La Joconde peut continuer à sourire

Pour renflouer les caisses de l’État, le Portugal est prêt à vendre 85 œuvres de Joan Miró. Au plus fort de la crise, certains frondeurs français avaient déjà appelé à vendre La Joconde.

Après l’Irlande, le Portugal est devenu le deuxième pays de la zone euro à s’affranchir de la troïka – l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international –, en mai dernier, en optant pour une sortie « propre » de son plan de sauvetage économique, c’est-à-dire sans ligne de crédit de précaution. Quatre mois plus tard, les Portugais jonglent encore avec une dette estimée à 220 milliards d’euros (311 milliards $CAN), soit environ 20 820 euros par habitant (un ratio toutefois moindre que celui de l’Espagne, de l’Allemagne, de la Grèce, du Royaume-Uni, de la France ou de l’Italie).

Malgré les perspectives de croissance, la nécessité de renflouer les caisses a poussé Lisbonne à ouvrir la porte à la vente de 85 œuvres de Joan Miró. Cette collection de l’artiste espagnol, dont la valeur a été estimée par Christie’s à 36 millions d’euros (51 millions $CAN), appartient à l’État depuis la nationalisation de la banque BPN, en 2008.

Après plusieurs mois d’atermoiements quant au devenir des toiles, sculptures et autres dessins, la direction générale du patrimoine a décidé fin août de ne pas classer la collection de l’artiste espagnol au patrimoine culturel national, pavant la voie à sa vente aux enchères, et ce, malgré les plaintes de l’opposition et des artistes.

Photo © Lefteris Pitarakis / AP
Parmi les œuvres mises aux enchères, «Femme et oiseaux», évalué entre 4 et 7 millions de livres (Photo © Lefteris Pitarakis / AP)

Vendre le patrimoine pour sortir de la crise : un segment porteur ?

En 2013, après la mise sous tutelle de la ville de Detroit par le gouverneur de l’État du Michigan, le gestionnaire de crise désigné, Kevyn Orr, avait envisagé de vendre la collection du Detroit Institute of Arts – qui comprend des œuvres de Rembrandt, Van Gogh et Rodin, entre autres. Christie’s avait estimé la valeur des 2 800 œuvres appartenant à la Ville à une fourchette variant de 454 à 867 millions de dollars américains, alors que la dette publique de Detroit se montait à 18 milliards (20 milliards $CAN). La direction du musée avait finalement reçu de l’aide du milieu des affaires local, tout en promettant de réunir des fonds pour assurer la survie de cette institution culturelle vieille de 129 ans.

Comme le rappelle France Info, au plus fort de la crise économique, quelques frondeurs français avaient proposé de vendre La Joconde, dont la valeur, même si elle est jugée inestimable, pourrait facilement tutoyer le milliard. « À eux seuls, les chefs-d’œuvre impressionnistes du musée d’Orsay épongeraient la dette de Paris », écrit le site de la radio française. La Ville Lumière, avec ses 173 musées, aurait quantité de ressources si elle empruntait le chemin tracé par le Portugal. Mais la loi française interdit de vendre les objets des collections des musées publics. À défaut, la France vend des bâtiments publics, des résidences à l’étranger et les bouteilles de vin des caves de l’Élysée. La Joconde peut continuer à sourire énigmatiquement.