Tétouan : La cité des voleurs

Envie de partir à l’aventure en restant à la maison ? Notre collaborateur Gary Lawrence nous présente des extraits de son livre Fragments d’ailleurs, 50 récits pour voyager par procuration. Aujourd’hui, il nous emmène au Maroc.

Tétouan, dans le nord du Maroc (Photo : iStockPhoto)

Jamais nous n’aurions dû nous arrêter à Tétouan.

Au départ, nous devions simplement transiter par cette inévitable étape postée sur l’itinéraire de quiconque arrive au Maroc par Ceuta, enclave espagnole en terre maghrébine.

On nous avait pourtant bien dit que Tétouan n’était pas une ville d’enfants de chœur et que les arnaques y étaient monnaie courante. Au risque de nous rabâcher les oreilles, on nous avait prévenus qu’il valait mieux demeurer sur nos gardes et surtout, surtout, ne faire confiance à personne – « à personne ! » – dans cette ville au sombre sobriquet de cité des voleurs.

Mais, il y avait cet Espagnol, rencontré à la frontière, qui avait visité plusieurs fois le Maroc, et dont les propos rassurants avaient relâché notre méfiance. Il y avait aussi ces « étudiants marocains » qui partageaient le taxi collectif, et dont nous avions cru les boniments. « Vous êtes Français ? Ah ! Canadiens ! Ah, le Québec ! J’aime beaucoup les gens de chez vous… Venez donc à Tétouan aujourd’hui, c’est la fête berbère : ça n’arrive qu’une fois par année ! » De fait, ce serait bientôt notre fête, et pas qu’un peu.

Bien sûr que nous avions eu vent de ces guides à la gomme, de ces supposés étudiants qui vous abordent poliment, un large sourire accroché au visage, la main étalée sur la poitrine comme s’ils s’apprêtaient à s’arracher le cœur pour vous l’offrir. Selon l’humeur du moment, ils vous proposent plutôt toutes sortes de combines, du tour de ville commenté au coup de pouce pour dégoter un hôtel. Sauf que, la plupart du temps, on se retrouve ultimement chez le marchand de tapis ou le vendeur de kif, avec une offre difficile à refuser, le froid d’une lame à l’appui. Avant de nous estimer parfaitement demeurés, nous étions demeurés parfaitement méfiants envers nos nouveaux amis, dans la Mercedes déglinguée qui nous servait maintenant de taxi, et nous n’avions pas écarté l’hypothèse qu’ils soient trop sympathiques pour être honnêtes. Nous leur avions donc clairement signifié qu’ils pouvaient nous accompagner, mais qu’il était hors de question de les suivre partout où ils nous suggéreraient d’aller, et qu’il ne fallait surtout pas espérer recevoir une gratification en fin de journée. Les cartes étant ainsi mises sur la table, nous pensions vivre une agréable expérience en compagnie de gens du pays qui, somme toute, n’étaient peut-être pas de mauvais bougres. Mal nous en prit.

En arrivant à Tétouan, c’est l’électro-choc des cultures, un bond de quelques siècles en arrière. La ville grouille de partout et de toutes parts, tout le monde s’affaire ou s’affaisse sous le poids du soleil et le pavé est jonché de viandes éventées, à la fois vivantes et faisandées, offertes autant aux mouches qu’à la vente. Les passants vêtus de djellabas blanc crème se fondent dans la lumière réfléchie par les murs crayeux de la médina, et les ruelles en boyau s’enfoncent çà et là, tantôt avalées sous les habitations chaulées, tantôt recrachées plus loin où elles s’enchevêtrent tortueusement.

C’est dans l’une de ces ruelles que nous nous sommes plu à nous laisser emporter par le courant de la foule qui déferlait, en compagnie de nos deux zigues. C’est dans l’une de celles-ci que nous les avons laissés en plan, après qu’ils nous aient conviés avec insistance à entrer dans une « exposition de tapis », comme l’indiquait fallacieusement l’affiche accrochée à la porte, laquelle risquait de se refermer dès que nous aurions mis les pieds chez ce qui avait tout d’un marchand du Temple.

« Allez, entrez ! Rien que pour le plaisir des yeux ! » Cette phrase qu’on venait de nous lancer, c’est la plus commune, la plus sempiternelle qui soit au Maroc. « Non merci, nous allons plutôt continuer à marcher seuls. Choucrane et au revoir ! » Fiers d’avoir échappé à l’escroquerie et satisfaits de nous être débarrassés de ces empêcheurs de visiter en rond, nous avons ensuite parcouru nonchalamment les folles venelles de Tétouan, avant de revenir à la gare où nous devions prendre l’autocar, une heure plus tard. C’est ici que la fête berbère allait commencer.

À deux pas de là, deux autres Marocains nous abordèrent. Après nous avoir parfaitement décrit nos étudiants de service, ils nous apprirent que ceux-ci, vexés d’avoir été brusquement largués, nous attendaient avec des flics avec qui ils étaient prétendument acoquinés. Ces ripoux fouilleraient nos bagages avant d’y glisser quelque substance illicite pour ensuite nous embarquer illico, disaient-ils. Il était donc préférable de reprendre nos bagages à la consigne et de fuir au plus vite en taxi, ce qui représentait une somme assez considérable par rapport au prix dérisoire d’un billet de bus.

Mais quand on sait qu’au Maroc, la police ne badine pas avec le kif, le haschisch et autres variétés de chanvre, qu’on connaît la piètre réputation de la cité des voleurs et qu’on calcule de visu le nombre de sales têtes au mètre carré qui peuple Tétouan, cette information demandait tout de même réflexion. Étaient-ils sincères ou complices des faux étudiants ? Voulaient-ils les doubler et tirer profit des pigeons déjà un peu plumés que nous étions ? Nous ne le saurions jamais, mais la perte de quelques centaines de dirhams s’avérant plus abordable que quelques années de bagne, nous optèrent promptement pour un chauffeur privé.

Une fois nos sacs récupérés, nous nous sommes donc précipités au poste de taxis, l’estomac noué, le front exsangue et… deux bienfaiteurs sur les bras. C’est alors qu’un troisième type, ami des étudiants, s’est pointé armé d’un couteau avec, paraît-il, la ferme intention de nous trouer la peau. Dans une séquence d’événements digne du plus trépidant film d’espionnage, une course effrénée s’ensuivit. Vite, les sacs à dos dans le coffre et hop !, dans la voiture. Avec nos bienfaiteurs, bien sûr… qui ont alors gentiment abordé la question de leurs émoluments, tandis qu’ils vociféraient je ne sais quoi en arabe au chauffeur. « Bakchich ! Backchich ». Ça, je connais. Ça vient après « Plaisir des yeux », dans le lexique du Petit embobineur maghrébin averti, et ça signifie « pourboire ».

C’est dans ce charmant climat de confusion que nous avons donc déguerpi de cette ville maudite, une fois nos deux lascars dédommagés, pour nous réfugier dans la petite ville de Chefchaouen, à 65 km de là. Plus tard, une fois saufs, une dernière surprise nous attendait : le chauffeur avait aussi payé nos sauveurs, sans quoi ils n’auraient jamais lâché prise. Et il fallait maintenant le rembourser, en sus du coût de la course. Vérité ou mensonge ? Au point où nous en étions… Désabusés ? Ben tiens.

En cette tumultueuse fin de journée de mars, la chaleur régnait encore. Mais on ne pourrait jamais plus en dire autant de la confiance, aussi longtemps que nous séjournerions au pays des sables d’or.

Récit publié dans Le Soleil, le 29 octobre 1994.

Fragments d’ailleurs, 50 récits pour voyager par procuration est publié aux Éditions Somme toute.

Laisser un commentaire

Ça m’a rappelé un passage de quelques heures dans la même ville en 1974. Mêmes rabatteurs à qui vous n’avez rien demandé et qui veut être payé pour avoir trouvé un restaurant que vous avez trouvé par vos propres moyens. Un d’eux, monté dans l’autobus, avait laissé tomber de la cendre sur ma main en me traitant de raciste. Pas chanceux, il n’a rien eu. Le reste du voyage s’est relativement bien déroulé tout en étant plus prudent.

Je suis retourné au Maroc avec bonheur en l’an 2000. Beaucoup moins de comportements du même ordre et un pays transformé, plus moderne. Un pays chaleureux è découvrir.

Répondre

Aujourd’hui, en 2020, 26 ans après cet article peu élogieux sur Tetouan, il serait bon d’y refaire une visite, pour voir si les choses ont évoluent dans le bon sens.
Après tout, on pourrait aussi écrire la même chose sur certains quartiers de Buenos air ou d’Amérique….

Répondre

Pour ce qui est de la ville de Tétouan, cette ville qui fut la capitale du nord du Maroc durant le protectorat espagnol, et après 1956 ,,la capitale du nord du pays après l’indépendance. Malheureusement, sa proximité de kétama ( le fief de la culture du kif , par rapport à ceuta ( contebandes) , ainsi que la volonté des responsables politiques qui ont tout fait dans les années 70/80 pour ramener des gens de toute part du pays s’installer dans cette ville toujours paisible , cette promiscuité de gens qui n’ont rien à voir avec les vrais tétouanais et ce trafic imposé par la situation géographique ont fait que vous puissiez parler à juste titre d’ailleurs de cité des voleurs . Ce que je peux certifier qu’il fut un temps oú le vol n’existait pas , les gens se connaissaient et la confiance régnait. Maintenant , allez à ceuta , ou dans toute l’espagne ( aires de détente , voitures garées…) , le vol y est encore plus important. Par ailleurs les métros parisiens , certains endroits …pour ne citer que paris , les vols y sont plus importants avec plus d’agressivité. Le vol existe partout et celui qui le subit en parle .J’espère pour vous la prochaine fois, vous ne vous ferez pas volé à Algesiras , sans même traverser le détroit

Répondre

Cela me confirme qu’il faut toujours être sur ses gardes quand on voyage à l’étranger ne sachant pas trop à qui on a affaire.l’aventure peut très vite tourner au cauchemar…

Répondre

Voilà des pseudo touristes tres epidermiques,qui n ont pas eu d urticaire,quasi haineux crachant le feu,racontant l histoire de jeunes filles qui ont failli etre violées avec une note de racisme qui ne voit partout que du sales biquots Revisez votre temperament et choisissez vos interlocuteurs ou contentez vous des guides Michelin de librairie A Pigalle,il y a bcp de voleurs,mais on ne peut dire que Paris est une ville de voleurs Votre discours et enfantin et fait rire

Répondre

Mon 1er commentaire été scomotise et occulté J essaie de recidiver pour donner un autre point de vue different de celui des auteurs de cet article dans lequel ils ont transformé la capitale du Nord avec une grande profondeur historique en un repère de truands et de lascars sans respect à l honnête population Sincerement,on a l impression d ecouter deux jeunes filles sans experiences qui ont échappé à une tentative de viol Ce qui le est arrivé, peut arriver même à un habitant de la ville.Pigalle est plein de voleur,peut ont dire que Paris est une ville de voleurs?Regarder les statistiques policières Il y a une consonnance quasi raciste dans cet article bourré de préjugés et de « supremacisme très honnête «

Répondre

Chaque ville a ses lieux et recoins où il faut être plus prudent, que ce soit à Paris, Tétouan, New York ou ailleurs. Il faut toujours exercer une vigilance de base dans toute ville touristique qui voit souvent sa réputation ternie par quelques individus. On garde souvent un bon ou mauvais souvenir d’une ville basé sur les quelques moments qu’on y a vécus ou les individus qu’on y a rencontrés. Trop facile de donner des étiquettes injustifiées. Même si on sait qu’il y a des voleurs à Paris ou à New York, ça n’empêche personne d’y retourner. Il devrait en être de même pour Tétouan et le Maroc.

Votre recis est pourri. Blindé de supposition, aucune verité verifiable. Prejugé, racisme …
Dès gens paranoïaques comme vous, il vaut mieu qu’ils voyagent pas. Et des veai crevard en plus. Le taxi tetouan chaouen c’est 20$, voyagè en taxi commun de ceuta a tetouan pareil. Une voiture de location a la journée c’est 15$. Il faut rester chez soit quand on est peureux, paranoïaque et avard comme vous l’êtes.

Répondre
Les plus populaires