La Gaspésie, les papilles, le patrimoine

« Il y a des programmes pour le patrimoine bâti, religieux, culturel. Pourquoi pas pour le patrimoine culinaire ? »

Audrey Simard s'est prise de passion pour le patrimoine culinaire du Québec. Elle veut le faire connaître et reconnaître, au même titre que le patrimoine culturel (Photo © Charles Briand)
Audrey Simard s’est prise de passion pour le patrimoine culinaire du Québec. Elle veut le faire connaître et reconnaître, au même titre que le patrimoine culturel (Photo © Charles Briand)

C’est l’histoire d’une fille du Saguenay qui s’en va étudier l’agronomie à l’Université Laval, à Québec, et qui, à 21 ans, fait un stage d’été dans la baie des Chaleurs, en Gaspésie. « C’était la première fois que j’allais dans cette région, se souvient Audrey Simard. Je suis tout de suite tombée en amour. Avec les gens. Avec un chum. Avec le territoire, la mer, la forêt, la montagne. »

Tellement que, sitôt rentrée à Québec, elle n’en pince plus que pour la Gaspésie. Avec son amie Emmanuelle Choquette, elle fonde la Journée de la Gaspésie, à l’Université Laval, puis l’Opération Gaspésie Laval, « pour faire rayonner la région auprès des étudiants ». Son bac en poche, elle décroche un premier emploi dans une société d’environnement de New Richmond. Trois ans plus tard, après s’être découvert un champ d’intérêt pour la cuisine, elle entre à Gaspésie Gourmande, petit organisme voué à la promotion des produits et producteurs locaux. « Gaspésie Gourmande est un organisme rassembleur », dit-elle en donnant pour exemple le guide touristico-gastronomique qu’il publie chaque année. « Rassembleur des producteurs et des restaurateurs, du nord et du sud de la Gaspésie, de l’agriculture et de la pêche. C’est devenu un bel outil de fierté et de développement régional. »

Audrey Simard sera l’âme de Gaspésie Gourmande pendant six ans, jusqu’à la fin de 2011. Si elle quitte alors la Gaspésie pour Montréal, c’est afin de se consacrer à une entreprise de consultation ès bonnes choses, Papilles, fondée avec son amie de l’Université Laval. Papilles se spécialise en agrotourisme, et obtient des contrats un peu partout au Québec. Elle offre aussi des services de marketing de produits de spécialité, viandes, fromages, alcools, de l’amélioration de la vente à la ferme jusqu’à la création de sites Web.

Mais elle n’en a pas que pour les bons produits et les bons producteurs d’aujourd’hui. Depuis sa rencontre avec Michel Lambert, auteur d’une monumentale Histoire de la cuisine familiale au Québec, elle se passionne aussi pour l’alimentation d’hier. « On a tort de croire que la cuisine québécoise était une cuisine fruste. On a toujours eu une cuisine de produits du terroir, de la chasse et de la pêche. Une cuisine familiale aussi, avec des influences autochtones, françaises, anglaises, écossaises, irlandaises. » C’est ainsi qu’Audrey Simard se lance, avec Michel Lambert et le jeune chef Guillaume Cantin, dans une autre aventure gourmande. En juin 2012, elle crée l’association Cuisine patrimoniale du Québec. « Pour stimuler la connaissance de ce patrimoine. Pour que les gens et les chefs se le réapproprient. Pour qu’on l’enseigne dans les écoles. »

Pourtant, « faire connaître ce patrimoine culinaire très riche ne suffit pas », dit celle qui se sent toujours gaspésienne jusqu’au bout des papilles. « Il faut aussi le faire reconnaître. Il y a des programmes pour le patrimoine bâti, religieux, culturel. Pourquoi pas pour le patrimoine culinaire ? »

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