La flûte de Rafi

Extrait du roman La flûte de Rafi, par André Vanasse, avec l’aimable autorisation des éditions XYZ.

Flute_de_RafiLe départ de Cracovie
(printemps 1626)

Les rares habitants aisés dormaient sous des .édredons
bourrés de duvet, dégustaient du gruau
d’avoine, fumaient du tabac, rêvaient du bon
temps et de la folle noblesse si prompte à la
dépense.
Isaac Bashevis Singer, La corne du bélier

Paweł Szojchet – qui venait tout juste d’avoir dix-huit ans – s’apprêtait à accomplir un geste qui allait changer sa vie. Son coeur battait à tout rompre. Tout à coup, l’idée qu’il commettait peut-être une terrible erreur le saisit à la gorge.

Il suffoqua.

Il s’assit sur la vieille chaise de bois dans la cuisine. Pour se calmer, il se répéta que sa décision avait été mûrement réfléchie : non, il ne voulait plus être boucher rituel comme son père Shlomo.

Il ne pouvait supporter de trancher la gorge des bêtes qui geignaient comme des humains. Quant à la vue du sang, elle lui était intolérable. Et que dire des viscères dont la puanteur lui donnait des haut-le-coeur…

Sans cesse, il avait entendu son père clamer haut et fort :

— Qui, à part le shohet, peut prétendre être en constante relation avec l’éternel ? Qui peut nier que les actes que nous faisons, nous les bouchers, sont sacrés ? La présence constante du rabbin à nos côtés assure que le rituel de la mort, la shehita, est fait dans l’observance des lois sacrées de la Torah. Notre communauté dépend de nous !

Les professions de foi de son père Shlomo, malgré leur solennité, n’avaient pas réussi à le convaincre de poursuivre la tradition transmise aux aînés des Szojchet depuis quatre générations.

Rien à faire, il devait quitter le quartier juif de Kazimierz, à Cracovie, couper les ponts, fuir le plus loin possible. Son bien-être était à ce prix.

Son père, il n’en doutait pas, considérerait sa défection comme un terrible affront, une injure d’une gravité sans précédent.

Quant à sa mère Nechele, en mourrait-elle de chagrin ? Juste à y penser, Paweł en avait les larmes aux yeux. Il y avait aussi ses frères et ses soeurs qui ne pourraient comprendre sa décision. Il aurait aimé prendre Hadasa, la benjamine, une dernière fois dans ses bras et humer sa peau qui sentait le lait chaud.

De savoir qu’il ne la reverrait peut-être jamais plus lui fendait le coeur. Ses livres tremblèrent. Il se ressaisit. Il ne fallait pas qu’il pleure.

Il se prit la tête entre les mains…

Quelques mois auparavant, il avait confi. à sa grand-mère Rebeka son intention de quitter la ville. Elle l’avait encouragé. Sans elle, il n’aurait peut-être pas eu le courage de partir.

Pourquoi s’était-elle montrée si enthousiaste ? Bien sûr, parce que Paweł était son petit-fils bien-aimé, mais surtout parce qu’elle n’avait pu réaliser ses propres désirs de liberté et d’indépendance, ayant dû, à seize ans, se soumettre à un mariage planifié par ses parents.

Adolescente, elle rêvait d’être la maîtresse de son destin, de jouir de sa beauté, de faire tomber des coeurs, d’être adulée par les hommes, de voyager à travers le monde. Dans ses pensées les plus secrètes, elle était follement désirée par des gentils prêts à quitter leur religion et leurs titres pour dormir à ses côtés. Elle était la princesse ravie emportée sur un cheval blanc. Cheveux au vent, tenant à bras-le‑corps le fiancé désiré, se moulant à son dos, elle se laissait entraîner vers des contrées merveilleuses jamais nommées parce que trop lointaines…

La réalité avait été fort .éloignée de ses rêveries. Ses parents avaient tout réglé en mettant la main sur un ‘hatan qu’ils jugeaient hors du commun. Rebeka, comme toutes les jeunes Juives en âge de se marier, n’avait rien eu à dire.

Elle avait rencontré son futur mari, Aaron ben Lew, à la foire assemblée annuelle de Lublin, un centre intellectuel et commercial qui attirait toute la communauté juive. C’est là que se décidaient les mariages entre Juifs aisés.

Quand Aaron avait vu Rebeka, il avait été saisi par sa beauté. Difficile de dire ce qui lui avait plu chez elle tant elle correspondait à l’image qu’il se faisait de la femme rêvée. était-ce ses cheveux de jais ? Ses yeux gris d’une douceur infinie ? Son nez parfaitement droit et fin ? Ses lèvres pleines comme une promesse à venir ? Ou même sa rondeur adorable ? C’était tout cela et même plus : le sentiment que le bonheur venait de frapper à sa porte…

La discussion autour de la dot ne s’était pas éternisée. Aaron s’était montré des plus conciliants, tout heureux de se fiancer à une femme qui n’avait pas de prix.

Rebeka savait qu’Aaron lui apporterait une certaine aisance financière. Jeune, il avait mis sur pied un commerce de produits de luxe. Il faisait le pont entre Cracovie et Kiev, aux limites de la Pologne et, en bon commerçant, il achetait et vendait dans les deux villes. Dans sa caravane en direction de Kiev, il emportait des alcools fins fabriqués par Baruch, son frère aîné, et rapportait des fourrures à Cracovie.

Son frère Baruch s’était fait une grande réputation à titre de producteur de liqueurs de qualité supérieure. Il s’était imposé grâce la Goldwasser, l’eau d’or, une fine qui avait conservé son nom allemand pour faire plus noble. Fabriquée à partir d’une recette ancestrale, cette eau-de-vie était composée d’herbes multiples cueillies avec grand soin. Elle devait son nom aux paillettes d’or qui y flottaient.

Aaron transportait aussi à Kiev la Żołądkowa, elle aussi faite d’herbes, qui favorisait la digestion. C’était une liqueur de très haute qualité qu’on ne trouvait pas facilement. Les femmes l’appréciaient particulièrement. Elles la buvaient en petite quantité, mais ne pouvaient s’en passer. Baruch l’avait nommée à Château de Wawel, à la fois pour célébrer son souverain et pour montrer qu’il était son fournisseur.

Les fourrures qu’Aaron rapportait de Kiev étaient de très grande qualité. Sa préférée était la zibeline qu’il vendait aux chrétiens tout autant qu’aux juifs. Ces derniers vivaient une grande période d’aisance. Ils la recherchaient pour la fabrication de leurs schtreimels, ces chapeaux qui leur permettaient d’afficher, de façon ostentatoire, tout autant leur aisance que leur appartenance juive. Fabriquées de treize queues de zibeline, qui symbolisaient les treize manifestations de la miséricorde divine, ces larges couronnes de fourrure leur servaient d’aura plus que de protection contre le froid : si elles couvraient le chef, elles ne tenaient pas les oreilles au chaud !

Aaron avait connu une telle période de paix et d’harmonie qu’il se jugeait béni par l’éternel. Mieux, il n’avait pas eu à subir les souffrances engendrées par la maladie : la mort l’avait happé comme le moustique est saisi par le poisson à la surface de l’eau, si vite qu’en une seconde il n’était plus de ce monde. L’événement tragique avait eu lieu le jour de son cinquante-septième anniversaire, au moment où il levait un verre de Goldwasser pour remercier les invités et leur faire part de sa joie d’avoir trouvé la lumière de sa vie en la personne de son épouse bien-aimée.

Rebeka n’avait connu aucun souci financier. Après le décès d’Aaron, elle avait pris possession d’une trentaine de maisons achetées au fil des ans dans le quartier juif de Kazimierz.

— Ce sera un gage de sécurité. pour toi, lui avait-il confié lorsqu’il avait acheté sa première maison.

Son mari mort, Rebeka avait compris à quel point elle avait été comblée : Aaron s’était révélé non seulement aimant, mais foncièrement généreux.

Paweł venait d’écrire un mot à ses parents à la lueur de la chandelle.

Nuit du Sabbat, Nissan 22, 5386 [le samedi 18 avril 1626]

Cher père, chère mère,

Je pars aujourd’hui pour ne plus revenir. Je m’y résous, convaincu que vous me considérerez comme un fils indigne. Je veux que vous sachiez que je vous vénère tous deux et particulièrement toi, papa, que j’ai toujours respect..

J’ai compris que je n’étais pas fait pour donner la mort.

Papa, je sais que tu accomplis ton devoir avec le sentiment de servir la communauté, mais moi, je n’y arrive pas. Tuer des bêtes, même avec la bénédiction du rabbin, m’est insupportable.

Tu jugeras mon départ comme un manquement grave à la mémoire de mes ancêtres. Je le dis dans la plus grande désolation : je n’y peux rien. Sachez que je vous aime et que je vous conserverai dans mon cœur tout au long de ma vie.

Paweł

Il déposa la lettre sur la table et quitta la maison où il était né en fermant doucement la porte.

On était au printemps. L’air, plutôt vif, le fouettait et lui faisait oublier la tristesse qui l’assaillait.

Il marchait d’un pas allègre. Le trajet entre la maison de ses parents et celle de sa grand-mère n’était pas long. Dix minutes tout au plus depuis l’impasse de la rue Miodowa jusqu’à la rue Estery.

Il se sentait en sécurité dans le quartier juif de Kazimierz. Toute personne qui aurait voulu s’en prendre à lui risquait d’être traînée devant les tribunaux et mise en prison. Le roi Sigismond avait pris les Juifs sous son aile.

Quand il arriva chez sa grand-mère Rebeka, il n’eut même pas à frapper. Elle était à la fenêtre et l’attendait depuis longtemps.

Elle lui ouvrit la porte, le prit dans ses bras et lui chuchota à l’oreille :

Mój kochany wnusiu  ! Que je suis heureuse ! Si tu savais comme je t’aime ! ça ne s’explique pas, cet amour que j’ai pour toi. Tu t’en vas, Pawełku, et peut-être ne te reverrai-je jamais plus, mais ne t’en fais surtout pas pour moi. Je suis de tout coeur avec toi. Tu as fait le bon choix. Je le sais. J’en suis sure. Que le bonheur t’accompagne partout où tu passeras.

Le bonheur, il n’y pensait pas trop. C’est sa fuite qui le préoccupait. Il ne pouvait ni ne voulait envisager un départ sur un mauvais pied. C’eût été le pire des augures, la certitude qu’il avait commis une faute irréparable…

Paweł resta longtemps dans les bras de sa grand-mère. Il était bien. Elle sentait la pomme et le miel. On dirait un charoset, se dit-il, en faisant allusion à ce gâteau au miel fourré de pommes, de noix et de raisins secs.

Rebeka se détacha presque à regret, prit la main de Paweł et l’entraîna dans le salon.

— Tout est réglé, dit-elle. Le capitaine Elimelech m’a confirmé qu’il te prenait sur son chaland ponté à la condition que tu sois un marin obéissant. Pas de privilège pour toi. Tu seras à son service tout le temps du trajet qui te mènera à Varsovie. Ce ne sera pas facile. D’abord, Elimelech arrêtera à Kuzmir où il vendra ses marchandises. Tu devras l’accompagner dans le quartier juif. Il fera une criée avec une cloche pour annoncer l’arrivée du Cwi, c’est le nom qu’il a donné à son voilier. Tu imagines : appeler son bateau le « Cerf » quand il navigue comme une tortue !

Elle décrivit ensuite son trajet de Kuzmir à Varsovie, puis de Varsovie à Gdańsk.

Il savait tout cela depuis longtemps, mais Rebeka ne pouvait s’empêcher de le répéter. Cette fuite était la sienne. Lui, il partait à l’aventure en laissant des parents qui pleureraient son départ pendant des mois, voire des années !

Comme si elle avait deviné ses pensées, Rebeka lui chuchota :

— Pawełku, ne t’inquiète pas pour tes parents. Je serai auprès d’eux. Je les convaincrai que tu as fait le bon choix : qui dit que tu dois absolument être shohet ? Qui peut imposer à quelqu’un un métier qu’il n’aime pas, tout sacré qu’il soit ? Et puis, tu ne renies pas ton appartenance à la communauté juive, que je sache ! Tu quittes Cracovie pour aller tenter ta chance ailleurs. Des milliers de Juifs l’ont fait avant toi. Ont-ils été jugés indignes ? Non, ils ont suivi leur chemin en quête d’un bonheur qu’ils ont parfois trouvé, parfois pas. Mais toi, tu le trouveras, je le sais !

Il la regarda intensément en souhaitant qu’elle dise vrai…

— Pawełku, je veux ton bonheur. Ne te marie pas avant trente ans. Vis plutôt ta vie intensément. Après, il sera temps de faire des enfants et de t’occuper de ta famille. Tu me le promets ?

Il resta un instant songeur. Cela lui paraissait étonnant qu’une femme, liée à la tradition juive, lui demandât de reporter l’âge de son mariage alors que les siens devaient trouver une épouse avant la vingtaine. Passé cet âge, c’était suspect.

Si Paweł avait pu avoir accès à la vie intime de Rebeka, il aurait tout compris. C’est à trente ans précisément qu’elle avait failli commettre l’irrémédiable. Un jour, lors de la Pesach, alors que son mari était encore à Kiev, elle avait rencontré un philosophe qui jouissait de l’immense fortune de sa famille. Depuis sa jeunesse, Abram ben Shabta. Horowitz lisait. Il était d’une culture éblouissante et, de surcroît, fort attirant. Sa réputation avait dépassé les frontières. Il avait été l’élève du grand théologien Moshe Isserles dont il partageait les vues, à savoir que la connaissance de la philosophie n’est en rien préjudiciable au judaïsme et que c’est faire preuve de peu de vision et de manque d’ouverture que de refuser l’étude des grands penseurs de l’Occident.

Après sa conférence, Abram ben Shabta. Horowitz et Rebeka

avaient conversé dans la Maison de lecture, puis ils s’étaient donné

discrètement rendez-vous dans un petit parc entourant l’église

Bozego Ciala, un peu en retrait de Kazimierz, à l’entrée du quartier des gentils. De là, ils voyaient la Vistule qui coulait vers le nord, jusqu’à Gdańsk. Leur conversation avait vite tourné en allemand, langue noble par excellence, que Rebeka, comme beaucoup d’autres Juifs aisés, maîtrisait.

Dans le petit parc, leur conversation .tait devenue plus intime. Rebeka était tout près de lui, suspendue à ses lèvres. Et quand il avait mis la main sur son épaule, son coeur s’était affolé, ses jambes avaient commencé à flageoler. S’il lui avait proposé de partir avec lui, elle aurait sans doute dit oui.

Elle devait réagir sinon elle était perdue.

— Rabbin Horowitz, il se fait tard. Je dois partir. Sachez que j’ai été ravie de vous rencontrer et encore plus de vous entendre, vous qui êtes un puits de science.

Elle avait tourné les talons et s’était éloignée d’un bon pas.

Surpris, Abram avait haussé la voix :

— Attendez, Rebeka, je vais vous reconduire chez vous.

— Ce n’est pas nécessaire, je vous remercie, j’habite tout près,

avait-il entendu au loin alors que Rebeka se hâtait vers sa demeure.

Elle n’avait pas été étonnée de recevoir un mot de lui, le lendemain de leur rencontre. Elle en avait été bouleversée et ravie, mais elle avait eu le temps de se ressaisir pendant la nuit où elle n’avait pas fermé l’oeil. Elle en avait conclu qu’il fallait mettre un frein à sa rêverie et répondu, le coeur en lambeaux :

Cher Abram,

La beauté et la grandeur de votre conversation resteront gravées dans ma mémoire. Jamais n’ai-je eu l’occasion d’entendre quelqu’un d’aussi intelligent et profond que vous. Pour dire les choses sans détour, vous m’avez éblouie mais, du même souffle, je tiens à vous dire avec fermeté que je ne peux ni ne veux pousser plus avant notre amitié. Je suis mariée et heureuse de l’être. Je veux continuer de connaître la paix avec mon mari.

Je vous prie donc de cesser tout contact avec moi et de ne plus tenter de me joindre par lettre ou autrement. Si vous êtes un homme d’honneur, vous respecterez ma demande. Je suis sûre que vous le ferez.

                Je vous garde dans mon coeur et vous remercie de votre présence. Pour moi, cette rencontre aura été un moment de grâce.

Rebeka ben Lew

P.-S. Je vous prie de brûler cette missive dès après l’avoir lue.

Elle avait demandé à son serviteur d’aller glisser cette lettre sous

la porte du rabbin Abram ben Shabta. Horowitz.

Les jours suivants, Rebeka les avait vécus dans un grand état d’abattement. Elle en était venue à croire qu’elle avait peut-être raté sa vie. Que si, au lieu de se marier à seize ans, elle avait attendu, elle aurait sans doute pu connaître une grande passion et un impérissable bonheur avec cet homme qui l’avait séduite dès ses premières

paroles.

Elle avait toujours gardé au fond de son coeur l’image de cet être remarquable…

Malgré l’étrangeté de la demande de sa grand-mère, Paweł lui promit d’attendre ses trente ans avant de se marier, se disant qu’elle voulait sûrement son bien et que, dans sa sagesse, elle savait ce qui était le mieux pour lui.

— Tu verras, petit, la vie passe si vite que tu ne te rendras pas compte qu’elle est derrière toi. Crois-en ta vieille grand-mère, jouis du temps présent et profite de la vie au maximum. Il sera toujours temps d’élever des enfants et de te dépenser sans compter pour eux.

Puis elle ajouta, le sourire en coin :

— J’ai mis de côté quelque chose pour toi. Il s’agit d’une culotte particulière. Elle contient ton héritage, car qui me dit que je te reverrai ? Peut-être seras-tu si loin de la Pologne que même l’idée de revenir t’apparaîtra insensée.

C’était une culotte sous-vêtement faite d’un cuir fin, quoique solide, constituée d’une centaine de pochettes. Dans chacune d’elles était placé un gulden. Une somme si colossale que Paweł n’arrivait pas à y croire. Soupesant cet amas de pièces d’or, il eut l’impression qu’il pourrait vivre pendant des décennies sans arriver à les dépenser.

— Mais, grand-mère, ça n’a aucun sens ! Vraiment, je ne peux pas accepter un montant si élevé. Tu m’avais dit que tu me donnerais de l’argent, mais pas une fortune !

— Écoute, petit, tu n’ignores pas que ta grand-mère est à l’aise

(elle ne prononça pas le mot riche, ce qui eût été de la prétention). Tout Kazimierz le sait. Alors, ne trouves-tu pas normal que je veuille donner un peu de mes économies à mon petit-fils chéri ? Je t’oblige à prendre cet argent. Ça ne se discute pas. Tu as le sens des affaires, je le sais, je le sens. Tu sauras faire fructifier ces pièces d’or. Dans tous les cas, et quoi qu’il arrive, elles sont à toi.

Il resta un moment interdit. Il lui était difficile de refuser. Il se dirigeait vers l’inconnu. Il ne bénéficierait de l’aide de personne. Il n’avait, pour se défendre dans la vie, que la force de sa jeunesse et sa détermination à faire sa place au soleil. Cet argent allait lui permettre de ne craindre aucun coup du destin.

— Si tu ne veux pas te faire voler, tu as intérêt à toujours porter cette culotte. Tu ne prends jamais plus d’un gulden pour le transformer en zlotys rouges et tu ne gardes que le minimum dans tes goussets. Trêve de discussion, dit brusquement Rebeka, Elimelecht’attend sur le quai. Pars vite.

Elle le prit dans ses bras, le serra fort contre elle, puis éclata en sanglots.

— Vite, va-t’en, Pawełku, va-t’en et ne t’en fais pas si je pleure. Ce sont des larmes de joie. Quitte cette ville et ne te retourne pas comme la femme de Loth.

La suite ? Dans le livre…

 

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