La danse mise à nu

Allez, tout le monde tout nu. Danse à 10, de la 2e Porte à Gauche, ce sont 11 interprètes – Miriah Brennan, Annie Cheng, Francis Ducharme, Clara Furey, Ellen Furey, Peter James, Miss Betty Wilde, Blanche Misswhite, Alexis Lefebvre, Simon-Xavier Lefebvre et Emmanuel Proux – qui dansent pour 8 créateurs: Marie Béland, Nicolas Cantin, Stéphane Gladyszewski, Frédérick Gravel, Benoît Lachambre, Jérémie Niel, Manon Oligny et… Mélanie Demers. EN SUPPLÉMENTAIRES.

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Née à Montréal d’une mère québécoise et d’un père haïtien, Mélanie Demers a dansé pour O Vertigo (1998-2006) avant de chorégraphier Les angles morts, acte de naissance de sa compagnie, Mayday. À son collier, déjà : quelques perles présentées dans une trentaine de villes d’Europe, d’Afrique, d’Asie.

Concernée, pleine de vie, les yeux comme des marrons chauds, elle dit : « Un artiste doit se promener dans la vie toutes valves ouvertes. » Y lire sa définition de l’engagement. « Mon but est de créer des œuvres alliant le poétique et le politique. » Comme Junkyard/Paradise — en reprise à l’Usine C les 30 nov. et 1er déc. —, qui fait coexister les contradictions : « On fait un pas dans la boue, un pas dans l’herbe fraîche. Comment être heureux quand on est au contact des aspérités du monde ? » Elle invente une danse au sang neuf, fondée sur la physicalité et la théâtralité. Ses danseurs — elle dit « performeurs » — n’ont pas le corps formaté ni l’esprit docile. « Je préfère le mouton noir », souligne-t-elle en riant.

Photo : Alexandre Chabot

Elle le prouve en tentant l’aventure de Danse à 10, initiative du collectif La 2e Porte à Gauche, qui réunit 8 chorégraphes et 11 interprètes autour des notions d’érotisme, de séduction, d’hypersexualisation, de nudité… Le spectacle aura lieu au Kingdom Gentle­man’s Club, boîte de danseuses nues de Montréal.

« Certains chorégraphes disent que la nudité est un costume comme un autre. Je ne suis pas d’accord. La nudité est un costume très spécial qui, seulement si on est capable de le revêtir et de le justifier, peut conduire à plus d’humanité. »

Sur scène, les artistes, parmi lesquels cinq hommes et quelques effeuilleuses profes­sionnelles, joueront des codes de l’établissement en invitant le public, moyennant 10 dollars, à s’offrir une prestation en isoloir. Une contrainte logistique — « ne pas empiéter sur les heures de travail des employées du club » — oblige à programmer les représentations (pour 18 ans et plus) à… 19 h. On espère tout de même attirer autant les fidèles de la danse contemporaine que les habitués du lieu — qui, d’ordinaire, ne s’y risquent pas avant 22 h — avec un buffet aux propositions courtes, de 5 à 10 minutes. Mélanie a requis les services de Sarah Lamontagne, ex-danseuse nue, aujourd’hui artiste du burlesque. « Quand je l’ai rencontrée, elle m’a parlé de son rêve de faire un numéro en burqa avec un AK 47. C’est dire qu’elle a l’esprit acéré. » Mais la burqa n’est pas la tenue que la chorégraphe compte faire endosser à son interprète…

Danse à 10, Kingdom Gentleman’s Club, à Montréal, les 18, 19, 25 et 26 et 27 sept., 2 et 3 oct.  [SUPPLÉMENTAIRES LES 4, 10 et 11 OCT.], 514 525-1500.

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