La belle histoire de Pointe-à-Callière

Elle a la voix posée de qui a bien fait son travail – souvent récompensé, d’ailleurs.

Traditionnellement, un musée d’histoire, ce sont des artéfacts exposés dans des
Photo : Jocelyn Michel

Elle a la voix posée de qui a bien fait son travail – souvent récompensé, d’ailleurs. Historienne née à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Francine Lelièvre – décorée de l’Ordre national du mérite de France et du titre de chevalière de l’Ordre national du Québec – a travaillé à la mise en valeur d’une trentaine de lieux historiques et de parcs nationaux, veillé aux premiers pas du Musée de la civilisation de Québec, occupé divers postes voués à l’essor de nombreux établissements culturels. En 1992 – année du 350e de Montréal -, elle fonde Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, posé, tel un paquebot, sur le lieu même de la fondation de la ville.

Traditionnellement, un musée d’histoire, ce sont des artéfacts exposés dans des vitrines, accompagnés de cartels gavés d’explications. Francine Lelièvre a réussi le pari de faire de « PàC » un musée du 20e siècle, doté des technologies contemporaines. C’est entre ses murs qu’on a vu appliqué, pour la première fois peut-être, le mot « interactivité », qui, s’il inquiétait les vieux, a excité les jeunes. Chaque année, 100 000 élèves visitent le musée, la plupart par obligation – mais les formules pédagogiques inventives ont inoculé le goût du patrimoine à bon nombre d’entre eux. « L’histoire sert à mieux vivre aujourd’hui », dit sobrement la directrice.

Ce nouveau regard sur la muséologie a rapidement placé PàC sur l’échiquier mondial et entraîné une fréquentation toujours en hausse : 400 000 visiteurs l’an dernier, un record !

« Une bonne exposition, c’est deux choses : un produit de qualité et son accessibilité au public pour qu’il en ressorte satisfait, grandi si possible. » Quelques exemples comme autant de pierres blanches : Du roi David aux manuscrits de la mer Morte (Israël), Premier or du monde, secrets anciens (Bulgarie) et Japon.

Francine Lelièvre prédit un tube pour Île de Pâques, le grand voyage, à l’affiche tout l’été. Timbre-poste isolé dans l’océan Pacifique, cette île, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, fascine : une si petite terre pour une si grande civilisation.

Si aucun musée ne possède une vaste collection de pièces de l’île de Pâques, divers musées abritent quelques objets remarquables. Le défi a été de les rassembler à Montréal. Ainsi, 20 musées du monde prêtent leurs biens pour la plus importante exposition jamais montée sur le thème de l’île de Pâques : 216 œuvres des 16e au 19e siècles, consistant principalement en sculptures sur bois, sur pierre et sur tuf représentant figures humaines ou animaux, et objets de la vie quotidienne ou à caractère religieux et rituel.

« Outre cet assemblage unique et la rigueur scientifique de nos équipes d’archéologues et d’historiens, nos hypothèses de réponses apportées aux énigmes que pose l’île de Pâques constituent la force de l’exposition. » Comment les Pascuans ont-ils pu façonner, avec si peu d’outils, les moai, ces sculptures monumentales ? Ont-ils reçu l’aide d’extraterrestres ? Qu’est-ce, que, quoi ?

Île de Pâques, le grand voyage, Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, jusqu’au 14 nov., 514 872-9150.