La délicatesse: l’amour après la mort

La délicatesse aborde un sujet mille fois ressassé, à savoir la difficile reconstruction amoureuse après la perte de l’être aimé. Dans ce cas-ci, en revanche, le scénariste David Foenkinos ajoute à l’intrigue un élément intéressant : l’amoureux potentiel a, comment dire, un physique ingrat. Cette comédie romantique dresse du coup un portrait peu flatteur de l’espèce humaine, présentée ici comme jalouse, mesquine et superficielle.

Nathalie (Audrey Tautou) file le parfait bonheur. Elle a un mari qui l’aime, une famille équilibrée, des amis fidèles et un emploi où elle se réalise pleinement. Lorsque son mari meurt dans un accident, tout bascule. Nathalie s’isole, se lance à corps perdu dans le boulot. Et, faut-il le préciser, fait une croix définitive sur l’amour. Pourtant, ce ne sont pas les prétendants qui manquent : Nathalie est magnifique — c’est Audrey Tautou, tout de même! — et suscite la convoitise.

Elle les repousse tous, même Markus (François Damiens) qu’elle a embrassé goulûment dans un moment d’égarement. Sauf que Markus a un atout : à défaut d’être joli, il est attentionné, généreux et délicat. Est-ce assez pour la faire succomber?

Le scénario de La délicatesse est tiré du roman du même nom qui s’est vendu à 675 000 exemplaires en France l’an dernier. En plus d’en avoir signé l’adaptation pour le cinéma, l’écrivain parisien David Foenkinos coréalise le film avec son frère Stéphane.

Comme toujours, Audrey Tautou donne de la substance, de la profondeur à son personnage avec une aisance qui force l’admiration. À des années-lumières de l’ingénue et naïve Amélie Poulain, qui nous l’a fait découvrir en 2001, l’actrice nous place cette fois en équilibre sur un fil : impossible de prévoir ses réactions face aux situations qui se présentent.

L’humoriste belge François Damiens, que les Européens connaissent surtout pour ses émissions de style Surprise sur prise, apporte une grande humanité à l’ensemble du scénario. Comme la plupart des personnages secondaires du film, on le trouve d’abord vaguement repoussant, puis, à mesure que l’action progresse, on finit par comprendre pourquoi Nathalie ne parvient pas à couper facilement les liens avec lui.

La délicatesse s’attarde longuement aux réactions des gens face au deuil. Nathalie est tellement touchante lorsqu’elle est triste, devrait-elle recommencer à fréquenter des hommes? Si oui, pourquoi choisirait-elle un pichou alors qu’elle est si belle? Et qu’est-ce qu’on dit à une femme qui devient veuve à un si jeune âge? Quels sujets peut-on aborder? Lesquels doit-on éviter?

Sans avoir la prétention de répondre à toutes ces questions, ce film magnifique donne de bons indices. Et ce, même si le scénario tombe parfois dans la guimauve, mettant dans la bouche de ses personnages des phrases navrantes comme «J’adore vos cheveux. Je pourrais partir en vacances dans vos cheveux».

Mais il s’agit là d’un bien petit bémol, dans un film par ailleurs fort agréable et réjouissant.