, beaucoup de projets de composition sur la table : un recueil de chansons douces, juste pour faire du bien aux gens, qu’ils pourront écouter en lisant, en écrivant, en cuisinant ; une suite à 16 mm, que j’intitulerai 35 mm, pour rester dans l’univers du cinéma. Puis, j’aimerais bien enregistrer un album symphonique.

Avec trois enfants en bas âge, la carrière ne doit pas être simple à gérer ?

— Vous le dites ! J’ai choisi d’adapter la carrière à ma famille, et non l’inverse, mais aussi de m’épanouir en tant qu’artiste pour nourrir l’être humain et la mère que je suis. Certaines choses que j’ai déjà faites — comme la tournée des petits bars crades des États-Unis — n’ont pas besoin d’être refaites. Disons que j’agis par instinct et que je trie les priorités.

Une sorcière comme les autres paraît le 1er févr. Pour les dates de spectacles : www.jorane.com

Laisser un commentaire

Ça me fait du bien de te lire M. Ducharme. La madame vient de vendre un disque grâce à toi!