La foi du braconnier

Extrait du roman La foi du braconnier, par Marc Séguin, avec l’aimable autorisation des éditions Leméac.
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Extrait du roman La foi du braconnier, par Marc Séguin

     Samedi matin. C’est l’ouverture officielle. Le soleil vient à peine de se pointer au loin. Il fait toujours mauve à la chasse. Le jour va prendre. Je suis assis sur une chaise frêle et froide. On entend les craquements du bois dans le vieux poêle en fonte Norland et les coups de feu aux alentours se mêlent au bruit des bûches qui brûlent.

     Ça sent la souris morte et l’humidité. Le plancher est froid, sale et vieux. Un prélart qui frise aux coins et qui n’a sûrement pas toujours été gris. De ma tasse de café monte un brouillard de vapeur qui se dissipe après quelques dizaines de centimètres. Par la fenêtre, je regarde l’arbre où normalement on pend les chevreuils abattus. Une potence. J’ai eu envie de savoir ce que c’était être mort. Être à la place du chevreuil mort. N’être plus que de la viande. Être réduit, une fois pour toutes, à un agencement de cellules. Ce serait plus simple pour tout le monde.

     J’ai laissé mon chevreuil caché dans la forêt pour la nuit, lui aussi pendu de toutes mes forces au bout d’un câble, assez haut pour éviter qu’un coyote, un loup ou un ours ne vienne en manger.

     Je ne sais pas ce que ça vaut, mais j’ai pissé sur l’arbre, sous l’animal ; il paraît que l’odeur d’urine humaine éloigne les animaux sauvages. Si dans notre urine se retrouvent des molécules de ce que l’on mange, faudra pas que les coyote, loup et ours soient des amateurs de merde de clown, parce que la seule nourriture que j’ai bouffée avant de chasser hier soir, c’était du McDo.

 

La suite dans le livre…

 

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